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ACCIDENT-NORD1La souffrance s’offre souvent en spectacle sur nos grandes artères à Cotonou. L’accidenté ou le mort attire des curieux qui ne trouvent rien d’autre à faire que de se délecter de l’effroyable. Le « 118 » n’est pas souvent un réflexe. Pourtant, le « 118 » sauve.
La bagarre attire des curieux, l’accident aussi. Le sang, les pleurs, les gémissements sont devenus par ici, sources de délectation. Des hommes et femmes sous le soleil, immobiles observent sans bouger la victime désespérée. Le  spectacle inspire curiosité. En plus de la douleur qui le cuit, l’accidenté subit l’inconfort de ces invités de circonstance dont la présence ne lui apporte ni réconfort, ni assistance. Ils se limitent à vivre sa douleur, mais aussi à confondre ce dernier avec des conseils débiles. Médecins de circonstance, ces inconnus à peine compatissants font coucher le patient sur la chaussée brûlante jouant ainsi au médecin de circonstance. Les minutes passent, l’hémorragie inquiète mais jusque-là personne n’a encore le réflexe du 118. Dans la foulée, certains motocyclistes, voyant l’attroupement, s’immobilisent pour voir si l’accidenté est une connaissance. Lorsqu’ils sont convaincus que celui-ci n’a ni la posture, ni les traits d’un proche parent et amis, ils démarrent en trombe dans la grande insouciance de ce qui adviendrait d’ici là au patient allongé à même le sol. Chacun passe, mais le jeune homme allongé tutoie le trépas. Sans bruit, il sombre. Mais la foule ne rengaine pas. Elle s’épaissit avec davantage de curieux. Jusque-là, la main salvatrice recherchée par ce dernier ne vient toujours pas. Aucun de ses invités n’est inspiré par le souci d’appeler le 118. Mieux encore, il y en a pour qui, l’accident est une opportunité. Ils ont en viseur, la poche du patient allongé. Cuit par la souffrance, celui-ci ne fait pas  toujours attention à son portable ou même aux billets de banque qui s’échappent de sa poche. Pour l’aider, des jeunes gens s’invitent. Le portemonnaie du patient, son téléphone portable, son bracelet, bref, tout est pris. Il y a des personnes dans cette foule qui n’ont de vœu que de l’aider à s’en décharger. En plus du patient, le spectateur n’est pas aussi à l’abri des mains baladeuses de ces inconnus qui arrivent très facilement à appauvrir certains d’entre eux. La sociologie de ce spectacle funeste d’observateur indifférent que s’offrent des curieux de Cotonou confond à tout point de vue. L’apologie de la douleur chantée au détour de ces pratiques laisse confus. Mais en attendant de démêler cet écheveau social difficile, il est déjà intéressant d’attirer l’attention de chacun et de tous sur le nécessaire « 118 » pour sauver des vies. Plus qu’une invite, c’est désormais un devoir.

Hospice Alladayè