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Le ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané a dévoilé le contenu du Pag

Évincé au premier tour de la présidentielle béninoise, il a ensuite soutenu la candidature de Patrice Talon. Devenu son ministre du Plan, Abdoulaye Bio Tchané défend un projet social qu’il estime être le plus ambitieux de l’histoire du pays.

 Jeune Afrique : Un an après votre arrivée aux affaires, le Programme d’actions du gouvernement (Pag) commence seulement à être mis en œuvre. Comprenez-vous l’impatience des Béninois ?

 Abdoulaye Bio Tchané : Le 16 décembre 2016, quand on a présenté le PAG, j’ai surtout vu les Béninois rêver à nouveau. Mais, bien évidemment, le fait de promettre aux gens des changements si importants les rend impatients. Le plus compliqué est de gérer ces projets sans dépasser les budgets que nous nous sommes fixés et en restant dans le « timing ».

D’autant que, avant de lancer ces projets, il faut faire des études de faisabilité et de financement. Même si c’est contraignant et que cela prend du temps, c’est obligatoire. Et c’est aussi ce qui nous permet d’être sûrs de relever la majorité des défis que nous nous sommes lancés.

Pendant la campagne présidentielle, on reprochait à Patrice Talon d’être un libéral, qu’il ne ferait rien pour le peuple, etc. Or tout cela est battu en brèche par notre programme d’actions. Aucun gouvernement n’a jamais été aussi généreux, mais c’est une générosité réaliste, financée, sans fausses promesses.

Sur le budget général 2017, nous sommes parvenus à dégager un montant d’investissement global de 808 milliards de F Cfa [1,2 milliard d’euros], contre 385 milliards en 2016. C’est la preuve de notre volonté. Tout le monde nous suit, les banques, les assurances… Il n’y a aucune hésitation. Notre stratégie a été réfléchie, validée, et tout le monde y participe.

 Quels sont les principaux défis ?

 Nous voulons apporter des solutions qui permettent une profonde transformation économique du pays. Cela passe par le soutien à notre agriculture : le coton, l’ananas, le riz et, surtout, la filière anacarde, dont il faut améliorer et la production et le taux de transformation locale.

Nous voulons aussi appuyer le tourisme et l’économie numérique, celle du savoir, par laquelle nous relèverons, aussi, le niveau du système éducatif. Il y a des jeunes très doués aux quatre coins du pays, qui représentent un immense potentiel pour le développement local des entreprises.

L’autre grand défi est celui des infrastructures. Lorsque la situation sécuritaire s’est dégradée au Nigeria, beaucoup d’entreprises voulaient s’installer au Bénin, mais on ne pouvait pas les accueillir à cause de la faiblesse de nos infrastructures. Depuis le mois de décembre, nous avons engagé des travaux pour que l’ensemble du pays soit maillé par la fibre optique, avec un réseau de 2 000 km de câbles.

 C’est le projet social le plus ambitieux de toute l’histoire de notre pays.

Côté transports, nous avons lancé la construction du nouvel aéroport de Glo-Djigbé et allons asphalter plus de 1 500 km de route. Quant au volet énergétique, on fournit déjà une énergie électrique stable, avec une puissance installée de 500 kW en moins d’un an. Il n’y a plus de délestage, juste quelques coupures de courant très courtes.

 Et sur le plan social ?

Les trois quarts des actifs travaillent dans l’informel, les agriculteurs ont besoin de formations et de crédits pour développer leurs activités, et une trop grande partie de la population n’a pas accès aux soins…

Nous avons donc décidé de créer l’Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) et sommes en train de définir ce « package », qui repose sur quatre services : la formation, le crédit, la retraite et la couverture médicale [un accès universel aux soins de santé pour tous les Béninois].

Une autre de nos priorités est l’accès généralisé à l’eau potable, en toutes saisons et partout, d’ici à 2021 – aujourd’hui, près de 65 % des Béninois n’y ont pas accès. Enfin, nous avons lancé un programme de construction de 20 000 logements sociaux, dont les travaux doivent commencer avant la fin de ce semestre.

 Où en est l’assainissement de la gouvernance, votre cheval de bataille ?

Pendant près de dix ans, le système a consisté à rémunérer des prestations qui n’étaient pas réalisées. Des sommes colossales ont été détournées ainsi et, à notre arrivée à la tête de l’exécutif, en avril 2016, la situation du pays était plus catastrophique que ce que l’on pensait, avec un déficit projeté à 12 % du PIB pour 2016.

Nous avons lancé divers audits, remis les choses à plat, et je peux garantir qu’aujourd’hui il n’y a plus de paiement sans prestation. Cela étant, pour lutter efficacement contre la corruption, il faut d’une part bien sensibiliser tous les groupes sociaux, et d’autre part combattre l’impunité. C’est l’un des grands axes du projet de société du chef de l’État, et c’est un marqueur du Pag.

 Propos recueillis Jeuneafrique