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justice2La seconde audience du vendredi 17 août 2018 a connu à la barre des personnes du troisième âge. L’accusé qui aborde la catégorie des septuagénaires négocie difficilement son équilibre. Les témoins, pour la plupart, étaient aussi au crépuscule. La Cour a payé l’accusé pour son crime à 20 ans de travaux forcés.

Dona Isaac Raphaël Houéssou n’a rien perdu de sa verve en dépit de l’âge. Sa déposition a été une litanie d’histoires longues et diffuses teintée d’aveu voilé et de dénégation constante. Isaac est accusé d’avoir étranglé à l’aide d’un tissu blanc sa mère dans la nuit du 29 au 30 mai 2014. Les faits se sont déroulés  au quartier Tchaounkpamè à Cotonou. Ce jour, la mère de l’accusé, apparemment bien portante la veille, a été déclarée morte par Isaac qui vivait dans la même chambre qu’elle. L’acte de l’accusé qui a enflé les suspicions est qu’il s’est empressé à l’insu de ses frères et sœurs  d’envoyer le corps de la  cujus à la morgue. Jusque-là on est à l’étape des suspicions, mais l’enquête diligentée a sollicité l’autopsie du corps de la victime. C’est de là que les résultats ont révélé que la mère de l’accusé a été tuée par strangulation. Qui peut bien le faire si ce n’est pas celui qui dort habituellement dans la même chambre qu’elle? Isaac a donc été interpellé. A la barre vendredi, Isaac a constamment déclaré que sa mère  a été empoisonnée. Il n’a tout de même pas nié avoir dormi avec elle cette nuit et qu’il n’a constaté jusqu’au petit matin la présence ne serait-ce suspecte d’une personne étrangère. Si alors personne n’est venu cette nuit et que sa mère, selon les résultats de l’autopsie, a été étranglée, qui diantre a pu bien le faire? Isaac répond sans cesse.  » Personne n’a étranglé ma mère. Elle a été empoisonnée la veille », déclare-t-il. Les témoignages des frères et sœurs d’Isaac l’accablent à souhait. Sa grande sœur a laissé entendre que pour profiter de la parcelle de sa mère, Isaac a écarté tous ses proches. Son frère Samuel a enfoncé le clou.  » Isaac n’a aucune autre obsession que la vente de la parcelle de notre mère. Il nous empêche même d’avoir de contact avec elle. Il nous menace et nous intimide. Il nous dit qu’il vendra toutes les parcelles et qu’on n’aura rien.  Il est très menaçant et violent de caractère », a-t-il laissé entendre. Cela suffit-il à l’accuser de parricide? La constance est qu’aucun des témoins n’a réussi à affirmer fermement qu’il en est l’auteur puisqu’ils n’étaient justement pas sur les lieux. Ils n’avaient même pas eu l’opportunité de voir le corps avant qu’il n’aille à la morgue.

 Choc des arguments, déconstitution de l’avocat de la défense

 Au cours de l’instruction,  le Conseil de l’accusé, Me Magloire Yansunnu, a affirmé que  son client  est mentalement instable et a sollicité une expertise psychiatrique. Le Ministère public représenté par l’avocat généralMarie-JoséePathinvo s’est opposé, affirmant que l’accusé qu’elle connaît parfaitement (pour avoir instruit l’affaire), n’est pas perturbé. L’avocat de l’accusé maintient sa demande et se deconstitue. La Cour a constaté qu’il a soulevé une exception en plein débat et lui a demandé de retirer sa deconstitution ; ce qu’il n’a pas fait. Les débats se sont poursuivis en l’absence de l’avocat. Dans sa réquisition, le Ministère public a demandé  à la cour de  retenir l’accusé dans les liens de l’accusation de crime de parricide et de le condamner à la peine de travaux forcés à perpétuité. Dans sa décision, la Présidente de céans Marie Soudé Godonou a déclaré irrecevable la demande du conseil tout en la joignant au fond et condamné l’accusé à la peine de 20 ans de travaux forces.

 HA