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Quelques oeuvres de Hazoumè en exposition

L’extraordinaire exposition du plasticien béninois Romuald Hazoumè se poursuit à la fondation Zinsou, sise à Cadjèhoun, à Cotonou. Une visite à ladite fondation permet d’apprécier les sculptures et installations qui véhiculent des messages sociopolitiques.

L’exposition débute par l’« Arè » qui, en pays Yoruba, signifie « sagesse ». L’artiste plasticien devint, à travers l’Arè, un sage voyageur et détenteur de connaissances. Il possède une culture, une tradition qu’il répand de contrée en contrée formant ainsi d’autres « Arè ». A travers « Pantalonnade », une des œuvres qui ouvrent l’exposition, l’artiste met en évidence la réalité politique du Bénin. Il fait référence à l’« affaire Talon ». Il réalise cette invention avec un bidon formant le visage d’un personnage, avec sur la tête six talons de chaussures. Juste après, s’ensuit « Osà Nlà ». « Osà Nlà » représente un Egoun-goun, incarnation d’un des authentiques revenants. Ainsi, pour conserver le caractère sacré des costumes des Egoun-goun, l’artiste précise, par le biais de cette installation, que la place de ces costumes sacrés se trouve dans les couvents. Dans la même salle de la fondation se trouvent plusieurs innovations de l’artiste-bidon dont « Ton pied mon ventre ». Une œuvre qui parle des hommes politiques qui ne tissent leurs relations que par intérêt. Avec une paire de bidons reliés par une corde, Romuald Hazoumè fait savoir que les liens d’aisance, d’intérêts que nouent la plupart des hommes politiques, portent atteinte à la gestion de l’Etat, d’où la mal gouvernance. A côté de « Ton pied mon ventre », se trouve une sculpture baptisée « Cadjèhounboy-Jonquetman » qui, toujours, a trait à la politique béninoise. En un mot, « Cadjèhounboy-Jonquetman » renvoie à l’identité de deux personnalités politiques, dont les noms sont tus, et qui ont animé l’actualité béninoise lors des élections législatives du 26 avril dernier. La dénonciation de la mauvaise gestion du pays saute à l’œil dans « TransumEnts » où l’artiste, à travers deux bidons déformés dont l’un est muni d’une corde, fait allusion au déplacement saisonnier des troupeaux d’un pâturage à un autre. En effet, Romuald Hazoumè met à nu le fait que certains députés de l’Assemblée nationale du Bénin, élus d’un parti, changent de parti politique pour des raisons d’intérêt personnel.

 « Rouleau décomprsseur », une autre oeuvre en exposition

 Toujours dans le même contexte, figure « Rouleau décompresseur » traduisant la vigueur, l’oppression, la violence qu’exercent politiquement, militairement et économiquement des autorités qui ont le pouvoir et qui l’exercent contre les faibles. Aussi, l’artiste signale, par l’entremise de cette installation, que les faibles ne seront pas accablés à perpétuité et que ces derniers peuvent un jour devenir plus forts. Ainsi, ce « Rouleau décompresseur » signifie que la roue de la vie tourne. A côté, une sculpture capte l’attention. Elle est dénommée « Mami water ». Par l’installation de cette œuvre, le plasticien bat en brèche l’esprit des hommes politique avides d’argent, aimant la facilité qui, au lieu de faire fortune grâce à leur travail, à leur compétence, procèdent à des malversations pour s’enrichir. L’installation « Mongouv.com », pour sa part, met en scène le peuple représenté par un mur formant un demi-cercle de six mètres de diamètre, avec un ensemble de bidons gonflés exposés au milieu. Les ouvertures des bidons évoquent la bouche du peuple et sont orientées vers l’exécutif sans pour autant lui porter des doléances. Or, selon l’artiste, un peuple qui ne parle pas pourrait réagir violemment contre ces irresponsables dirigeants s’il en a marre comme ce fut le cas au Burkina-Faso en octobre 2014.

 Justin Kiki

(Stag)