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les-caurisEn Afrique noire, les cauris ont, pendant longtemps, été utilisés comme monnaie pour les échanges commerciaux. Mais, par la suite, ils sont devenus un élément très important de l’art divinatoire. Souvent utilisés dans la géomancie sur le territoire national, les cauris sont les héritiers d’une longue tradition familiale et qu’on retrouve dans les couvents et autres lieux du culte vodoun.
Les Cauris rentrent dans la pratique de la  géomancie depuis fort longtemps en Inde, au Cuba, au Brésil et en Afrique dont le Bénin. Jadis utilisés dans les échanges commerciaux, les cauris n’ont de valeur aujourd’hui que dans le monde cultuel et culturel. Encore appelés petits coquillages, les cauris se caractérisent d’un côté par une face bombée, et de l’autre par une fente. La face féminine ouverte est représentée par le côté de la fente du coquillage, alors que la face masculine du cauri, dite fermée est représentée par la face bombée du coquillage. Son utilisation dans l’art divinatoire répond à certaines exigences. Pour l’utiliser dans la divination et la géomancie, les chefs de culte vodoun ou les « Bokonons » doivent procéder  au tirage et à son interprétation. Pour faire les tirages de cauris, le « Bokonon » ou le chef de culte prend  dans ses mains, ces derniers, puis les mélange, tout en formulant clairement sa question. Ensuite, il les passe plusieurs fois de la main gauche à la main droite, et les garde bien cachés dans la main droite. Il souffle dessus et les jette sur l’espace circulaire déterminé à l’avance. Interrogé sur cette forme de géomancie, le chef de culte vodoun Tron Kpéto Déka Alafia, Mianon Todégla Tohountodo a indiqué qu’une fois que le jeté des cauris est effectué, le devin qui officie procède à l’interprétation des différentes figures qu’ils forment. « Pour faire un tirage, selon les besoins ou les traditions locales, on utilise souvent 12, 16 ou 22, parfois même 100 coquillages. Pour interpréter un tirage et obtenir une réponse de type Oui ou Non à une question, nous tenons compte du nombre de cauris qui se présente du côté féminin ou masculin tout en sachant qu’une majorité de cauris féminins indiquera une réponse plutôt positive et qu’à l’inverse, une majorité de cauris masculins indiquera une réponse plutôt négative », a-t-il confié. Cependant, un devin expérimenté doit tenir compte aussi du positionnement des cauris dans l’espace de consultation où ils sont jetés, ainsi que leur position les uns par rapport aux autres. Il en interprétera les figures ainsi obtenues. « Qu’on les retrouve en groupe de 12, 16, 20 coquillages ou plus, l’art du jeté de Cauris a de quoi faire jaser. Car ces petits coquillages contribuent à fournir des préditions sur les événements à venir», renchérit-il. Pour lui, les cauris sont des éléments qui servent de communication entre le monde spirituel et physique. « Quand, nous jetons des cauris, c’est pour nous renseigner sur l’avenir de la personne qui sollicite nos prestations»,  fait-il remarquer. Pour le consultant de Fâ et chef de culte Lègba, Edouard Dégbey, les cauris expriment la volonté des vodouns. « Les vodouns s’expriment à travers des cauris. Les cauris que nous lançons montrent nécessairement un signe. Tout dépend des questions que nous leur posons. Si  deux cauris qui sont fermés, cela veut dire quelque chose. Si deux cauris sont ouverts, cela veut dire aussi quelque chose. Donc la question que nous nous posons pourquoi deux sont ouvertes et deux sont fermées. Ainsi les vodouns répondent  à travers ces signes. Il y a également des signes qui extériorisent les dangers ou le bonheur de celui qui nous consulte. Celui qui voit le signe « Aclamèdji », doit savoir qu’il y a un malheur devant lui. Mais s’il voit toutes les cauris fermées, la personne doit savoir que c’est plus qu’un danger qui l’attend», a-t-il confié. A en croire le consultant du Fâ, les cauris ne sont pas directement achetés et utilisés dans l’art divinatoire. Il a fait savoir qu’avant d’utiliser ces coquillages, le Bokonon doit les préparer dans le couvent. « Pour que les vodouns soient en phase avec les cauris, le féticheur est tenu de les préparer. Sinon, s’il prend n’importe quel cauris pour le lancer devant le Vodoun, ce dernier ne peut que révéler des choses qui ne cadrent pas avec la réalité et les problèmes de la personne.
 Les cauris et l’art divinatoire
 Au Bénin et particulièrement dans les départements du Mono-Couffo, cet art divinatoire fait partie de la religion. Et l’on n’invoque pas les dieux en vain. Donc, en ces contrées, la séance de consultation se déroule souvent selon un certain rituel. Ainsi, au cours de cette opération, le consultant du Fâ ramasse les cauris et prononce des formules rituelles au-dessus de sa main, pour invoquer les esprits. Il dépose ensuite les cauris dans la main du questionneur, qui doit les porter à ses lèvres pour confier aux coquillages, la question qui le préoccupe en secret. Le consultant les restitue ensuite au devin, qui crache un peu de salive dessus avant de les répandre devant lui, dans un geste large. La bouche fermée, celui-ci procède ensuite à des incantations aux puissances surnaturelles, qui l’aideront à dévoiler l’avenir de celui qui consulte. Puis, le devin étudie la trajectoire et la position des cauris. Cette pratique est très courante dans les couvents et autres lieux de culte vodoun. Les responsables de ces lieux de culte s’en servent pour élucider les zones d’ombres qu’ils reçoivent dans leurs vies. Mais l’essentiel est que les populations en quête du bien-être tombent dans les mains des « bokonons » authentiques. Par rapport à cela, le chef de culte Lègba a mentionné a exhorté tous ceux qui désirent consulter le Fâ à s’orienter vers  un « bokonon » authentique et non vers un quelconque charlatan, homme ou femme. « Prenez garde aux mauvais « bokonons ». Il y a trop de faux devins qui vous solliciteront. De simples diseurs de bonnes aventures essaieront de vous escroquer. Pour ne pas se faire arnaquer, il vaut mieux aller vers les « bokonons » ayant suivi le cycle complet de l’initiation. Ces Bokonons  sont porteurs d’une forte conviction. Convaincus de leurs pouvoirs et de leurs connaissances, ils ne se montrent pas âpres au gain, vous pouvez à peu près être sûr que vous êtes bien tombé », a-t-il conseillé.
 Claude Ahovè
 (Br Mono-Couffo)