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Il faut de l’ordre dans le secteur du ministre Alassane Seïdou

Quatre ans d’emprisonnement et 100  millions de FCfa d’amende que le Tribunal de Cotonou a requis contre cinq responsables de sociétés de distribution des médicaments.  Diversement  apprécié au sein de l’opinion publique, ce verdict issu du procès des grossistes de faux médicaments est sans doute un signal fort dans la lutte contre le trafic illicite des produits pharmaceutiques au Bénin. Cependant, le ver est dans le fruit ;  ce qui appelle  les pouvoirs publics à aller plus loin.
Un goût d’inachevé, mais c’est une première dans l’histoire du Bénin. Réussir à démanteler le réseau des barons  du commerce illicite des médicaments, les traduire devant les tribunaux et ensuite obtenir leur condamnation à une peine d’emprisonnement de  4 ans, n’est jamais arrivé au Bénin. Un exploit retentissant  auquel très peu ont cru, vu l’enracinement du réseau, l’opacité dans laquelle il fonctionne, ses implications et les  complicités dont il bénéficie à divers niveaux. C’est justement au regard de ce faisceau d’éléments dont personne ne doute et qui devraient être pris en compte par la justice, que beaucoup opinent sur le caractère inachevé qui se dégage du verdict. Un goût d’inachevé parce que jusque-là, toutes les  personnes attendues à la barre n’y étaient pas, notamment le député     Atao Hinnouho et son épouse, des propriétaires des pharmacies et d’autres acteurs que les enquêteurs n’ont pas pris le temps d’identifier, d’arrêter et d’écouter. Pour une pratique qui existe depuis Mathusalem et qui s’est enracinée, les pouvoirs publics n’ont pas encore tout mis en œuvre pour mettre tous les fautifs à la disposition de la justice. Quel sort est-il réservé au  magnat de ce commerce ? Beaucoup attendent de voir comment la justice va s’occuper de son cas afin qu’il revienne réponde de ses actes comme ses complices  grossistes. Car, dans ce dossier, il a été question de responsabilités et de complicités. Le fait est là et tout le monde le sait. Les grossistes répartiteurs vont s’approvisionner auprès d’une personne qui n’a pas le profil, mais qui est le plus gros fournisseur  des produits contrefaits. Le fait qu’ils contournent le circuit indiqué pour s’approvisionner  auprès des  personnes qui n’ont pas les qualifications requises jette du discrédit sur la qualité des produits qu’ils livrent aux pharmacies. C’est un réseau qui échappe à tout  contrôle et conséquence, quatre  sur cinq  produits vendus à la pharmacie sont faux et pour la plupart, ils sont fabriqués en Chine ou en Inde. Au cours du procès, la défense s’est évertuée à démontrer qu’il n’a jamais été question de vente de faux médicaments comme il est reproché aux grossistes. Où étaient donc les pouvoirs publics depuis ce temps pour ne pas mettre fin à ce commerce s’il existait effectivement. Ils ont aussi failli à leur mission. Le Ministère de la santé a laissé faire. La Direction de la pharmacie et du médicament sans moyens a fermé les yeux sur ce crime. Tous autant qu’ils sont, ils ont leur responsabilité dans ce scandale qui a trop duré.  De Atao Hinnouho aux pharmacies en passant par les grossistes et les agents de l’Etat, chacun doit répondre devant la justice. Quand on se tourne du côté de la Défense, ce qui est reproché à ses clients grossistes n’est pas fondé. L’infraction n’est pas constituée à partir du moment où aucune expertise établie ne conclut sur le caractère faux des produits, s’est-elle défendue.  A partir de ce moment, on s’interroge de la façon  suivant : est-ce que Atao Hinnouho a reçu un agrément pour exercer une telle activité ? La réponse est non. Ce défaut d’agrément est-il connu des grossistes ? Oui.
Quelle sera la nouvelle donne ?
Dans un dossier où la justice établit la véracité des faits à travers les peines prononcées, cela veut dire que les populations courent toujours un risque en allant en pharmacie acheter les médicaments. Comment vont-elles pouvoir reconnaître un faux et un vrai produit pharmaceutique ?  Il y a urgence à rassurer les consommateurs. Et cela appelle de grandes actions de la part des pouvoirs publics. Par exemple, il est urgent de mettre en place un mécanisme pour expertiser les produits vendus aujourd’hui dans les officines. Il faut aussi  réorganiser le secteur  de la pharmacie en dotant la Direction nationale en personnels et en moyens pour mener sa mission, en organisant des descentes inopinées dans les centres pharmaceutiques, en  encourageant l’ouverture de nouvelles officines, en dotant les centres de santé de structures adéquates pour vendre les médicaments demandés. Sur le terrain, les pouvoirs publics doivent pouvoir identifier les poches de résistance qui continuent de vendre de faux médicaments sous le couvert d’autres activités. Ce n’est qu’à ces conditions  que le combat contre les faux médicaments va réellement porter ses fruits.
De Adjégounlê à Atao
Il y a eu d’abord « Adjégounlê », nom du plus grand et célèbre point de vente de faux médicaments implanté en plein  cœur du marché international de Dantokpa. Un véritable centre où vont s’approvisionner les populations à moindre coût, parfois au 1/5 du prix officiel d’un même produit vendu à la pharmacie. C’est le début d’une vaste opération qui a emporté d’autres ramifications qui existent à l’intérieur du pays au vu et su des pouvoirs publics. Plusieurs commerces ont été fermés au cours de l’année 2017  et d’importantes saisies opérées suivies de poursuites judiciaires à l’encontre des commerçants véreux. Des peines  d’emprisonnement jugées légères avaient été prononcées par les tribunaux contre les personnes arrêtées lors des opérations. Mais beaucoup avaient critiqué ces actions non seulement parce qu’elles sont dirigées contre des intermédiaires, mais aussi parce qu’elles n’ont pas permis d’arrêter la saignée, malgré l’implication  de la justice. Il a fallu attendre novembre 2017  pour voir les pouvoirs publics frapper un grand coup. Ainsi,  grâce à l’opération Pangea IX, la Police est tombée sur des pistes qui laissent croire qu’elle  est sur le point de découvrir le cœur du commerce des faux médicaments.  Suite à l’interpellation au sud du Bénin dans une zone frontalière au Nigéria,  d’un intermédiaire qui détenait sur lui des médicaments contrefaits, la Police a mené des investigations pour connaître la source de l’approvisionnement. Un beau matin de novembre 2017, les agents enquêteurs ont fait irruption dans une maison sise à Akpakpa. Tout avait l’air d’un fait banal, mais très vite, l’atmosphère a changé.
Akpakpa s’embrase
Car, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, les enquêteurs étaient au domicile d’une personnalité politique, le député de la 15ème circonscription électorale, Atao Hinnouho, le chouchou de la population. Absent, c’est sa femme qui a reçu les agents et lui-même, alerté s’est présentée avec son échappe d’élu de la Nation pour tenter d’empêcher une éventuelle perquisition. Après les échanges, la police est repartie, mais en prenant soin de positionner ses hommes dans le périmètre. Puis, elle est revenue sur les lieux munie d’un ordre de perquisition. Le député et son épouse n’étaient plus sur les lieux.  Les informations recueillies étaient si fiables que la piste a conduit à la découverte d’entrepôts de faux médicaments. Les produits stockés dans des conditions peu adéquates avoisinaient 50 tonnes. Ils ont été saisis et c’était le début de l’affaire qui rattrape les grossistes. Atao Hinnouho, pris en flagrant délit, a détalé, mais a laissé entendre que ses clients ne sont rien d’autre que les grossistes.

FN