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HELICODans un passé récent, la presse béninoise a fait état des prouesses peu « catholiques » de l’ex-ministre de l’Energie, Barthélémy Kassa pour faire acquérir un nouvel hélicoptère au chef de l’Etat. Avec les instructions données par le dernier conseil des ministres pour l’achat d’un nouvel engin, la boîte de pandore vient d’être ouverte.

Que retiendront les Béninois des dix années « Yayi » ? Est-ce les phrases « chocs » souvent prononcées par le Prince, ou les scandales politico-financiers à foison non-encore résolus ? Toujours est-il que ses deux mandats ont été riches en affaires les unes plus rocambolesques que les autres. Exemple symptomatique de ces affaires souvent floues : le cycle d’acquisition d’hélicoptères ou avions présidentiels sous le Changement. Le conseil des ministres du 21 novembre 2015 vient à ce propos, de démontrer que l’on n’est pas encore sorti de l’auberge. Malgré l’énormité des fonds publics engloutis dans ce gouffre, le gouvernement vient de lancer une nouvelle commande. Les termes choisis par le conseil ne sont pas anodins. C’est un latin choisi exprès pour noyer l’essentiel. Selon le communiqué du conseil, il sera procédé à l’échange de « l’avion présidentiel B-727-200 immatriculé TY-24A contre un super 27 V Vip révisé ». Instructions ont donc été données au ministre d’Etat chargé des Finances et au Directeur du cabinet militaire du président de la République pour organiser, sur la base de deux (02) contrats, « l’acquisition d’un nouvel avion et la cession du B727-200, TY-24A en fin de vie en mai 2016 ». Acquis en 2014, le Ty-24a, l’appareil qui est en fin de vie, ne peut plus servir à quelque chose. D’ici 2016, l’épave sera à la casse. On se rappelle malheureusement, qu’un canard tirait la sornette à propos des fonds engloutis dans l’entretien du pauvre appareil et écrivait : « Depuis l’année 2014, un hélicoptère blanc immatriculé Ty-Abc domine les airs béninois. Il y vole presque tous les jours. Acquis normalement pour les opérations pétrolières, il ne servira jamais à cette fin. Chaque mois, la Société béninoise des hydrocarbures(Sobeh) engloutit des dizaines de millions pour son entretien et son fonctionnement ». Et de poursuivre dans des termes encore plus durs : « L’achat de cet hélicoptère annoncé comme une opportunité majeure pour la Sobeh s’est mué en un véritable cauchemar. En plus du fait qu’il n’a pu permettre à la Sobeh de gagner de l’argent, parce que réservé uniquement pour les voyages du Chef de l’Etat, son fonctionnement absorbe presque toutes les recettes issues de ces opérations pétrolières sur nos côtes. Il faut en effet entretenir cet engin. » Les faits et le temps semblent lui donner raison.

 Accointances entre compagnies pétrolières et le gouvernement

 L’annonce de l’acquisition de ce nouvel appareil jette le froid dans le dos. Cette commande semble d’autant plus curieuse qu’il y a quelques mois, un nouvel engin a été débarqué au Port de Cotonou le 9 octobre dernier. A cette époque, beaucoup d’observateurs s’étaient demandé pourquoi, à quelques mois de son départ du pouvoir, le chef de l’État béninois continue d’engager d’énormes fonds pour s’acheter, au grand dam du contribuable béninois, des « toutous volants ». Cet hélicoptère de marque Agusta Westland, dont le coût avoisinerait 12 millions d’euros, soit près de 8 milliards de francs CFA, était supposé renforcer l’hélicoptère acquis dans le cadre des opérations pétrolières, le TY-24A , et qui, depuis peu, sert de moyen de déplacement pour le Chef de l’Etat à travers le pays. Qu’est-il devenu, l’Augusta ? Nul ne saurait répondre. Mis bout à bout, ces faits confirment les soupçons d’opacité qui entourent, comme un voile nébuleux, les différentes affaires d’achat d’avion présidentiel. A juste titre, le député Candide Azannai, très en froid avec le gouvernement, n’a pas hésité, à l’époque, à donner un coup de pied dans la fourmilière. Dans une conférence de presse intitulée « Hélicoptère et pétrole béninois : retombées occultes et autres royalties tirées des contrats relatifs aux blocs pétrolifères », il s’est insurgé contre les méthodes du gouvernement. Avant de dénoncer les accointances peu orthodoxes entre certaines compagnies pétrolifères et le gouvernement dans l’achat des hélicos.

 Le cri de cœur de  Candide Azannaï

 Furieux, presque fulminant, le député de la 7ème législature n’avait pas porté des gants pour porter l’estocade : « Qui vous avait dit que notre Pays n’avait pas de pétrole. J’ai coutume de répéter qu’il n’y a pas de golfe sans pétrole, tout comme il n’y a pas de triangle sans trois angles. Nous sommes un pays de golfe, un pays de pétrole a priori. Certains diront, Dieu ne peut être sans éternité, comme le diable sans malignité. Bref ! Nous avons depuis toujours un potentiel pétrolifère tangible au regard même de la nature de notre côte maritime et de notre proximité avec tout le riche bassin nigérian et le déversement de notre fleuve Ouémé depuis des millions d’années. Donc, les fermentations des dépôts organiques, leurs liquéfactions sous les profondeurs marines ont nécessairement une certaine densification géologique qui peut nous conduire à cette certitude dont certains pensent exagérément être les Archimèdes. Donc, le pétrole nous l’avons », écrira-t-il sur son mur.

 Wilfrid Noubadan