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Le renard de Djakotomey, le cerveau de la victoire de l’opposition

Qui mieux que Bruno Amoussou pouvait coordonner les tractations jusqu’à la victoire de Me Adrien Houngbédji au Perchoir? Le renard de Djakotomey a réussi à réunir tous contre Yayi Boni. S’il ne s’en est pas chargé, les choses iraient autrement.

Après la victoire de Me Adrien Houngbédji, c’est le moment de saluer l’esprit de sacrifice des uns et des autres. La Rp-Rp, Soleil, Abt, Fdu, And, et surtout l’Un. Bien que majoritaire au sein de l’opposition, l’Union fait la Nation avec ses 13 députés n’a pas visé le Perchoir. Personne ne peut dire au prix de quel sacrifice elle a donné carte blanche à Adrien Houngbédji, avec 10 députés, conduire la liste unique de l’opposition. Il y avait assez de potentiels candidats dans les différents partis, tous autant capables de porter cette charge. Mais, par un consensus, ils ont tous décidé de faire profil bas, de laisser de côté leur égo personnel, pour porter leur choix sur l’un d’eux. Quelle grandeur d’esprit et d’âme. Il faut un seul pour le Pouvoir, s’ils ne veulent pas le perdre, mais il faut tous pour l’avoir et y participer. La candidature suscitée de Me Adrien Houngbédji et son choix au cœur d’une multiplicité d’ambitions avouées ou cachées, d’intérêts et même de sensibilités, expriment le sens de l’unité, du consensus et du sacrifice sans lesquels le bien commun ne saurait être sauvegardé. Au regard de la réussite d’un tel choix, ce sont la reconnaissance des valeurs des différents acteurs de la victoire, au nombre desquels Bruno Amoussou, dont l’invocation du nom ne mérite plus qu’on le présente. Aux apparences lénifiantes, effacées, Bruno Amoussou est l’homme qu’on a peu vu, mais, de loin, il reste l’artisan de la victoire de Me Adrien Houngbédji. Il a démontré qu’il demeure un acteur influent de la scène politique béninoise. Ingénieur agronome, son activisme politique date de plusieurs décennies, à commencer par ses expériences dans le département du Couffo. Dès la classe de 4ème , il milite remarquablement au sein du Mouvement de la jeunesse étudiante catholique dont il a pris les rennes. Etudiant en France, il a été élu président de l’Association des étudiants dahoméens en 1962, puis Secrétaire général de la Fédération des étudiants de l’Afrique noire en France. De retour au Pays en pleine Révolution, il réussit à relancer les activités du principal mouvement des jeunes du pays. Son activisme lui a valu son élection au poste de président de l’Assemblée générale des Cadres en 1979.

 Au service de la Nation

 Après avoir créé le Parti social démocrate (Psd) à la faveur de l’avènement de la démocratie, il a été l’un des soutiens du président Nicéphore Soglo, avant de lui tourner dos à deux ans de la fin du mandat de ce dernier. Bruno Amoussou a exprimé ses désaccords au président de la République pour ce qui est de la gestion du Pouvoir d’Etat. Alors que Nicéphore Soglo était encore aux affaires, le président du Psd a été porté au Perchoir par une coalition de partis. Il dirige l’Assemblée nationale de 1995 à 1999. Le Général Mathieu Kérékou, revenu au Pouvoir en 1996, a travaillé en parfaite intelligence avec le président de l’Assemblée nationale. Le tandem Kérékou-Amoussou à la tête de l’Etat béninois a permis de stabiliser le régime. Cette parfaite cohabitation s’est transformée en une histoire d’amour entre les deux personnalités. Devenu ministre d‘Etat de Kérékou après avoir perdu le Perchoir, Bruno Amoussou a été non seulement le stabilisateur, mais aussi l’homme qui gérait les dossiers compliqués du régime. Géniteur de l’Union pour le Bénin du futur (Ubf), coalition ayant soutenu et porté Mathieu Kérékou au Pourvoir, il avait déjà pris la tête d’une coalition baptisée (Adema). Grand rassembleur, Bruno Amoussou et d’autres leaders de l’opposition ayant soutenu Yayi Boni entre les deux tours de la présidentielle de 2006, se déclarent, plus tard, déçus de sa gouvernance. Son parti, le Psd, aux côtés de la Rb, du Madep, forment le G4 renforcé plus tard par d’autres forces politiques pour créer l’Union fait la Nation qui a soutenu le candidat Adrien Houngbédji à la présidentielle de 2011. Yayi Boni, réélu par KO, s’est mis à l’écart de tous les leaders, évitant au passage tout contact avec Bruno Amoussou, prétendant que ce dernier pourrait nuire à sa personne par le gris-gris. C’était l’erreur qu’il ne fallait pas commettre. Filant le parfait amour avec les partis de l’opposition, l’ancien ministre d’Etat de Mathieu Kérékou a réussi à avoir tous contre Yayi Boni depuis 2011 jusqu’à ce jour. Si l’opposition a retrouvé son unité, c’est grâce à Bruno Amoussou, qui a su se mettre à la hauteur de la mission de rassemblement. Ça a payé cash face à Yayi Boni en difficulté. Plus de 50 ans au service de l’activisme politique, le renard de Djakotomey a montré au président de la République sa capacité et sa dimension d’homme politique. Il est celui qui connaît, sans doute, le mieux les rouages politiques d’un pays où la parole donnée des acteurs politiques ne vaut que ce qu’elle vaut. Il est le négociateur de l’ombre qui a conduit les tractations jusqu’à la victoire finale de Me Adrien Houngbédji. Nombreux sont ceux qui le considèrent comme celui qui a toujours sauvé le Bénin des nombreux pièges qui pourraient le déstabiliser. Lors de la présidentielle de 2001, il a sauvé le Bénin d’un piège après le désistement de Nicéphore Soglo, puis de Adrien Houngbédji, pour affronter Mathieu Kérékou au 2ème tour. Arrivé 4ème, il a été le challenger du général-président qui a remporté le scrutin à l’issue du « match amical ». Plus nombreux sont ceux qui voient dans la figure du Renard de Djakotomey, une personnalité digne de confiance que le Bénin mérite d’avoir et dont le nom doit être inscrit au Panthéon. A ce jour, Bruno Amoussou, discret et efficace, reste le seul homme politique dans l’opposition à promouvoir le rassemblement entre plusieurs groupes dirigés par les politiciens les plus habiles, capricieux et influents. Yayi Boni devrait l’avoir avec lui que contre lui.

 F.N