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RACOLEURS
Les racoleurs appuient fortement les conducteurs de taxis

On les retrouve sur les parcs de véhicules de transport à Cotonou. Les racoleurs se sont imposés au fil des années comme un maillon très important de la chaine de transports au Bénin. Allons à la découverte de ce métier.

Lomé One !!! Lomé One!!! Sèmè One !!! Hogbonou 2 places ! Voilà l’ambiance qui règne sur le parc de transport en commun à Cotonou. Nous sommes sur le parc de taxi du marché Dantokpa. Des véhicules garés çà et là attendent d’être remplis pour se rendre à destination. Un Monsieur, la soixantaine s’affaire à charger les colis dans un véhicule. Il s’appelle Jules Koukpaki alias Zozo. Il est un racoleur qui exerce ce métier depuis 25 ans. « J’étais apprenti chauffeur et, faute de moyens je n’ai pas pu prendre mon permis de conduire. Alors, j’ai décidé de devenir racoleur. Notre rôle est d’aider les chauffeurs à trouver des clients et à charger leurs colis contre une maigre somme de 1OO FCfa par passager. Ce métier ne nourrit pas son homme mais, à défaut de mieux, je me contente de cela », confie-t-il. Selon lui les difficultés, dans ce métier sont légions. « Nous sommes traités parfois de voleurs par les clients et la distance que nous parcourons chaque jour pour trouver des clients est énorme », explique-t-il. Comme Zozo, plusieurs autres racoleurs sont dans la même situation. C’est le cas de Claude Dossou Gogan qui a 27 ans d’expérience dans ce métier. «Je n’ai pas embrassé ce métier par plaisir. Je suis soudeur de formation mais, faute de clients, j’ai choisi de devenir racoleur sur le parc de Dantokpa afin de joindre les deux bouts », déclare ce dernier. Pour lui, les tracasseries des clients et des chauffeurs sont nombreuses. Ce qui les décourage parfois. « Mais nous faisons avec», a-t-il souligné. « Je m’en sors avec 3 000 FCfa ou 3 500 FCfa par jour et cela me permet de nourrir ma famille », conclut-il.

Sur le parc de l’Etoile Rouge nous apercevons un sexagénaire qui s’affaire à charger les bagages sur le toit d’un véhicule prêt à se rendre à Hillacondji. Se confiant à nous il était presqu’au bord des larmes. « Je suis devenu racoleur par la force des choses .Vous voyez mon âge ? Et pourtant, je continue avec ce travail très physique», confie-t-il avec mélancolie. A l’en croire, c’est la misère qui peut amener quelqu’un à exercer ce métier. « Depuis 8 ans que j’exerce ce métier je ne peux pas vous dire que j’ai pu réaliser quelque chose. Je gère juste le quotidien », précise t-il.

 Le racolage n’est pas un métier

 Cette affirmation varie en fonction du responsable syndical que nous avons rencontré. Pour Amowonou Batabou, secrétaire administratif adjoint de la gare routière de Dantokpa, ce sont des chauffeurs qui n’ont pas de véhicules qui viennent aider leurs camarades contre le payement d’une somme forfaitaire.Ce sont ceux-là qui sont appelés racoleurs. Pour Thierry Egloh, organisateur de la gare Sèdjro Gandé du marché de Dantokpa, c’est chaque syndicat qui recrute ses racoleurs. «C’est l’Union nationale des conducteurs du Bénin (Unacob), syndicat auquel j’appartiens, qui a recruté les racoleurs afin qu’ils travaillent avec nous», explique-t-il. Selon lui, il faut cette catégorie de personnes sur les parcs afin d’aider les chauffeurs et le syndicat dans leurs tâches. « Nous les avons organisés et ils ont des uniformes numérotées, ce qui nous permet de les identifier aussi facilement » informe-t-il. Pour lui, le syndicat paye une somme de 3 000 FCfa par jour aux racoleurs et chaque fois qu’ils aident un chauffeur à charger son véhicule, ils ont droit à 100 FCfa par passager.

