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Les anciens n’ont pas bien préparé la relève

Les partis politiques béninois sont à la croisée des chemins. Les grands ténors se débattent contre la vieillesse. La succession mal assurée hypothèque l’animation à bon escient de la vie politique par une génération spontanée. Imminences de crises.

D’ici peu, les partis politiques traditionnels vont souffrir de leaders en raison de ce que la relève n’a pas été préparée. Il en résulte qu’à l’heure de leur retraite politique, le pays manque de débats de haut niveau. Une génération spontanée qui n’a pas la culture des débats techniques se mettra de fait au-devant de la scène politique. C’est un péché imputable aux anciens. Car, Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Nicéphore Soglo ont bravé le temps. Vingt huit années de tension et de passion vives. Vingt huit années d’engagement et de combat politique frontal au service de la Nation. Ils se sont sainement et âprement combattus. Ils ont prouvé de diverses manières qu’ils étaient des hommes d’Etat. Plus rien ne leur fait peur ; car ils ont tous subi, tout appris et tout gagné. Cet acquis est immense et se lit dans leur posture et leur carrure. Aujourd’hui, c’est une évidence que ces ténors politiques du Bénin éprouvent la rigueur du temps. Même s’ils refusent de l’avouer, les rides qu’ils entretiennent sont éloquentes.  Ce parcours porte une empreinte qui transparait dans leur discours et leur tenure. Tout en eux respire expérience et vécu. Autant d’atouts qu’ils sont finalement les seuls à capitaliser. Pendant  vingt huit années, ils sont les seuls à tenir la chandelle à la tête de leurs différents regroupements politiques. Le Parti social démocrate (Psd) n’a pas connu véritablement de Président autre que le leader charismatique Bruno Amoussou identifié comme l’une des figures emblématiques des départements du Mono et du Couffo. Le Parti du Renouveau démocratique (Prd) continue d’être dirigé par Adrien Houngbédji qui est jusqu’à demain le Président du premier parti auquel s’identifiaient les ressortissants de l’Ouémé et du Plateau. La Renaissance du Bénin (Rb) a connu une alternance maquillée et soutenue discrètement par les ténors Rosine et Nicéphore Soglo. Ces hommes ont traversé le temps avec leurs partis qui ont finalement imposé une marque indélébile dans le paysage politique béninois. La difficulté au niveau des ténors de  chacun de ces partis politiques est qu’ils n’ont pas réussi à préparer des leaders de taille pouvant tenir la dragée haute après leur départ. Pourtant, ce n’était pas qu’il n’y avait pas. La Renaissance du Bénin par exemple a été le seul parti à connaître le plus d’intellectuels et de leaders charismatiques dans la vie des formations politiques au Bénin depuis 1990. Ce parti a eu le mérite de rafler une bonne partie de la crème intellectuelle du Bénin. Ce sont des hommes de parcours et de science. Mais le temps a fait son œuvre et un à un, le vide s’est fait constater. Le Parti du Renouveau démocratique (Prd) présente à quelques exceptions près, cette image. On a connu le Prd Nouvelle génération de Kamarou Fassassi  ainsi que l’ère de démission des jeunes pourtant assez importants du Parti à l’instar de Moukaram Badarou, Joël Aïvo. Même si le Prd n’a pas connu sur son parcours une implosion à la hauteur de ce qui se passe à la Rb, ce parti politique couve tout de même des difficultés sérieuses et visibles. Le Chef du Parti toujours à la manette peine à trouver la perle rare qui pourra combler les attentes. Pourtant le Prd ne manque pas de cadres valables et charismatiques pour une relève de qualité. Au niveau du Psd, les choses ont tourné un peu dans le mauvais sens. Emmanuel Golou qui au départ a semblé porter la marque du dauphin sérieux est quelque peu tombé en disgrâce vis-à-vis de Bruno Amoussou surtout avec les récentes crises. Le Psd au bord de l’implosion  panse doucement ses plaies. Tout cela démontre à merveille qu’il n’y a pas eu sur la durée une politique cohérente et conséquente pouvant permettre de générer une relève adéquate. Il a semblé qu’il y a eu des générations qui ont été visiblement  saccagées et obligées de jouer le rôle de porteur de sac du seul leader qui est resté ‘’éternel’’. Ce vide se ressent cruellement et la création des nombreuses écoles politiques et universités de vacance ne semble pas répondre efficacement.

 Le culte politique a tué toute envie de relève

 La sociologie politique béninoise a beaucoup joué en faveur des leaders historiques. L’électorat au Bénin continue d’être orienté vers la personne et l’origine. La référence identitaire et l’individu ont été et continuent d’être les critères de choix. Par un passé récent lorsqu’on parle du Mono et du Couffo on citait sans réfléchir Bruno Amoussou. Le Zou était le bastion des Houézèhouè, l’Ouémé et le Plateau celui d’Adrien Houngbédji et le Nord le fief indétrônable du caméléon Mathieu Kérékou. Cette forme de référence identitaire a joué un important rôle dans le maintien de ces leaders politiques. Ils sont parvenus à occuper l’esprit des électeurs qu’il n’y a fondamentalement plus aucun autre joker qui pouvait passer au sein de ces partis. L’électeur même était le terreau de cette personnalisation politique car il a démontré sur la durée que son choix est fonction de ce critère identitaire. Du coup, il parait difficile de trouver au sein du parti un autre personnage qui peut mieux faire l’affaire que l’homme politique en vue. C’était un choix de raison pour s’assurer la victoire et cela a toujours payé depuis des années. Il s’agissait en réalité d’une concession voilée du parti politique pour s’assurer un maintien sur la scène politique. Même pour les rares partis qui sont finalement parvenus à réussir une alternance, les leaders politiques sont toujours là pour forcer le crédit. C’est le cas de la Renaissance du Bénin où les deux figures du parti sont obligés de faire des descentes pendant les périodes électorales pour conforter un peu leur fils. Mais qu’on le veuille où non, la question de relève se pose de plus en plus dans les partis. Avec la réforme du système partisan qui est enclenchée la question risque de revenir avec beaucoup plus d’acuité. Avec l’évolution des mœurs et l’instruction qui développe et affermit  le sens critique au niveau d’une certaine couche, les pesanteurs risques de tomber et les débats de qualité finiront par s’instaurer pour des choix plus éclairés. A partir de cet instant, on parlera d’idéologie, de programme, de choix responsable. Mais pour l’heure, ces partis politiques traditionnels souffrent du manque de relève adéquate. Et celle-ci, risque d’être spontanée quand la crise latente à laquelle ces leaders ont dressé le lit depuis 28 ans va s’éclater. Et cela ne va pas tarder.

AT