Spread the love

justice1Chaque jour à la barre ouvre une page de vie. Les histoires se succèdent mais ne se ressemblent pas.  Celle d’hier 11 avril 2018 a pour trame une conquête du cœur par les œuvres occultes. Denis Aïou qui répondant de cette charge à la barre a été condamnée à 5 ans de travaux forcés.

Le client qui était face à la barre dans le cadre de la session des assises a nom Denis Aïou. La Cour a prononcé à son encontre une peine de 5 ans de travaux forcés. Les faits remontent au mardi 23 juillet 2013 à Ayahonou dans l’arrondissement de Sey. Ce jour, Elise Montcho, apprentie couturière et âgée de 17 ans, s’est rendue de bonne heure dans son village natale pour les cérémonies d’inhumation de son feu père. Sur les lieux des obsèques, Elise était assez préoccupée par les préparatifs. Elle n’avait pas de temps ni d’yeux pour personne, mais dans le silence quelqu’un souffrait. Celui-ci, c’est l’accusé d’hier Dénis Aïou. Celui-ci était épris d’un sentiment soudain pour Elise. La fougue du désir était certainement si prononcée qu’il n’a pas reporté l’occasion de faire des avances à la jeune demoiselle. L’exercice n’a pas prospéré puisqu’Elise ne lui a laissé aucune chance. Dénis, contrarié mais toujours décidé à aller au bout de son objectif, a pris la résolution de forcer le cœur hermétique d’Elise à travers des pratiques maléfiques. En sa qualité de féticheur, il a été entre-temps sollicité par les parents d’Elise pour empêcher la pluie. Assez agile dans ce domaine, il réussit l’exercice avec brio. Un exploit qu’il pensait avoir le don d’impressionner sa conquête mais tout cela laissait Elise de marbre. C’est alors qu’il prit la résolution de passer à l’étape occulte en faisant recours au fétiche Gambada. Le lundi 29 juillet 2013, aux environs de 4 heures du matin, il s’est pointé torse nue, un pagne  blanc noué autour de la taille et fit des aller-retour incessants autour de la case de Elise. Dénis appelait les esprits sur sa conquête qu’il pensait être dans la chambre. Malheureusement pour lui, celle-ci n’y était pas. Y était couché son frère aîné Edouard Montcho. Juste après les pratiques occultes accompagnées d’incantations de Dénis, le frère d’Elise fut saisi d’un malaise et est tombé évanoui sur le coup. Conduit à l’hôpital, il s’est retrouvé des heures après. A la barre hier, l’accusé n’a pas nié les faits, mais le grand flou a persisté autour du niveau de nuisance des sorts envoyés à Elise.  En agissant de la sorte, Dénis était-il dans l’esprit de conquérir Elise ou d’affecter sa santé ? Dans sa déclaration, il a fait savoir que son ‘’missile occulte’’ était destiné à amener Elise à être épris d’un amour soudain, fort et sans concession pour lui et qu’il n’a à aucun moment eu l’intention de nuire à celle qu’il désirait de tout son cœur. Pourquoi alors la santé d’Edouard a été affectée ? A cette question, l’accusé a déclaré : « ce sont les effets collatéraux. Edouard n’était pas le destinataire », a-t-il fait savoir. Dénis a tenté dans ses déclarations d’anéantir l’élément intentionnel, mais le Ministère public a essayé à chaque fois de le coincer. Dans ses réquisitions, l’avocat général, Christian Atayi, a évoqué les éléments constitutifs de l’infraction. A l’avis du représentant du Ministère public, Dénis a agi dans l’idée de jeter un sort à Elise afin qu’on le lui envoie en sa qualité de chef féticheur pour désenvoutement. A partir de cet instant, il pourra la contrôler mystiquement et la conquérir à jamais. Il s’agit donc selon l’avocat général d’un sort nuisible qui affermit son intention coupable. Ce qui le conforte dans sa démarche, c’est l’état de santé d’Edouard qui a été affecté aussitôt après l’exercice de Dénis. « L’erreur sur la personne anéanti pas l’infraction », a-t-il affirmé pour corroborer son accusation. L’avocat de la défense contre-attaque. Selon lui, il existe un flou qui complique l’appréhension de l’élément matériel. Nulle part il n’est établi que le malaise senti par Eduard était le résultat de l’exercice mystique de Dénis. A l’appui de son plaidoyer, il a soutenu qu’aucun certificat médical, encore moins une prescription n’a été produit au dossier : « Edouard lui-même a déclaré que les médecins n’ont rien trouvé et qu’il pourrait s’agir d’une fatigue…. », a fait savoir l’avocat. L’examen psychiatrique de Dénis ne présente aucune anomalie mais l’avocat de la défense a balayé les conclusions de l’expert. Il a affirmé qu’un examen psychiatrique ne saurait se faire en une journée. Les débats techniques s’enchaînaient mais la Cour a finalement tranché. Elle a déclaré Dénis coupable et l’a condamné à 5 ans de travaux forcés. En détention depuis le 31 juillet 2013, il retourne en prison pour quelques mois encore.

 HA