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Dans quelques heures Yayi va convoquer le corps électoral
Le Pdt de la République entame la dernière ligne droite

Yayi Boni doit partir dans quelques mois. Malgré lui, et malgré le temps. Inexorablement, le 6 avril 2016 approche. Comment solder le compte avec les Béninois doit être l’interrogation qui le tourmente depuis quelques jours. En effet, depuis le revers qu’il a subi aux législatives d’avril dernier, l’actuel chef de l’Etat se sait, comme aiment à le répéter certains de ses adversaires les plus durs, « politiquement fini ». Les carottes sont cuites.   Cette évidence s’est renforcée avec la bataille du perchoir dont l’issue a révélé les failles irréversibles dans le camp des cauris. On l’aura donc compris, après neuf années de règne sans partage, fait d’improvisations et complètement décousu, l’héritage politique de Yayi Boni s’est réduit comme peau de chagrin. Il n’en restera pas grand-chose. D’ailleurs, eu égard aux résultats des législatives, ses concitoyens se sont fait déjà une raison. Ils ont jeté leur dévolu sur l’opposition, pour redresser la barre, et les sortir de l’ornière de la paupérisation à grande échelle. Il restait, cependant, une occasion à Yayi Boni, dont l’image a pris un sacré coup, de se rattraper et de colmater les brèches. C’est le remaniement ministériel d’après élections législatives, et l’entrée en fonction du nouveau Parlement. Ce gouvernement a été difficilement accouché. Deux enseignements s’imposent alors à sa lecture : l’entrée d’un influent financier et homme d’affaires, le franco-béninois, Lionel Zinsou, et ensuite, la volonté de s’entourer de quelques fidèles et caciques. A l’instar d’Eléonore Brun Hachémè, d’Eléonore Yayi, de François Abiola, d’Alassane Soumanou, Placide Azandé, ou autres. Asseoir ainsi, ce qui se présente, probablement, comme son dernier gouvernement, sur ces fidèles lui permettrait, sans coup férir, de partir sans trop de remous. Il s’agit aussi pour celui qui va bientôt boucler dix années à la Marina, de contenter l’appétit de certains des hommes et femmes qui l’entourent. Plusieurs parmi les membres du nouveau gouvernement ont mis beaucoup d’énergie à défendre le « chef ».

 Peu de technocrates, que de « seconds couteaux »

Ils lui ont apporté un soutien inébranlable pendant les nombreuses tempêtes. Au nombre de ceux-ci, la directrice de cabinet du Chef de l’Etat, Eléonore Brun Hachémè. Elle a été de toutes les batailles. De même, la nomination de Christine Gbédji Viaho est un clin d’œil fait au président de l’Alliance Eclaireur, Edmond Agoua, qui a soutenu le pouvoir dans la bataille pour le perchoir. La présence de Placide Azandé à un ministère aussi important comme l’Intérieur, ne peut s’expliquer autrement. Il est récompensé pour de nombreux services rendus. Celle de Saliou Akadiri, transfuge du Prd et Maire de Pobè, au ministère des Affaires étrangères, rentre dans la même logique. Pour le reste, ce gouvernement répond au jeu de chaises musicales qu’à autre chose. Car, au fond, au fil des ans, la méthode de gouvernance de Yayi Boni ne change pas . On ne peut pas dire que ce gouvernement regorge de technocrates ou d’experts. A part, la présence d’un Lionel Zinsou, dont les compétences sont avérées et incontestables, le reste des ministres peut être traité de « seconds couteaux ». Or, au vu de sa gouvernance erratique, faite de couacs et de scandales financiers inédits, Yayi Boni aurait dû appeler à la rescousse des techniciens chevronnés et rompre avec la logique clientéliste. Mais, une fois de plus, le Chef de l’Etat a mis en place un gouvernement poussif. Personne ne peut parier sur la réussite d’une telle équipe. Tout au plus, se contenterait-elle d’évacuer les affaires courantes, plutôt que d’implémenter une nouvelle politique? Elle n’en a pas l’envergure, ni les moyens.

 Une seule hirondelle ne peut faire le printemps.

