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Une femme enceinte qui accouche à domicile au lieu d’aller au centre de santé court des risques

Malgré les efforts de l’Etat dans le secteur de la santé, les accouchements à domicile continuent de s’enregistrer dans certaines contrées du Bénin. Dans les départements du Mono et du Couffo, 45 femmes ont péri en 2013 en prenant ce risque. Celles qui arrivent à échapper au drame s’en sortent souvent avec des séquelles, ou au pire des cas, elles perdent leurs bébés. Aussi dramatique qu’elle soit, cette situation interpelle les autorités sanitaires des deux départements qui ont pris des précautions pour y remédier.

Dame Jeanne est une femme âgée d’une trentaine d’années. Elle a perdu la vie en 2014, en donnant naissance à un bébé dans la Commune de Dogbo. Originaire d’Ahodjinako dans la Commune de Lalo, elle n’a pas survécu à l’accouchement à domicile qu’elle a tenté de faire chez elle. Des complications liées au manque d’agent de santé et à l’hypertension sont apparues au cours de l’accouchement, à telle enseigne que les médecins de la zone sanitaire d’Ahomi-Dogbo n’ont pas pu la sauver. Mais ce cas n’est pas isolé. Car, au cours de l’année 2014, au moins 15 femmes ont perdu la vie, selon les agents de santé de la zone sanitaire de Klouékanmè, Toviklin et Lalo. Au Centre hospitalier départemental (Chd) du Mono-Couffo, sis à Lokossa, au moins 17 femmes ont péri à la suite des accouchements à domicile. Dans la Commune de Comè, 9 femmes sont décédées à la suite des accouchements à domicile. Cependant, ces cas de décès ne sont pas exhaustifs car, selon le chef service de la mère et de l’enfant de la Direction départementale de la santé du Mono-Couffo, Eléonore Lalèyè, il est difficile de connaître tous les cas de décès liés à l’accouchement à domicile. Elle confie que cela est dû au fait que les parents des victimes ont souvent honte d’informer les centres de santé du décès de leurs enfants qui meurent à la suite de l’accouchement à domicile. Pour elle, c’est lorsque les complications commencent par surgir que les parents des victimes et les soi-disant accoucheuses accourent vers les centres de santé. « Et c’est lorsque les victimes décèdent dans ces lieux de santé que nous en sommes informés », a-t-elle renchéri. Mais, pour certaines femmes rurales, il n’y a pas à s’inquiéter. Elles estiment qu’il y a plus d’avantages à accoucher à la maison que d’aller donner naissance à son bébé à l’hôpital. Selon Falilatou Arouna, sage-femme diplômée d’Etat au Centre hospitalier départemental du Mono-Couffo, (Chd-Mono-Couffo), il y a des risques immédiats et futurs que les femmes prennent en accouchant à domicile.

L’hémorragie de la délivrance, première cause des décès …

 Pour Falilatou Arouna, le premier risque que les femmes courent en décidant d’accoucher à domicile, est l’hémorragie de la délivrance. Elle explique que c’est un mal qui survint au cours de la délivrance. A cette étape, clarifie-t-elle, la femme enceinte, faute de suivi médical commence par saigner, perd tout son sang et meurt. Dans les cas où la victime résiste aux complications, a-t-elle confié, ses proches accourent vers les centres de santé pour solliciter le secours des agents de santé. « Mais, c’est souvent trop tard. Car la femme enceinte aurait déjà beaucoup saigné, et les médecins n’arrivent souvent plus à la sauver», a-t-elle précisé. En revanche, il existe des cas où des femmes s’en sortent vivantes avec le bébé. Mais lorsqu’elles se tirent d’affaire, a fait remarquer le gynécologue Mathieu Aguégué, employé au Chd/Mono-Couffo, elles n’échappent pas aux conséquences liées à l’accouchement à domicile. Il indique que lorsque la femme finit d’accoucher à la maison, elle s’en sort avec des infections post-partum ou la rupture de l’utérus. Aussi, a-t-il mentionné, elle peut attraper les fistules obstétricales. « En ce moment, la femme va commencer par avoir des fuites d’urines. Et tout le monde va commencer par la rejeter. Elle ne peut pas se prendre en charge, ni rester dans la société », a-t-il indiqué. Ce qui est plus grave, selon lui, c’est lorsque les femmes césarisées prennent le risque d’accoucher à domicile. Il déclare avec insistance qu’elles perdent souvent leur vie à cause des complications qui surviennent au cours de l’accouchement. En dehors de ces risques, la femme enceinte qui accouche chez elle prive, selon lui, son bébé de son droit de disposer d’un acte d’état civil. Ainsi, l’enfant qui naît à la maison a du mal, selon le chef service de la maternité d’Adohoun dans la Commune d’Athiémé, Josiane Hounon, à se faire vacciner normalement et à faire des formalités liées à sa scolarité, aux actes d’état civil dont le casier judiciaire ou autres. Mais qu’est-ce qui amène les femmes à ne pas accoucher dans les centres de santé ? A en croire les agents de santé, il y a les causes lointaines et celles immédiates.

