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lio
L’emballage du lio, la dernièe étape du processus

Dans l’aire culturelle fon, le ‘’Lio Kanblado’’, accompagné d’une sauce légumineuse communément appelée ‘’Mantindjan’’,  fait partie  des plats les plus  adorés. La cuisson de  ce mets qui est à la portée de toutes les bourses nécessite trois jours de préparation et exige abnégation et délicatesse.

Il est neuf  heures. Dans la cour de la famille Vitouley à Avogbana dans la commune de Bohicon, la vie bat son plein. Les jeunes garçons, les vieilles personnes, les dames et même les enfants sont affairés. Sous une paillote, une grosse marmite supportée par trois pierres est mis sur un ardent feu. Cela annonce la première phase de la préparation du ‘’Lio’’. Autour du foyer traditionnel qui vomit une fumée blanche et suffocante, s’active dame Léontine Vitouley. « Je m’apprête à préparer le ‘’Lio Kanblado’’ », confie-t-elle. Elle nous apprend également que cette préparation se fait à base du maïs fermenté. Des feuilles de plante servent d’emballage. Léontine Vitouley et les siens achètent  le maïs directement  auprès des paysans ou sur le  marché local à un prix qui varie en fonction de  la saison. «Nous achetons le sac de 200 kilos actuellement à 27500 FCfa alors que nous l’avions récemment pris à 21500 francs Cfa tout frais compris », déclare-t-elle en  estimant que la hausse du prix du maïs est due à la rareté des pluies qui a occasionné  les mauvaises récoltes. Cette céréale, une fois disponible, est débarrassée de ses déchets. Trempée pendant 24heures dans l’eau chaude, elle est  rincée le lendemain puis  moulue. Après, précise  dame Vitouley, on additionne une quantité d’eau raisonnable à la farine obtenue. Le mélange est ensuite passé au tamis histoire de récupérer le jus dans un récipient approprié. Le  résidu obtenu est vendu aux éleveurs au prix de 400f la bassine. Au troisième jour, commence généralement la cuisson.  L’eau fermentée qui survole le jus est portée à ébullition.  Pendant qu’elle  boue à 100°, on y  verse  le jus de maïs délayé  pour avoir la bouillie qui sera transformée, une heure plus tard, en une pâte légèrement visqueuse appelée ‘’Akpan’’ en langue nationale fon. Toute chaude, cette  pâte est par la suite emballée dans des feuilles de plante de manière à lui donner une forme sphérique. C’est au cours de cette phase de la cuisson que la préparation reste très délicate. « On peut rater la préparation du Lio si l’on ne veille pas à  maintenir le  ‘’Akpan’’ très chaud  dans l’emballage »,  souligne  Léontine Vitouley qui tient à préciser qu’on peut aussi  utiliser l’eau simple au cas où  l’eau  fermentée est trop amère. A l’issue de cette opération,  les boules emballées sont cuites à l’étouffée pendant 1 heure 30minutes. Lors de  cette deuxième et dernière cuisson, le ‘’Akpan’’ se solidifie  pour  devenir le  Lio Kanblado. Durant ce changement d’état,  un vide s’installe  occasionnant ainsi  le détachement de  l’emballage. Mais, il est aussitôt renforcé à chaud  avant  la  mise en vente du produit  sur le marché local. Cet exercice semble être une corvée pour  dame Vitouley. « Cette opération nous brûle fortement les doigts », note-t-elle en ajoutant qu’elle  fait  la fièvre à cause de la forte chaleur. Autour de cette activité, un esprit d’entraide est entretenu au sein des femmes  d’Avogbana.  
 Aliment de base des peuples du bas-Bénin
 Cette  pâte  de maïs semblable à l’akassa fait partie des aliments de base des peuples du bas-Bénin en général et du plateau d’Abomey en particulier. De couleur blanchâtre, plus solide que l’akassa et d’un goût légèrement acre, il est vendu sous forme de boule emballée dans des feuilles de plante.  Il tire d’ailleurs son appellation de sa forme d’emballage qui est d’un genre particulier  en comparaison à l’akassa. Riche ou pauvre, tout le monde s’en  procure aisément. « Chaque fois que je foule le sol d’Abomey, je goûte toujours  au ‘’Lio  Kanblado’’ avant de repartir », confie Roger  Akpamoli,  fonctionnaire à Parakou. « Toutes les fois que je  viens en mission dans la cité historique du Bénin, je rentre toujours avec des colis de Lio Kanblado », complète Richard Hounkanrin.
 
Zéphirin Toasségnitché