 Avec, toute la volonté du monde, et ce, malgré ses compétences, Lionel Zinsou, ne peut pas changer grand-chose à l’échec patent de Yayi Boni. Mieux, parachuté dans un monde qu’il connaît à peine, il aura tout le mal du monde pour trouver ses marques. Par ailleurs, englué dans de nombreux scandales politico-financiers des plus sordides, le futur ex-chef d’Etat ne pourra pas lui laisser les coudées franches. Les banquiers internationaux et grandes personnalités qui l’ont accompagné, comme Pascal Irénée Koupaki ou Marcel de Souza, n’ont pas pu faire évoluer la politique de Yayi Boni. On peut donc deviner avec aisance, sans être un clerc, que Lionel Zinsou, en peu de temps, se verra aussi face au même mur. D’autant plus, comme il s’en doute, que la déception est grande. L’appel ou ce qui s’apparente au forcing pour embarquer Lionel Zinsou dans « la galère », est un vœu pieux.

 Wilfrid Noubadan

 Lionel Zinsou, premier ministre et candidat de Yayi

C’est bouclé depuis Paris, mais l’annonce a été retardée. La candidature de Lionel Zinsou pour la présidentielle de 2016 se précise. Il aura dix mois devant lui pour battre campagne dans la posture de dauphin et de premier ministre de Yayi Boni. C’est la toute première leçon à tirer de ce remaniement ministériel, qui, sans doute, va tenir jusqu’en 2016.

Yayi Boni était sûr de son affaire. Et, pourtant au terme de sa visite des 9 et 10 juin 2015 à l’Elysée, quand la journaliste de Rfi lui a posé la question suivante : « Vous ne serez pas candidat. Allez-vous soutenir un candidat? Avez-vous un dauphin?», Yayi a répondu ce qui suit : «Mon non nom ne figurera dans aucun bulletin ! Même dans l’avenir! Les candidats éventuels n’ont qu’à aller préparer leur projet de société pour convaincre le peuple béninois ». La journaliste n’ayant pas eu réponse à sa question, la pose autrement : « Avez-vous un dauphin aujourd’hui? Quelqu’un dont vous estimez qu’il peut porter votre héritage?» Et voici sa réponse : « C’est Dieu qui choisit». Des propos qui n’ont fait qu’entretenir le mystère autour de sa succession. Mais, une semaine après, ce mystère vient d’être sondé. Yayi Boni a fini par montrer son dauphin, Lionel Zinsou vivant en France, lequel il vient de convaincre à revenir au pays pour s’occuper d’un portefeuille de premier ministre insignifiant, au contour trop flou et flatteur. Premier ministre, chargé du développement économique, de l’évaluation des politiques publiques et de la promotion de la bonne gouvernance. Ses différentes attributions pour un homme qui n’a jamais travaillé dans un gouvernement encore moins dans le pays apparaissent trop belles pour être vraies. Yayi Boni a voulu présenter Lionel Zinsou comme un véritable chef d’orchestre, un manager et un développeur. En rendant son portefeuille trop lourd, il veut montrer qu’il est allé chercher un technocrate. Mais, cette image de l’homme qu’il a voulu faire passer ne convainc personne. Si le nouveau N°2 du gouvernement doit développer l’économie, ce n’est pas quand le pays est complètement à terre qu’il réussira à inverser la tendance en moins de 10 mois. Précédemment conseiller, Lionel Zinsou n’apparait pas comme une bonne pioche dans ce contexte. Son choix s’inscrit tout simplement dans la logique de la succession de Yayi Boni. Il reste à savoir si le dauphin fera l’unanimité dans une famille politique en proie à des contradictions et où la guerre des ambitions fait rage. Mieux, avant Lionel Zinsou, beaucoup se voyaient dans le fauteuil de dauphin naturel de Yayi Boni, mais ils sont tous passés à la trappe. Cela en rajoute à la frustration née du choix porté par le chef de l’Etat sur Komi Koutché pour briguer le Perchoir, alors que d’autres parmi les lieutenants de Yayi Boni pourraient mieux porter cette charge. C’est le cas du professeur François Abiola qui sera désormais commis à un rôle d’ingratitude, puisqu’en sa qualité de vice-premier ministre, il sera le vrai N°2 du gouvernement pour permettre à Lionel Zinsou d’être proche des populations. Avec le temps, le premier ministre se rendra compte qu’il était sur une planète, et que le Bénin est une autre, où il ne sera pas vu comme les gens de là-bas le voient. Plus que jamais chouchou des ministres et homme d’affaires Français, Lionel Zinsou s’est forgé une solide réputation dans l’Hexagone et est souvent présenté comme un homme de réseaux à cause de ses contacts très poussés dans de nombreux milieux prestigieux. Seulement, tout cela n’est pas vendable au Bénin, surtout qu’il veut tisser sa corde au bout de celle de Yayi Boni.

      Fidèle Nanga