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Daissotomè
Les populations de Lokossa…

Malgré les efforts du gouvernement donner accès à l’eau potable à toutes les localités du pays, de nombreuses difficultés relatives à cette denrée vitale subsistent encore. C’est le cas de Daissotomè, un village situé à environ dix kilomètres de la ville de Lokossa. Les populations de cette localité souffrent le martyre en raison de leur inaccessibilité à l’eau potable.

La couverture intégrale de l’eau potable dans toutes les localités du Bénin n’est pas encore une réalité au Bénin. Il y a beaucoup de zones reculées qui en souffrent. Au nombre d’elles figure Daissotomè, un village sis à une dizaine de kilomètres de l’arrondissement de Lokossa. En effet, c’est avec la croix et la bannière que ces populations de Daissotomè s’approvisionnent en eau potable. Celles qui n’ont pas les moyens de se procurer de cette denrée vitale et qui se trouvent à environ un kilomètre de leurs domiciles, sont obligées de consommer l’eau de la rivière de ‘’Codji’’. Malgré la couleur jaune de cette eau, les habitants de cette localité ne s’en préoccupent guère. Ils boivent cette eau comme bon leur semble. Ils en font usage sans prendre aucune précaution hygiénique. Bref, l’eau de ‘’Codji’’ sert à faire tout. Certaines personnes la préfèrent même à l’eau potable. A en croire l’ex chef d’arrondissement de Ouèdèmè, Faustin Akodédjro, c’est l’éloignement du château d’eau et du système de forage de la localité qui fait que ces populations se sentent obligées d’aller chercher cette eau et de l’utiliser pour leurs besoins domestiques. « Dépourvues de moyens, les populations se voient obligées d’aller chercher cette eau dans la rivière qui se trouve à quelques encablures de chez elles », a renchéri l’ex délégué du quartier de Daissotomè, René Lissa. Cependant, ce n’est pas le seul mobile qui pousse les populations à aller vers cette eau de la rivière. Selon Ehoun Bernadette, une habitante de la localité, si les populations préfèrent consommer l’eau qui y coule, c’est parce que la rivière a certains atouts naturels et thérapeutiques. Elle explique que la consommation de cette eau par les habitants datait des temps immémoriaux. « Avant même ma naissance, c’est cette eau que mes parents utilisaient pour satisfaire leurs besoins. Ils m’ont toujours dit qu’elle a beaucoup de vertus », a-t-elle expliqué. Pour Dountoun Gbodja, une autre habitante du quartier, cette eau de rivière ne contient pas de microbes. Elle montre que c’est par peur d’attraper des maladies hydriques que certains citoyens refusent de boire cette eau. « Il n’y a aucun danger à consommer cette eau », a-t-elle indiqué. Malheureusement, cet avis n’est pas partagé par tous les habitants du quartier. Pour une de ses amies qui est un peu plus émancipée qu’elle, cette eau de la rivière de ‘’Codji’’ contient bel et bien des microbes. Elle a montré qu’elle rend toujours malade celui ou celle qui la consomme.

 Les maladies qu’encourent les populations de Daissotomè

 En buvant cette eau, les populations des localités de Daissotomè s’exposent à de nombreuses maladies. A en croire le Coordonnateur départemental de l’hygiène et de l’assainissement de base du Mono-Couffo, Urbain Padonou, il y a les maladies bactériennes dont le choléra, les infections virales que sont la diarrhée, les hépatites et les infections parasitaires. En dehors de ces maladies provoquées par la consommation de l’eau de la rivière, il déclare qu’il y a d’autres qui sont favorisées par le manque d’eau. Il s’agit, selon lui, des gales, des teignes, des oxyures. « Il y a d’autres maladies qui découlent d’un lavage corporel insuffisant et du manque d’hygiène. Il y a encore celles qui touchent les pays sous-développés. Ce sont la fièvre jaune, le choléra et le paludisme », a-t-il confié. Au nombre de toutes ces maladies, il y a certaines qui sont fréquentes chez les populations de Daissotomè. Parmi elles, il y a la diarrhée, le vomissement et les maladies de la peau dont la gale. Ils ont fait remarquer qu’ils dénombrent au moins un, voire deux cas par semaine.

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… en proie à des problèmes d’eau

 La mairie de Lokossa s’en défend

Contrairement aux propos du délégué du quartier, le chargé d’eau et d’assainissement de la commune de Lokossa, Nathanaël Zonou, déclare que la mairie n’est pas responsable du manque d’eau potable dans cette région. Il estime que cette situation est liée à la position du système de forage dans cette localité. Pour lui, l’installation d’un système de forage dans une localité reculée répond à des critères. A l’en croire, pour que la mairie réalise un ouvrage d’eau dans un village, il faut que ce dernier ait un effectif de 500 habitants. « En plus de cela, il faut que les populations expliquent réellement leurs besoins et que la localité ne soit pas située dans une zone marécageuse. Car, si la zone est souvent inondée et que la commune y construise un forage, ce dernier risque d’être inondé et d’être détruit à l’avenir », a-t-il confié. Le dernier critère qui entre dans le cadre de la réalisation de cette infrastructure d’eau est la capacité de la population de faire face aux frais d’entretien de l’ouvrage et aux rémunérations de l’agent en charge du pompage d’eau. « Si un village ne remplit pas ces critères, il y va de soi qu’il ne puisse pas bénéficier de cet ouvrage d’eau. Construire un ouvrage hydraulique n’est pas chose aisée. Il nécessite une mobilisation d’au moins 12 millions de FCfa. Et pour le faire, il faut des stratégies pour amortir ce taux », a-t-il confié. Cependant, les villages et localités qui ne remplissent pas ces critères ne sont pas laissés pour compte. Nathanaël Zonou a mentionné que la mairie de Lokossa a recensé tous les besoins en eau de toutes les localités de sa Commune. « La mairie se bat même pour mobiliser des ressources complémentaires pour les réaliser. Nous allons vérifier si le besoin est vraiment réel dans cette localité de Daissotomè. Si c’est le cas, nous allons essayer, à l’avenir, de le satisfaire », a-t-il rassuré.

 Claude Ahovè

(Br Mono-Couffo)