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Le consultant Viho examine le projet

Le Bénin a célébré lundi 1er juin, la 31ème Journée nationale de l’arbre. Occasion pour Jean Gaétan Viho, consultant en écologie et développement durable, et chercheur à l’Institut de phytopharmacie appliquée Wote au Ghana, de se prononcer sur le projet « 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes ».

Le Matinal : Nous sommes le 1er juin 2015, le Bénin célèbre la 31ème journée nationale de l’arbre dont le thème est intitulé : ‘’ Plantons et entretenons des arbres, chaque jour, chaque évènement pour un Bénin plus vert.’’ Est-ce qu’on pourra dire de façon aisée que le Bénin est sur la voie d’un pays vert?

 Jean Gaétan Viho : D’abord l’arbre c’est la vie. Lorsque nous parlons de l’oxygène sans lequel l’homme ne peut pas vivre, il faudrait nécessairement penser à l’arbre. En dehors de cet aspect; il y a le fait que notre alimentation, c’est aussi l’arbre. Le maïs est un arbre. Il n’y a pas de riz sans arbres. Ce sont des espèces végétales, mais des espèces particulières. A travers ces deux exemples, vous devez savoir que notre vie ne vaut rien sans les arbres. Plusieurs principes actifs des médicaments aujourd’hui sontextraits de ces différents arbres. L’arbre c’est l’aliment, l’arbre c’est la santé, l’arbre c’est la vie tout court. Nous avons encore beaucoup de chose à faire pour atteindre l’objectif selon lequel le Bénin soit un pays vertparce qu’il me semble qu’on ne mène pas suffisamment une campagne à ce propos. Journée de l’arbre. On attend le 1er juin et on débarque des camions remplis d’arbustes, ce n’est pas ça. Il faudrait une campagne au préalable. Il faudrait sensibiliser les gens.

 Vous voulez dire qu’il faudra s’organiser afin de pouvoir rentabiliser cette célébration chaque année ?

 Les autorités doivent faire un examen de conscience. On ira encore jeter des arbres en pâture. Combien de temps passe-t-on à suivre ces espèces qu’on met en terre. Mettre les arbres en terre sans les suivre, c’est tout comme si vous mettez au monde un enfant et vous ne lui faites rien. Il deviendra un délinquant. On dit journée de l’arbre. Il est tant que nous choisissons une espèce chaque année. Cette année par exemple, c’est une espèce nourricière qu’on met à la disposition de la population, on sensibilisera sur cette espèce et c’est ça que tout le monde mettra en terre. L’année prochaine, on choisit par exemple une espèce médicinale ou ludique. C’est ainsi que ça doit fonctionner et non faire ce que nous faisons chaque année là. C’est vraiment triste qu’après tant d’années, on en soit encore à cette étape.

 Vous parlez de sensibilisation ! N’est ce pas pour cette raison que le chef de l’Etat Yayi Boni a lancé en 2013 le projet 10 millions d’arbre, 10 millions d’âmes ?

 C’est le plus beau projet qu’il y a eu au niveau du ministère de l’environnement.Mais malheureusement, seuls les responsables savent comment ils pilotent ledit projet. Il y a un problème de communication et de sensibilisation qui se pose. Montrer à la population l’impact réel de la mise en terre des plants dans leur quotidien. Dès que vous le ferez, il n’y a pas de raison pour qu’elle ne collabore. Il n’y a pas de raison pour que ce projet devienne une réalité. Il faudrait aussi choisir les espèces à mettre en terre. Vous lui donnez simplement un colatier. Il ne va pas s’intéresser à ça parce qu’il va se demander au-delà de la noix de cola ce qu’il gagne. Mais si vous lui donnez par exemple le Caïcedra ou le baobab, il sait que ça, c’est des médicaments. Il sait ensuite que c’est des madriers qu’il pourra avoir. Naturellement, il va se battre bec et ongle pour mettre cela en terre et au lieu que cela soit 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes, ce serait plutôt 100 millions d’arbres pour dix millions d’âmes.

 Lorsque vous parlez de communication, donnez nous un exemple en la matière.

 Il y a ce que nous appelons la campagne écologique. C’est une période au cours de laquelle on sensibilise sur des comportements éco-citoyens, ensuite sur la nécessité de mettre en terre des espèces dans le quotidien des gens. Ça se fait sur une période donnée. On peut choisir une période d’un mois, deux ou trois mois. Nous par exemple, nous faisons ça sur une période de trois mois qui précède ce que nous appelons le trimestre de l’arbre. Et chez nous, le trimestre de l’arbre commence le 15 mai. Nous avions commencé par donner des plants, des graines avec au préalable une sensibilisation sur les espèces. Et quand vous donnez ça, spontanément, les gens sont acquis à la cause et ils mettent cela en terre. Ils veulent même en recevoir plus que vous n’ayez programmé pour eux. Voilà des types de comportement à adopter. Sensibiliser au préalable avant de lancer la mise en terre des plants.

 Dites-nous la part de responsabilité de la population qui n’entretient pas le peu d’arbres dont nous disposons.

 Le monsieur ne connaît pas la valeur de l’espèce que vous lui donnez. Comment peut-il l’entretenir. Je ne peux pas m’intéresser à la chose, lui consacrer mon temps, mon énergie tant que je ne connais pas le plus qu’elle va apporter à ma vie et c’est l’information sur ce plus que nos forestiers, notre ministère ou les structures en charge de la gestion de ce projet n’apportent pas. Je souhaiterais qu’on répertorie au niveau de ce projet, les plants qui pourraient apporter un plus aux gens. Mes compatriotes savent que l’arbre, c’est la vie.

 Il y a peut-être aussi un travail à faire à la base notamment au niveau des Communes, arrondissements et autres !

 Allez dans certaines mairies, vous trouverez des plants par terre qui sont en train de pourrir. Qu’est-ce que ça coûte de distribuer ces plants. Le drame c’est que des fois, des plants arrivent, des gens ont la volonté de les mettre en terre, mais les autorités disent attendez, le moment n’est pas encore venue et on laisse les plants qui meurent. Et dans tout ça, où sont les forestiers ? Il ne faut pas seulement donner des arbres et aller s’asseoir autour d’un pot de champagne et aller dormir dans son bureau en disant que c’est fini. Non, ce n’est pas ça ? 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes ! C’est pour les hommes de terrain et non pour les hommes de bureau. Ce n’est pas se mettre le long de la voie pour guetter les camions chargés de charbons, de bois qui passent.

 Propos recueillis par Marcus Koudjènoumè