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Nicéphore Soglo
Nicéphore Soglo interpellé par Jérôme Alladayè

Ancien collaborateur du Président Soglo, Professeur titulaire en histoire à l’Université d’Abomey-Calavi, membre du Bureau politique national de la Renaissance du Bénin (Rb), Jérôme Alladayè, interpelle dans cette opinion le président Nicéphore Soglo. Il lui rappelle les circonstances de son choix à la présidentielle de 2016, et les raisons du délitement de la Rb, dont les rênes  ont été à tort confiées à Léhady Soglo.
Depuis quelques temps, les médias et les réseaux sociaux de toutes sortes bruissent de réactions et de commentaires autour des attitudes et des déclarations de l’ancien Président de la République et ancien maire de la ville de Cotonou, Nicéphore Dieudonné Soglo. Ancien collaborateur du Président, particulièrement impliqué dans ses combats pour la défense et la promotion de la dimension culturelle du développement, je suis meurtri de lire et de voir à quel point est en train de tomber le crédit politique et moral dont il jouissait au sein des populations de notre pays, toutes régions confondues. C’est pourquoi je me permets humblement, à travers ce cri de cœur, de le supplier de se raviser et de se mettre au-dessus de la mêlée, afin de demeurer pour nous, un modèle et un guide. Les sujets sont nombreux et divers pour justifier et illustrer ma démarche. Mais je n’en prendrai que trois à titre d’exemple : le  choix à l’élection présidentielle de 2016, la lutte contre la corruption et la crise à la Renaissance du Bénin.

Le choix à l’élection présidentielle de 2016

En 2016, par la démarche solitaire, anti-démocratique et méprisante dont il est coutumier, le Président d’alors de la Renaissance du Bénin, Léhady Vinagnon Soglo, a embarqué notre parti dans le soutien au candidat Lionel Zinsou. Les militants ont été ahuris par ce choix. Certains s’y sont soumis par discipline de groupe. Beaucoup s’en sont ouvertement démarqués pour suivre d’autres candidats. En particulier, le Président Soglo, Président d’honneur du parti, a expliqué partout, notamment dans nos fiefs, que la démarche de son fils engageait notre parti et notre pays dans une voie sans issue pour la démocratie, la liberté et le développement. J’eus l’insigne honneur de recevoir par deux fois en mon domicile, la visite du Président Soglo pour échanger en tête-à- tête sur la situation. Les conclusions de nos discussions étaient claires, sans le moindre doute : élire Lionel Zinsou à la tête de l’Etat serait offrir à Boni Yayi par procuration, un troisième mandat qu’il a désespérément cherché et dont le peuple béninois l’a privé en faisant résolument obstacle à son projet opportuniste de révision de la constitution béninoise du 11 décembre 1990 ; ce serait également ouvrir un boulevard aux entreprises françaises pour continuer, plus que par le passé, à dominer notre économie et à piétiner nos opérateurs économiques nationaux. Il fallait donc empêcher à tout prix l’élection de Lionel Zinsou, rassembler les forces autour du candidat le mieux à même de porter les espoirs de relèvement économique et de liberté du peuple béninois. Pour le Président Soglo comme pour moi, ce ne pouvait être alors que Patrice Talon. Une vieille connaissance de Nicéphore Dieudonné Soglo qui, s’il avait soutenu Boni Yayi, s’est vu suffisamment trahi par ce dernier pour se mettre dans la posture d’une rupture avec son régime et sa manière de conduire les affaires de l’Etat. C’est donc en toute objectivité, au terme d’une analyse claire, que le Président Soglo a décidé de faire campagne pour le candidat Patrice Talon. Il n’est pas convenable qu’il dise aujourd’hui qu’il s’était trompé sur Lionel Zinsou. Cela n’a aucun sens. C’est même une insulte à la brillante capacité d’analyse qu’on lui connait.

La lutte contre la corruption

Le président Soglo, inspecteur des finances de renommée internationale, est un lutteur tranché contre la corruption. Dois-je rappeler que face à la gestion peu orthodoxe du régime de son oncle le général Soglo en 1967, il avait démissionné de son poste de ministre des Finances ? Pouvons-nous oublier sa retentissante formule de ‟ faire rendre gorge aux fossoyeurs de l’économie nationale ” pendant la période de la transition et au cours de son unique mandat présidentiel de 1991 à 1996 ?
C’est dire qu’en entreprenant résolument de lutter contre la corruption dans notre administration publique, dans nos sociétés d’Etat et dans la sphère publique en général, l’actuel Président, Patrice Talon, se révèle être un digne successeur de Nicéphore Dieudonné Soglo. Un successeur qu’il devrait encourager à aller de l’avant, sans craindre les menaces de toutes sortes dont il pourra être l’objet. Tout le pays se rappelle que lui, Soglo, a connu une expérience douloureuse en la matière et on lui sait gré de n’avoir pas reculé. Il n’est donc pas décent que le Président Soglo joigne sa voix,  sa personne et son autorité au piteux concert de ceux qui ne veulent pas que la Police et la Justice fassent la lumière sur les présumés cas de corruption. Le Président Soglo doit expliquer aux uns et aux autres que force doit rester à la loi : que la police et la justice fassent librement leur travail, sans entrave et sans obstruction, dans le respect des droits des mis en cause, qu’au bout du compte, ceux qui doivent être condamnés le soient et que ceux contre qui rien n’est retenu, soient blanchis. C’est ce que commande la sagesse de son âge, c’est ce qu’exige sa qualité d’ancien premier   magistrat du pays. Toute autre attitude fait déshonneur.

