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cour cotonouLa loi qualifie l’acte que l’accusé a posé de séquestration et traite d’enfant. Mais jusqu’au verdict du Président Christophe Atinmankan, l’accusé du mardi 17 avril 2018, Emile Madjronon, croyait encore que la victime Sèlimatou est sa femme. Il a été condamné à dix ans de réclusion.

Le juge n’en avait cure des déclarations de l’accusé Emile Madjronon. Il l’a condamné à 10 ans de réclusion. Ainsi, la Cour l’a finalement renvoyé pour méditer pendant 5 bonnes années encore. Que retenir de l’histoire de Emile ? En fait, les faits remontent au 18 novembre 2007. Ce jour, la petite Sèlimatou a fui le domicile de sa cousine par peur de punition et s’est retrouvée errante. Sur son chemin, elle a croisé le sieur William Hounsinou qui a promis de l’aider. Bonne nouvelle, pensait-elle, mais c’était en réalité le début d’une vie saccagée. En effet, William l’a conduit dans une maison à Godomey et l’a quittée momentanément. Autour de 20 heures du soir, il est revenu accompagné de deux autres jeunes dont le nommé Emile Madjronon. Tout est allé très vite, car à l’issue des échanges faits en l’absence de la victime, Emile a remis 40.000 Fcfa à William. Cette somme représentait la mise en mariage forcée de Sèlimatou à Emile qui s’empara de son ‘’bien’’ pour son village à Hèkanmè dans la commune de Zè. Emile, marié et père de 5 enfants, venait donc de prendre officiellement ‘’une seconde épouse’’. Jusque-là, la victime ne comprenait rien des desseins macabres de son nouveau bourreau. Ça y est donc, la nouvelle épouse vit une vie de couple ô combien déprimante. Pendant ce temps, les parents de celle-ci multipliaient les avis de recherche dans la presse et par d’autres moyens au Bénin et au Togo. Leur désir de serrer fortement dans leurs bras cette fille disparue est resté un vœu pieu. Depuis cette nuit de décembre, la vie de la jeune Sèlimatou prit une virée noire. Le mariage forcé  durera 5 bonnes années au cours de laquelle Emile réussit à avoir deux garçons. Mais le manège de l’accusé d’hier ne durera pas longtemps, car Sèlimatou a été retrouvée en 2012. Appréhendé et poursuivi pour séquestration et traite d’enfant, Emile Madjronon a reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure. A la barre hier, il n’a pas changé de version. Ce qui est curieux pour beaucoup est que Emile continue de dire que Sèlimatou est sa femme et perçoit son départ à la limite comme une forme de séparation forcée. Ce qui le renforce dans sa thèse, c’est justement ‘’le contrat’’ de base qui l’a lié à Selimatou. D’abord, Emile n’a pas accepté qu’on parle d’enlèvement, car selon lui, il s’agit bel et bien d’un mariage puisque les 40.000Fcfa qu’il a donnés à William représentaient une partie de la dot qu’il a consentie. Dans sa déclaration, la victime a déclaré que Emile lui imposait des rapports sexuels cruels sous l’argumentaire qu’il a payé l’intégralité de la dot et qu’elle n’a plus de volonté. « Il me bat toutes les fois que je refuse de satisfaire ses désirs sexuels. Il m’interdisait de sortir sauf pour aller au champ. Je labourais le champ pour nourrir la famille », affirme la victime. Le Ministère public est sans pitié. L’avocat Générale Marie Josée Patinvoh requiert 20 ans de travaux forcés. La défense contre-attaque. Pour l’avocat, son client est dans une bonne intention même s’il reconnaît que l’acte est répréhensible. Il tente de balayer la thèse d’enlèvement en arguant que Emile était dans une démarche de mariage. « La condition de base n’est pas l’enlèvement, mais le mariage », renchérit-il. Il souhaite qu’on ne regarde pas le ‘’ravisseur’’ Emile, mais le père. Un long séjour en prison peut, selon lui, saquer la vie des enfants. Les débats étaient intéressants, mais l’accusé d’hier ne s’en est pas sorti libre. La décision finale est dix ans de travaux forcés. En détention depuis 2013, il comptera encore 5 bonnes années.

 HA