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justice audienceL’audience d’hier, mardi 13 décembre 2016 à la Cour d’appel de Cotonou, a la particularité de mettre en évidence une affaire de « faits de violences et voies de fait ». Le mis en cause, NounagnonToninhékpon alias Zokito, en détention depuis 2000, aurait, courant avril 2005, participé à des événements ayant conduit à la mort d’un autre détenu, en l’occurrence Claude Gnassounou. D’après le récit des faits, ce dernier qui a été écroué à la prison civile de Porto-Novo pour vol de bijoux au préjudice de sa sœur Emilie Gnassounou, a montré des signes de démence. Les nuits, il ne fait que crier, empêchant ses codétenus du bâtiment C2 de dormir paisiblement. Dans la nuit du 04 au 05 avril, le chef « pot », SourrouAgossou, a cru bon de changer d’emplacement à ce détenu indélicat qui manifestait des troubles de comportement. Ceci, après lui avoir acheté dans la journée des comprimés dénommés « super appétit », supposés lui faciliter le sommeil. A son arrivée à 20 heures, le chef bâtiment, Bernard Atinininhékpon, alla réveiller bruyamment Claude Gnassounou. Ce qui provoqua une crise de nerf chez celui-ci. Il fut calmé par SourrouAgossou. Vers une heure du matin, Claude Gnassounou se réveilla une fois de plus et se mit à crier. Exaspéré par son comportement, le chef bâtiment Bernard Atinininhékpon se leva et alla vers Claude Gnassounou. Il lui assena un coup de bâton sur la tête. La victime s’écroula. Pour éviter toute autre perturbation, Bernard Atinininhékpon ordonna à Sourou Agossou et NounagnonToninhékpon de ligoter la victime. Quelques minutes après, il commença à gémir, pris de peur, le chef bâtiment le fit délier avant de procéder au nettoyage de son visage couvert de sang et du sol. Il fit ensuite appel aux autorités pénitentiaires. Evacué à l’hôpital, il rendit l’âme le même jour des suites de ses blessures. Accusé de complicité de coup mortel, NounagnonToninhékpon, à la barre, a nié les faits. « Je n’ai ligoté personne », a-t-il déclaré sans bégayer. Soulignant, la dénégation systématique de l’accusée, le ministère public représenté par Robert Dadajlo, a requis quinze ans de travaux forcés contre lui. Mais la défense a plutôt plaidé pour l’acquittement de son client. Selon Maître Rufin Tchiakpè, il y a un vaste flou qui entoure ce dossier. Et pour faire adhérer la Cour à sa logique, il a souligné l’absence de preuves pour établir la culpabilité de son NounagnonToninhékpon. « Quelle est la preuve matérielle qui indique que l’accusé a ligoté la victime ? A quel moment lui a-t-on porté assistance ? », s’est-il interrogé pour mettre en lumière les anomalies de cette accusation avant de faire le constat selon lequel aucun témoin n’était présent au procès pour certifier la culpabilité de NounagnonToninhékpon. Le verdict de la Cour, présidée par Jules ChabiMouka, avec pour accesseurs Jean da Silva et Zacharie Dah-Sèkpo, est intervenu aux environs de 15 heures. Il a condamné l’accusé à 10 ans de travaux forcés. Ayant déjà fait plus de dix ans, il recouvre la liberté. Mais, au total, il a passé 16 ans de vie carcérale.

Joël Samson Bossou