 Cause des accouchements à domicile

 Selon les agents de santé rencontrés, les raisons qui poussent les femmes à adopter cette pratique sont nombreuses. Mais la raison la plus importante serait liée à l’ignorance. A les en croire, les femmes rurales ne maîtrisent pas les avantages qu’elles ont en allant accoucher dans les services de santé. Ils pensent que comme les génitrices accouchent souvent à la maison, ces dernières hésitent à se passer de ces vieilles habitudes. En outre, le manque de moyens financiers et les occupations quotidiennes souvent trop harassantes de ces femmes les poussent également à commettre ces actes dans ces localités. L’autre facteur qui justifie l’accouchement à domicile des femmes est l’inexistence des centres de santé ou l’éloignement de ces derniers des domiciles des femmes enceintes. « Cette situation fait qu’elles se voient obliger d’accoucher chez elle », ont confié la sage-femme du centre de santé d’Adohoun sis dans la commune d’Athiémé, Josiane Hounon, et l’accoucheuse, Micheline Vidéhouésso. « Elles ont du mal à parcourir des kilomètres pour aller accoucher dans des centres de santé. Dès qu’elles sentent les malaises, elles se voient obligées d’accoucher leurs enfants à la maison. Dans le pire des cas, elles accouchent en cours de route ou font des fausses couches car, elles n’arrivent pas à supporter les soubresauts et les secousses des voies souvent dégradées », ont-elles fait savoir. En dehors de ces facteurs, il y a les mauvaises relations qu’entretient le personnel soignant avec les futures mères. Elle a indiqué que si la femme enceinte est mal accueillie, elle s’abstient souvent des visites prénatales et préfère accoucher à domicile, au mépris de toutes les règles sécuritaires. « Cette situation fait qu’elles font plus confiance aux vieux du village qu’aux agents de santé. Elles pensent que c’est plus facile d’accoucher à la maison qu’au centre de santé», ont-elles signifié. A ces motifs, s’ajoutent les pesanteurs sociologiques et psychologiques qui poussent certaines femmes à accoucher chez elles. « Il y a des femmes enceintes qui se disent que comme leur mère a accouché à la maison et s’en sont sorties, elles aussi vont faire de même. Dans certaines localités, les notables et sages interdisent à leurs populations d’aller accoucher à l’hôpital, car c’est très coûteux d’accoucher à l’hôpital, selon eux. Certaines disent qu’elles n’aiment pas les piqûres, ni se coucher sur le dos pour mettre au monde leurs enfants», a fait remarquer la sage-femme, Anie Hounkpè du Chd/Mono-Couffo.

 Précautions prises pour y remédier…

 Les conséquences qui découlent des accouchements à domicile sont nombreuses. Au regard de ces conséquences, il urge que le gouvernement et les acteurs de la société civile se mettent ensemble pour intensifier les séances de sensibilisation sur les risques d’accouchement à domicile. Comme l’ont souhaité les agents de santé, il faut que l’Etat central mette beaucoup de moyens financiers et matériels à leur disposition pour qu’ils descendent dans les villages pour mieux sensibiliser les femmes qui prennent ces risques. Ils souhaitent aussi que l’Etat prenne en charge les frais liés à l’accouchement car, pensent-ils, si les femmes savent qu’elles n’auront pas beaucoup d’argent à dépenser, elles vont délibérément accoucher dans les centres de santé. Mieux, ils suggèrent la construction des centres de santé dans les localités où il n’y en a pas. Cela va, selon eux, permettre aux femmes de vite se rendre dans les centres de santé en cas de besoin. « Nous suggérons que l’Etat affecte des spécialistes, des docteurs et infirmiers d’Etat dans les centres de santé de zone et d’arrondissement des Communes du Mono-Couffo pour la réussite des accouchements. Ainsi, nous aurons plus de moyens pour inviter les femmes enceintes à recourir aux services de santé en cas d’accouchement », a suggéré le gynécologue, Mathieu Aguégué. En dehors de ces dispositions, l’agent de santé publique, Eléonore Lalèyè confie que l’Etat a pris un arrêté qui instruit tous les centres de santé à se faire auditer et de déclarer systématiquement les cas de décès issus d’accouchements à domicile. Par ailleurs, elle a précisé qu’il y a des Partenaires techniques et financiers et des Ong qui appuient l’Etat dans sa politique de Planification familiale. « Le ministre de la santé a pris, en 2013, l’arrêté 0096/Ms/Dc/Sgm/Ctj/Dpp/Drfm/Dnehs/Dnsp/Dsme/Sp-C du 6 mai 2013 portant obligation de notification des cas de décès maternels néonatals et institutionnalisation des audits de décès maternels néonatals. Cet acte est suivi de certains documents qui décrivent les procédures à suivre pour sensibiliser les femmes enceintes sur les risques d’accouchement à domicile et les précautions à prendre en cas de complications liées à cela», a-t-elle indiqué. Au regard de toutes ces précautions prises par les autorités étatiques, l’agent de santé publique, Eléonore Lalèyè garde espoir que la situation va s’améliorer. D’ailleurs, elle confie que grâce aux produits de planning familial que les Ong promeuvent dans les localités reculées du Mono-Couffo, les cas d’accouchements à domicile ont diminué considérablement.

 Claude Ahovè (Br Mono/Couffo)