Spread the love
agapit-m
Agapit Maforikan fait le portrait-robot du prochain président

Reçu dans l’émission « Zone franche » de ce dimanche 18 octobre 2015, l’ancien conseiller à la Haac, Agapit Maforikan, a fait part de ses analyses sur l’évolution de l’actualité politique nationale. Le règne de Mathieu Kérékou comparé à la gestion de Yayi Boni, la présidentielle à venir, tout y passe. Voici quelques extraits.

Canal3 : Comment analyser le décès de Mathieu Kérékou

 Agapit Maforikan : C’est un décès qui ne peut pas laisser indifférent. L’envergure du président Mathieu Kérékou était immense. Certes, il n’est qu’un être humain. Mais, je fais un parallèle avec le décès de Mgr Isidore de Souza. On était en période électorale quand il était décédé en 1999. La tension était à son comble, et beaucoup avaient dit que ce n’était pas le bon moment. L’aura de Mathieu Kérékou et ses mots ont un impact. Je respecte ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Ce qu’il dit, ce qu’il fait était essentiel. Son départ peut avoir une petite influence, mais il ne peut jouer sur le cours des événements.

 Vous ne craignez pas une certaine récupération de sa mort par la classe politique ?

Le président Yayi Boni n’étant pas candidat, je ne sais pas qui peut récupérer cela directement. Même si Yayi Boni est tenté de descendre dans l’arène. Kérékou n’est pas descendu dans l’arène il y a 10 ans. C’est le peuple béninois qui peut récupérer cette mort, pour avoir eu l’opportunité de connaître cet homme qui est immense, malgré la part d’ombre.

 C’est qui Mathieu Kérékou selon vous ?

Kérékou a toujours été à l’écoute de son peuple. C’est aussi un patriote. Mais, ce n’est qu’un homme. Kérékou respectait les libertés de presse. L’aide de l’Etat a la presse privée, c’est lui. Pas de journaliste en prison, c’est aussi lui. Le Bénin, 1er sur le plan africain, et 4ème sur le plan mondial dans le classement de Reporters sans frontières en 2002, c’est aussi lui. Il a eu des dérives liées au monolithisme de l’époque, mais dire que Kérékou est un dictateur, c’est faux. Kékérou a été contraint par les évènements d’aller à la conférence des forces vives de 1990. Son silence lui a été bénéfique en 1996. Ce retour a été le premier échec de la Conférence nationale. Et en 2006, il était parti par la grande porte. Kérékou n’était pas un bon gestionnaire des comptes, mais un bon gestionnaire des hommes.

 Mais, il y a eu Sègbana…vous vous n’y étiez pas

Les Paul Essè Iko ont raison. On ne peut pas balayer tout cela de la main. Je suis un citoyen qui a épousé la vision du président Yayi Boni. Après, dans la mise en œuvre, je reconnais qu’il y a eu beaucoup de dysfonctionnements. Je suis heureux que, libérés du fait que Yayi ne revient plus, beaucoup se mettent à proposer des réformes. J’ai écouté l’interview de Patrice Talon qui demande que les institutions soient mieux équilibrées. Le chef de l’Etat ne doit pas être un monarque constitutionnel. Or, la Constitution en l’état fait du chef de l’Etat un monarque. C’est étonnant d’écouter aujourd’hui Marcel de Souza et Alexandre Hountondji. Mais, pourquoi n’ont-ils pas dit au chef de l’Etat tout ce qu’ils disent maintenant, il y a cinq ans ? Ils avaient peur de parler. Certains ont profité du système, et ont attendu la fin avant de parler. Il faut pouvoir dire la vérité au chef de l’Etat pour l’aider.

 Quel bilan faites-vous des dix années de la gestion de Yayi Boni ?

Les dix ans de Yayi vont être mieux analysés après son départ. Le président Yayi Boni n’a pas su résister au culte de la personnalité. Ses affiches qui sont partout, les sorties intempestives, tout cela était excessif. C’est mauvais, même si cela fait manger beaucoup de personnes. J’ai pu le dire en son temps. On ne doit pas tout ramener à la personne du président. Kérékou a su résister à cela, pas Yayi Boni. C’est le système monarchique à la base qu’il faut changer. La démocratie a ses contraintes. Il faut sanctionner les dérives.

 La Haac ?

La mission de la Haac est complexe. C’est la régulation des libertés. Je pense que le gouvernement attend plus de la Haac. La Haac attend plus du gouvernement. L’opinion attend plus de la Haac. C’est plus facile d’empêcher la Haac d’avoir les moyens que la Cour constitutionnelle, ou l’Assemblée nationale.

 Il n’y pas de candidat Fcbe officiel à la prochaine présidentielle, n’est-ce pas grave ?

On aurait dû finir avec la candidature Fcbe depuis février ou janvier depuis. En allant aux législatives, les membres de l’alliance devraient savoir derrière quel leader faire front. Celui-là devrait être le candidat à la présidentielle. Maintenant, c’est trop tard. Même si ce candidat devrait être exposé. C’est là que l’analyse de Marcel de Souza est en partie vraie. C’était l’occasion de pratiquer le candidat dans l’adversité et de voir comment les autres membres Fcbe peuvent lui servir de bouclier. Il y a des noms qui circulent. Ils se valent tous. Je ne suis pas emballé par l’idée des primaires. Je ne crois pas aux primaires. On a perdu du temps. Et on continue d’en perdre. Il faut s’ouvrir aux autres forces politiques. Après, il faut négocier, et faire des arbitrages.

 Comment expliquez-vous l’avance des hommes d’affaires sur les autres candidats ?

Ils sont de bons managers. Ils n’ont pas l’habitude de perdre du temps. Ils sont moins coupables que d’autres. De plus, on ne peut pas leur en vouloir de prendre leur destin en main. C’est à la classe politique qu’il faut poser les bonnes questions, et leur demander s’ils ont fait ce qui est nécessaire pour qu’on n’en soit pas là. Les opérateurs économiques ont le droit d’être candidats. Certains ont été tétanisés par leur arrivée. La focalisation sur Yayi/Talon était mauvaise. Mais, l’arrivée de Ajavon a atténué cela. Il n’y a plus la peur et les injures. Maintenant, il faut analyser la suite. Ce sont des mécènes, je ne peux pas les accabler. C’est à la classe politique de démontrer qu’elle peut être à la hauteur. Toute la classe politique est en état de décrépitude. Le mal, ce n’est pas les hommes d’affaires, c’est la classe politique. A l’Un, il n’y a pas de candidat. Au Prd, c’est pareil. Et pour un grand parti aussi vieux que le Psd, ne pas avoir de candidat, c’est une chose difficile à comprendre. Sans doute, la parole de Adrien Houngbédji va beaucoup peser. Mais, est-ce que les militants à la base vont suivre. Le prochain président doit être courageux pour rompre avec la corruption. Il faut qu’il soit également travailleur, et capable d’induire les changements.

 transcription : Wilfrid Noubadan