La crise au parti La Renaissance du Bénin

Je voudrais terminer par ce qui me lie le plus intimement au Président Soglo, à savoir le Parti La Renaissance du Bénin (Rb), sa vie, la crise qu’il connait aujourd’hui. Membre du mouvement pour la démocratie et le progrès social (Mdps), un des quatre partis qui ont créé l’Union pour le triomphe du renouveau démocratique (Utrd), qui ont promu et soutenu la candidature de Nicéphore Dieudonné Soglo à la Présidence de la République, j’ai adhéré à la Rb en 1995 comme mes autres camarades du Mdps tels Joseph Marcellin Dégbé et Théodore Holo. J’ai alors fait l’expérience du Président Soglo comme un intellectuel honnête, un leader à l’écoute de ses collaborateurs, un dirigeant rassembleur sans exclusive.
Malheureusement, quand en Septembre 2010,  le Président d’honneur Soglo et son épouse, la Présidente fondatrice Rosine Vieyra Soglo décidèrent de passer la main, ils portèrent leur choix sur leur fils aîné Léhady pour diriger le Parti. Choix oh combien dommageable ! En effet, un parti politique n’est ni un lopin de terre, ni une maison bâtie qu’on peut léguer au fils ou au parent qu’on veut. C’est le bien social de tous ses militants, du plus célèbre au plus anonyme. Il faut des qualités managériales certaines pour en assurer la direction avec succès : il s‘agit notamment de la considération pour les autres, de l’ouverture d’esprit et de l’écoute des autres. Tout cela, le Président Soglo le sait, comme il sait tout aussi bien que son fils Léhady n’a pas ces qualités. Et des voix n’ont pas manqué de le lui rappeler, bien sûr dans les formes qu’il sied dans les circonstances du moment.
Mais toujours est-il que Léhady fut porté à la tête de la Rb au congrès du Septembre 2010 à Abomey. Honnêtement, les cadres du Parti se sont mis à son service pour l’aider à réussir sa mission. Par les conseils et les propositions, par écrit ou oralement, nous avons opiné sur les méthodes de travail et souligné les tâches urgentes à accomplir pour renforcer la Rb sur l’échiquier politique national. Mais Léhady a préféré nous répondre par le mépris du silence ou de l’invective. Voilà la cause profonde de la crise de la Rb : l’incapacité de son président à rassembler les cadres et les militants dans la mobilisation pour l’atteinte de ses objectifs.

Alors, lorsque la crise qui couvait depuis longtemps a éclaté au grand jour en mai 2017, non sans que le Président Soglo en ait eu les prémices, nombreux étaient ceux d’entre nous qui pensaient qu’il allait entrer dans toute sa peau de leader charismatique, de papa de tous les militants, nous appeler à la discussion, apaiser les tensions et sauvegarder l’unité. Grandes ont été donc notre surprise et notre déception de le voir monter au créneau pour soutenir Léhady que nous croyions un fils parmi nous tous ! Il le fit même avec des mots et des accents qui résonnent encore aujourd’hui dans nos têtes et nous fendent les cœurs comme les vagues tumultueuses du déluge de l’Ancien testament
Cependant, nous sommes restés sereins, confortés par la justesse de notre lutte, l’adhésion forte des militants et la compréhension des sympathisants du Parti. Nous croyons même qu’il est encore temps pour le Président Soglo de privilégier l’intérêt du Parti par rapport aux ambitions personnelles de Léhady, lui qui est un grand admirateur de Nelson Mandela, cette icône africaine pour qui, tout sacrifice pour le bien du groupe, doit être consenti sans regret par l’individu.
Au total, sur les trois questions que j’ai évoquées, je voudrais espérer que le Président Soglo dans ses paroles et dans ses actes, se réaffirme le bâtisseur de la démocratie et du redressement économique que nous avons connu, admiré et suivi. Modèle vous avez été, modèle vous devez rester, mon cher Président !

 Jérôme C.  Alladayè
Professeur Titulaire en Histoire à l’université d’Abomey-Calavi

Membre du Bureau Politique National de la Renaissance du Bénin