Pour Paul Avohou, Trésorier général de l’Union des transports interurbains du Bénin (Utib), l’un des syndicats gestionnaires du parc de l’Etoile Rouge, les racoleurs sont un maillon très important dans la chaîne de transport au Bénin. Ils sont d’une utilité remarquable. Ils sont au chargement des bagages et à la recherche des clients. « Nous devons mieux les organiser afin de mieux les utiliser », estime-t-il.

 Réels collaborateurs des chauffeurs

 Pour les chauffeurs rencontrés sur les différents parcs visités, le refrain est le même. « Les racoleurs sont nos collaborateurs ». Pour Ramane Adéossi chauffeur, la collaboration entre racoleurs et chauffeurs se fait en parfaite symbiose, même si, parfois, il y a des différends qui naissent. « Le chauffeur ne peut pas seul charger les colis des passagers et en même temps aller à la recherche d’autres clients. D’où l’importance de ces collaborateurs», clarifie-t-il. Selon Angelo Sèdégan, chauffeur, il n’est pas normal de les appeler des « racoleurs ». « Ce sont des chauffeurs qui n’ont plus de véhicules qui viennent travailler avec leurs camarades afin de continuer à survivre ». A l’entendre, c’est le manque de moyens qui entraîne cette situation. « Moi aussi à un moment donné, je suis aussi passé par là. Mais Dieu merci, ça va aujourd’hui ».Pour lui, il y a des badauds qui s’infiltrent dans le rang des racoleurs et qui ternissent l’image de ces honnêtes citoyens qui sont à la recherche du pain quotidien. « C’est pour cela qu’ici, au marché Dantokpa, tous les racoleurs sont en uniforme estampillé d’un numéro identifiable ». Pour finir, j’invite les responsables des syndicats et les chauffeurs à mieux traiter leurs racoleurs parce que tout le monde peut devenir racoleur.

 « Malgré tout ils nous aident beaucoup»

 Pour les voyageurs rencontrés sur les différents parcs, les racoleurs sont d’une grande utilité dans la recherche de taxi et surtout pour le chargement de nos colis. Pour Madame Rosalie Tohoun, le métier de racoleur est mieux organisé qu’avant. « Nous étions confrontés à des situations comme la perte des colis, mais il faut avouer que depuis quelques années, ces genres de situations n’existent plus. J’ai été confrontée à une situation où je cherchais un véhicule pour Abomey. Le racoleur qui m’a trouvé le véhicule m’a dit que c’est 2 500 FCfa. Ce que j’ai pris. Mais, arrivé à destination, le chauffeur refuse et me dit que c’est 3 500 FCfa et a même saisi mes colis. C’est le racoleur qui m’a trompé. Ces situations arrivent, mais nous gérons. » Pour Bernard Yétondji, les racoleurs sont des gens peu recommandables. Sur les parcs, ils vous bousculent et discutent votre sac avec vous. « L’Etat doit nous aider en les chassant des parcs afin que nous ayons la paix ».

 Un secteur à réorganiser

 Pour les autorités municipales rencontrées et qui ont requis l’anonymat, le métier de racoleur doit être réorganisé afin qu’il soit officiellement reconnu. A les en croire, il revient aussi aux racoleurs de se réunir en syndicat afin de défendre leurs intérêts. « Nous ne pouvons pas les chasser des parcs. C’est un problème social que nous allons régler progressivement. Alors, il revient aux responsables de commencer le travail de réorganisation et la Mairie viendra certainement en appui », ont-ils souligné.

 Un métier à faible revenu

 Le constat est alarmant et tous les racoleurs rencontrés dans les parcs de Tokpa et de l’Etoile- Rouge l’ont reconnu. Le métier ne nourrit pas son homme et les conditions d’exercice sont très difficiles. Après une journée on s’en sort avec 3 000 FCfa quand le marché est bon. Sinon, on se contente de 500 FCfa ou 800 FCfa par jour. Cette situation est acceptée des racoleurs parce qu’aucune autre alternative ne s’offre à eux pour le moment. C’est un problème social qu’il faut régler pour ne pas créer des nids aux divorcés sociaux. Les autorités municipales et communales devraient penser à en faire un véritable métier afin que chacun y trouve son compte.

 Collaboration extérieure