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Sébastien Ajavon, un des opposants de circonstance

Le Bénin poursuit sa marche politique avec pratiquement les mêmes exercices et in fine les mêmes leçons. Il semble qu’on n’a pas changé depuis longtemps notre façon de penser l’opposition sous le ciel tricolore béninois.

L’image, depuis 1990, renvoie à un jeu d’enfant teinté des scissions nées de discordes brusques. Les schémas sont toujours les mêmes. Les raisons fondamentales de la naissance de ces oppositions spontanées nées souvent à quelques mois de l’accession au pouvoir du locataire suscité sont généralement les mêmes. On se souvient encore de cette histoire de contrat qui était à la base du divorce entre l’ancien Chef de l’État, Yayi Boni, et ses partenaires politiques dont la Renaissance du Bénin. La phrase jetée au visage de ces déçus prématurés était que les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient. C’était un affront. L’opposition au régime Yayi venait donc de voir le jour. Du coup, un grand bloc a affiché son aversion sans ambages contre le régime. L’opposition est donc née sous le célèbre argument de non-respect du contrat. Dans la foulée, de nombreux vaillants acteurs du changement qui étaient fatigués d’attendre un poste ou une promotion ont rejoint la grande masse des mécontents. A mesure que le régime marchait vers sa fin, la vague des opposants et des experts en repositionnement s’allongeait. Le film sous le régime Yayi caractérisé par la chute de la suprématie des Fcbe et le repositionnement de certains grands ténors,  celui de Kérékou avec l’Ubf, ont renforcé la certitude sur le manque de contenu de cette opposition béninoise qui se formalise au gré des intérêts. Le régime du Nouveau départ aussi n’échappera pas au spectre de la déception prématurée. Le roi du poulet qui était un soutien de taille pour l’élection de l’actuel président a commencé, dès les premiers jours, par murmurer. La cause est la même. Non-respect des engagements. (Postes ministériels ramenés de 6 à 3). En plus de tout ceci s’en est suivie la brouille au relent narcotique qui a tout compliqué. À quelques différences près, le choix de l’opposition par le roi des produits congelés est bien sous-tendu par la récurrente question de respect des engagements. Et donc pour non-respect des engagements, on fait vite de choisir son camp : l’opposition. Le constat est récurrent et repose une fois encore la question de l’idéal qui sous-tend l’opposition sous nos cieux. En réalité, il n’y a vraiment pas eu d’opposants par ici. Il n’y a eu que de mécontents. Dans un contexte pareil, est-ce qu’on peut espérer une opposition constructive ou une opposition du ôte-toi pour que je m’y mette ? Dans la majeure partie des cas, c’est la seconde formule qui est préconisée. Ceci fait que pendant que le locataire est au pouvoir, ses opposants travaillent à le faire partir. Ils font tout pour plomber son bilan afin de s’en servir pour la campagne. On est donc dans un schéma de politique et même de distraction permanente ou l’idéal n’est plus le développement, mais la politique politicienne. Cette opposition a toujours existé et existera encore. Si le régime du Nouveau départ a décidé de faire la politique, c’est justement parce que d’autres se soucient peu du développement et pensent déjà à 2021. Le jeu en valait donc la chandelle. Mais il y a dans cette tendance facile à jeter la pierre à ces opposants mecontents une question tout aussi d’intérêt.   Pourquoi la plupart des Chefs d’État ne respectent pas souvent  leurs engagements à l’égard des groupes politiques qui les portent ? Qu’est-ce qui peut bien justifier ce marché de dupes ? Un travail de recherche approfondi pourra peut-être aidé à y répondre.

Abdourhamane Touré