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Yayi donne l’impression de se rattraper

Alors qu’on attend que toute la lumière soit faite sur le scandale des 3 milliards de Fcfa de la Direction de l’eau, Yayi Boni veut enquêter sur la gestion de ses ministres, directeurs d’offices et de sociétés d’Etat. Cela ressemble, à s’y méprendre, à une stratégie pour détourner l’attention du peuple, et, surtout, coincer ses collaborateurs qui menacent de l’abandonner, à quelques mois de la fin de son règne.

Selon des informations véhiculées par le Conseiller à la bonne gouvernance du Chef de l’Etat, Michel Dognon, Yayi Boni va enquêter sur la gestion de ses collaborateurs. Les Directeurs des ressources financières et du matériel, les comptables, les régisseurs et autres financiers des ministères, des sociétés et offices d’Etat seront donc bientôt audités. Michel Dognon récemment viré du Palais au même titre que d’autres, a annoncé en ce début de semaine qu’il a été instruit par Yayi Boni aux fins de se pencher sur une série d’enquêtes visant des responsables de ministères et de sociétés. Dans cette perspective, le décret portant création et fonctionnement de l’Inspection générale d’Etat, sera actualisé, et ses prérogatives renforcées. Le conseiller tente de faire croire que le chef de l’Etat se préoccupe de la bonne gouvernance et est prêt à en découdre avec ses collaborateurs qui seront épinglés par les enquêtes de l’Ige. En d’autres termes, si les faits de mal gouvernance sont avérés, les auteurs répondront de leurs actes devant les instances compétentes du pays. Pour beaucoup cela n’a rien de sincère. C’est juste une annonce. D’autres, les plus pessimistes, estiment qu’il s’agit encore d’une initiative d’un pouvoir en difficulté, et qui cherche à détourner l’attention du peuple des véritables sujets de préoccupation comme, l’énergie électrique, l’eau, le carburant, l’emploi, le relèvement du pouvoir d’achat. Pour eux, l’ouverture d’une série d’enquêtes, à 10 mois du départ de Chef de l’Etat, ne produira aucun effet. L’idée ne convainc personne. L’impression la plus répandue étant que,   c’est du folklore, une mise en scène pour gagner du temps. Car, c’est étrange que, sollicité de toutes parts, Yayi Boni ne daigne pas du tout élucider d’autres crimes économiques et scandales qui l’accablent (Cen-Sad, machines agricoles, siège de l’Assemblée nationale, Maria Gléta, Sbee, Icc-Services, Dangnivo, Port sec de Torri). Des dossiers sur lesquels, il reste étrangement discret.

 L’illusion

 Auditer plus de 25 ministères et une quinzaine de structures étatiques prendra énormément de temps. L’Ige ne peut se démultiplier pour être présente dans toutes les institutions concernées. De plus, si l’ouverture d’une série d’enquêtes doit avoir lieu, il faut d’abord renforcer les compétences de l’Ige en lui donnant plus de moyens qu’elle n’en possède aujourd’hui. Il faut actualiser le décret de création. Cela ne peut se faire en une semaine, ni en 15 jours.   Devant de telles réalités, on se rend compte que la mission assignée par le chef de l’Etat à son conseiller à la bonne gouvernance n’est que pure illusion. Une tromperie. En effet, si le président de la République donne effectivement son feu vert pour auditer les directeurs des ressources financières et du matériel, de même que les régisseurs et les comptables, il vise à ternir l’image de certains membres du gouvernement, pendant qu’il aurait déjà mis à l’abri ses loyaux et obéissants serviteurs. Il n’a jamais exploité les rapports d’enquête produits par l’Ige par le passé. Qu’il fasse aujourd’hui croire qu’il veut renforcer les attributions de cette structure sous tutelle, est une option qui dérange. C’est étrange. Mais tout cela peut être traduit comme une réponse aux pressions qui s’exercent sur le régime suite à la révélation du scandale des 3 milliards Fcfa des Pays-Bas à la Direction de l’Eau.

 Dans un contexte d’accusation de détournement

 Si l’annonce de l’ouverture des enquêtes sur la gestion des ministères et structures d’Etat trouve un écho favorable auprès des Partenaires techniques et financiers (Ptf), cela tombe dans un contexte où le chef de l’Etat subit des pressions pour faire toute la lumière sur le scandale des 3 milliards de la Hollande à la Direction de l’Eau. Ce dossier a éclaboussé l’appareil d’Etat, donnant lieu à la démission peu convaincante du ministre en charge de l’Energie et de l’eau, Barthélémy Kassa, de même qu’à l’emprisonnement de trois cadres de la structure où le scandale a eu lieu. Barthélémy Kassa a fait croire qu’il a déposé son tablier pour se mettre à la disposition d’un cabinet international d’audit. Le Conseiller à la bonne gouvernance du chef de l’Etat vient d’informer que ce cabinet débutera son travail à partir de la semaine prochaine. Après avoir réfuté toutes les accusations des Pays-Bas, Yayi Boni et son gouvernement sont sous pression internationale. C’est dans ce contexte qui ne les arrange pas que Michel Dognon a fait part des intentions du président de la République de contrôler la gestion des financiers des ministères et autres structures d’Etat. Cela montre clairement qu’il veut donner l’impression qu’il se préoccupe de la bonne gouvernance dans sa gestion du pays. Depuis que le rapport de l’Ambassade des Pays-Bas à Cotonou a été révélé, mettant en relief des faits de détournement de son appui financier au projet plurisectoriel dans le secteur de l’eau, les partenaires sont devenus très réticents à accompagner le pays. De son côté, le gouvernement s’efforce de convaincre. C’est pour cela que Yayi Boni, tout en confiant à son conseiller Michel Dognon d’annoncer qu’un cabinet international démarrera son travail pour élucider l’affaire des 3 milliards Fcfa, laisse circuler l’information selon laquelle, il veut demander des comptes à ses collaborateurs. On se demande si la nouvelle rassurer les partenaires. L’opinion nationale n’est pas convaincue. Selon elle, c’est du déjà entendu.

 Fidèle Nanga