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Le chef de l'Etat est esseulé
Le chef de l’Etat est esseulé

Le président de la République, Yayi Boni, a perdu la confiance de son peuple. A travers ses assauts répétés pour la révision opportuniste de la Constitution, Yayi s’est inscrit sur la liste des présidents d’Afrique, combattus, à la fois, par François Hollande et Barack Obama. De retour du XVè sommet de la francophonie qui s’est tenu à Dakar au Sénégal, le président Yayi ne cesse de subir les évènements qui se produisent au pays. Dès lors, il est convaincu que son départ prochain de la Marina est très imminent.

Le chef de l’Etat Yayi Boni, par ses agissements qui frisent de la provocation, a réduit sa popularité à sa portion congrue. Il n’est plus en mesure de mobiliser des citoyens pour l’écouter. Sauf dans les cas où il fait appel à des prestataires de service qu’il débarque comme des bétails. La marche organisée le jeudi 11 décembre 2014, par les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), pour célébrer le 24ème anniversaire de la Constitution, est une des illustrations. Le pouvoir de Yayi s’est affaibli au point de ne plus être capable de mobiliser une centaine de personnes, contre zéro franc. Yayi a donc totalement perdu le soutien de son peuple qui l’a plébiscité en 2006 à la Marina avec près de 75% des suffrages. Tout ceci n’est que la conséquence d’une gestion calamiteuse des affaires publiques. En effet, la pratique du yayisme a plutôt conduit le pays vers la paupérisation. La prospérité partagée a échoué. Toutes les promesses faites, à l’occasion des différentes campagnes électorales, n’ont pas été tenues. La démocratie, l’Etat de droit, et la cohésion nationale ont été mis à rude épreuve, après huit ans de gestion du pouvoir d’Etat. Les marches, les prières, les descentes récurrentes dans les Communes, au motif d’être proche du peuple, ont fini par lasser ce dernier. C’est là un diagnostic non exhaustif, des mobiles qui ont fait perdre à Yayi Boni l’estime des Béninois.

Cloîtrer au plan juridique

Yayi est coincé par le dispositif juridique au plus haut niveau. En effet, trois décisions rendues par la Cour constitutionnelle brisent totalement ses élans pour la révision opportuniste de la Constitution. Il s’agit d’abord de la décision Dcc 11-067 du 20 octobre 2011. A travers cette décision, la Cour avait déclaré contraire à la Constitution, la modification des options fondamentales de la Conférence nationale, traduites dans le préambule d’un texte de loi soumis au vote des députés. Cette décision s’inscrit désormais dans la jurisprudence qui empêche toute révision pouvant entraîner la naissance d’une nouvelle République, à l’insu du peuple. La deuxième décision est celle rendue le 19 août 2014. Elle condamne, sans ménagement, les propos de la ministre, Fatouma Amadou Djibril, demandant au peuple de susciter un troisième mandat pour Yayi Boni. La troisième décision, intervenue le 20 novembre 2014, verrouille toutes les issues au profit d’une éventuelle révision de la Constitution, dont les conséquences seraient, le retour aux affaires d’un ancien chef d’Etat ayant déjà exercé deux mandats. Les trois décisions qui se complètent, renforcent la jurisprudence et délivrent le peuple des velléités d’un homme de s’éterniser au pouvoir. Il va sans dire que ce dispositif jurisprudentiel interdit à tout chef d’Etat, l’exerce de plus de deux mandats présidentiels.

Yayi lâché par Obama et Hollande

Au plan international, le président Yayi Boni n’est plus en odeur de sainteté avec les présidents Obama et Hollande. Déjà en août 2014, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a convié les chefs d’Etat africains à un sommet de ‘’mise en garde’’ contre toute tentative d’aller contre les aspirations du peuple. De retour de Washington, Yayi Boni était déjà abattu par ce discours du premier président noir-américain. Yayi avait donc perdu le soutien des Etats-Unis pour accomplir une telle manœuvre contre la démocratie. L’exemple du Burkina Faso est d’ailleurs très édifiant. Blaise Compaoré, qui a pris aussi part à ce sommet Usa-Afrique, en a appris à ses dépens. Après 27 ans au pouvoir, le peuple des hommes intègres l’a contraint à abandonner la présidence et à fuir le pays. Compaoré n’a bénéficié ni du soutien de Obama, ni de celui de Hollande qui préside actuellement aux destinées du pays colonisateur du Faso. Cet évènement du 29 octobre 2014 à Ouagadougou, trouble la quiétude de Yayi Boni à Cotonou. Il médite sur ce qui lui arriverait, s’il s’obstinait à fouler au piedles acquis de la démocratie béninoise. Le 29 novembre 2014, au XVè sommet de la francophonie à Dakar au Sénégal, François Hollande a prononcé un discours retentissant qui a réveillé tous les chefs d’Etat africains qui somnolaient dans la salle. Pour le président français, là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, les citoyens de ces pays sauront toujours trouver, dans l’espace francophone, le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie. Il y a quelques semaines, le peuple burkinabé a fait une belle démonstration. Le message est très bien perçu par Yayi. Pour finir, Hollande rappelle à la mémoire de ses collègues ce qui suit : « Ce qu’a fait le peuple burkinabé doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir à la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident. Ce sont les élections qui permettent de savoir qui est légitime et qui ne l’est pas. » L’inquiétude affichée le 11 décembre 2014, par le président Yayi Boni, à l’occasion de la marche de l’opposition, le convainc à faire sa valise.

Jean-Claude Kouagou