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Romain Batcho, maître spirituel du fâ à Parakou

Défini comme une géomancie divinatoire d’origine égyptienne, le Fâ est reconnu, au Bénin comme étant la chasse gardée des populations du Centre. Mais, depuis peu, il gagne du terrain et se répand dans différentes localités du pays. C’est le cas de Parakou où sa pratique se développe de plus en plus.

Le quartier Wanssirou dans la ville de Parakou est reconnu de tous comme étant la zone habitée en majorité par les adeptes du Fâ. Les fidèles de cette divination sont beaucoup plus nombreux au sein des administrés de cette zone.  Romain Batcho, l’un des maîtres spirituels et président en exercice des tradipraticiens de  Parakou, expérimente cette science depuis 1980. Approché, le maître spirituel du fâ a laissé entendre que cette pratique divinatoire provient de l’Egypte et que le Nigéria est le pays où les gens ont mis cette pratique en valeur. Il a fait savoir que dans ce pays (Nigéria), il y a une forêt sacrée dénommée « Ilé Ifé », une forêt au sein de laquelle la pratique du fâ est plus développée qu’ailleurs au monde. Mais, selon quelques écrits sur le sujet, l’arrivée du fâ au Bénin ne date pas d’aujourd’hui. Et pour cette source, le fâ est considéré comme le premier prophète au monde. Au Nigéria, ce prophète s’appellerait « Orumila » et au Bénin, il est connu sous le nom de « Djogbé » et serait un signe du fâ.  
 L’implantation du Fâ à Parakou
 D’après le maître spirituel Romain Batcho, cette pratique se faisait à Parakou par un vieux connu sous le nom de Naka, installé derrière le quartier Gare à Parakou. «Mais ce n’est qu’en 1980 que la pratique du fâ a commencé par prendre de l’ampleur à Parakou à travers la présence du maître Romain Batcho», a précisé un adepte qui a requis l’anonymat. Pour Romain Batcho, l’exercice du fâ requiert assez de courage surtout à Parakou où la plupart des populations sont de croyance musulmane. A l’en croire, la particularité  dans la pratique du fâ est que le maître spirituel parle en parabole à travers des proverbes à son interlocuteur. Quitte à ce dernier de le comprendre et d’identifier les prescriptions idoines pour la résolution du problème pour lequel il est allé consulter le fâ. Or, fait-il remarquer, la plupart de ceux qui sollicitent les services du fâ à Parakou recherchent à connaître nommément le malfaiteur, même lorsque celui-ci révèle que l’auteur du mal émane de leur famille. « Ce n’est que progressivement et vers les années 1992 que les usagers du fâ à Parakou ont compris exactement ce qu’est cette pratique », a précisé Romain Batcho. De ses dires, on retient qu’en dehors des Nago et des Fon qui s’initient à la pratique du fâ, presque tous les hommes des autres ethnies telles Bariba, Dendi ou Peulh ne se font pas initier à la pratique du fâ. Par contre, beaucoup de guérisseurs traditionnels et autres marabouts de la localité s’intéressent à cette pratique et viennent  consulter très souvent les prêtes du fâ dont le nombre est sans cesse croissant dans la ville de Parakou. « Ceux qui s’adonnent à la pratique du fâ ne le regrettent jamais car, ils savent combien cette pratique est nécessaire pour les orienter dans la recherche de solutions aux différents problèmes auxquels ils sont parfois confrontés », a-t-il indiqué. Outre ces guérisseurs traditionnels et marabouts qui font recours au fâ pour identifier le produit propice à utiliser pour un patient qui se confie à eux, la plupart des usagers du fâ, proviennent de toutes les catégories socioprofessionnelles. Ils y vont pour tout savoir sur leur avenir. Pour le maître spirituel Batcho, le recours au fâ est nécessaire dans la vie de toute personne. Il a fait comprendre que grâce à la consultation du fâ, l’on peut savoir l’origine des difficultés qu’on rencontre, mais surtout sur son destin. Quant aux initiés du fâ, ils ont une parfaite connaissance de ce à quoi ils peuvent s’attendre et la conduite à tenir chaque jour pour éviter les problèmes de tout genre.
 Relations entre pratiquants du fâ et guérisseurs traditionnels
 Pour le prêtre du fâ Romain Batcho, la cohabitation entre les guérisseurs traditionnels et les prêtes du fâ est fraternelle. «On arrive malgré tout à s’entendre, car chacun gère son domaine », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Le malentendu survient parfois au niveau des cérémonies de purification que nous, praticiens du fâ, faisons pour conjurer le mauvais sort. La plupart de ces cérémonies se font aux carrefours ou au bord des voies. Et c’est ce que combattent les autres confessions religieuses et même les populations de la localité », a confié le maître Batcho. Pour lui, le mal ôté à quelqu’un qui en souffrait doit être jeté au bord des voies ou à un carrefour de la localité dans laquelle l’intéressé vit. Outre ce fait qui gène, il a confié que ce sont des relations fraternelles qu’ils entretiennent avec toutes les autres confessions religieuses qui vivent à Parakou. Il a également souligné que plusieurs personnes, même des autres confessions religieuses, s’intéressent bien à la consultation du fâ tout simplement parce qu’elles ont compris qu’il est une vérité universelle. « Car, ce que vous consultez à Parakou vous sera révélé très ailleurs. C’est la différence entre le fâ et les marabouts », a-t-il justifié.
 Le fâ, une activité économique qui nourrit son homme
 A la question de savoir si l’exercice de cette pratique divinatoire peut nourrir son homme, le maître Romain Batcho répond « oui ». Selon lui, la pratique du fâ a des principes qui sont comparables aux 10 commandements de Dieu dans la Bible. Selon lui, le respect de ces principes permet aux praticiens d’être performant et donc de bénéficier d’assez de confiance des usagers qui ne manqueront pas à venir solliciter ses services. Par conséquent, le maître fâ pourrait tirer profit de sa franchise dans cette pratique. Selon lui, il y a des principes du fâ qu’il ne faut jamais violer. Romain Batcho a aussi affirmé que les adaptes du fâ, lorsqu’ils sont fréquentés régulièrement par les usagers, n’ont aucune difficulté à vivre des revenus issus des consultations qui  n’ont pas un coût fixe.
 Différence entre fâ et charlatanisme
 La pratique du fâ ne peut nullement être considérée comme du charlatanisme. Dans le fâ, il n’y a point de gris-gris qui peut porter le bonheur comme le malheur. Le charlatan, défini comme quelqu’un qui exploite la crédulité des gens, ne mène pas les mêmes activités que le prête du fâ. Il est aussi considéré comme un jeteur de sort, mais se prend pour un guérisseur de toutes sortes de maladies. Le charlatan consulte parfois le fâ pour atteindre ses objectifs allant dans le sens du bonheur. Pour Romain Batcho, le gris-gris peut lâcher à tout moment, mais jamais le fâ qui est avec vous pour toujours. « Quand vous invoquez le gris-gris, il peut vous répondre ou non. Mais quant au fâ, il est là pour toujours », a fait savoir Romain Batcho. 
 L’initiation à la pratique du Fâ
 « Toute pratique du fâ nécessite un apprentissage auprès d’un maître assermenté dans le domaine», a confié Romain Batcho. Selon lui, la formation dure 3 à 5 ans et cela dépend de la capacité d’assimilation de l’apprenant.  Il a affirmé qu’il existe au total 256 étapes à franchir durant la formation. « Il s’agit de 16 maisons de la géomancie qu’on multiplie par 16 et un seul fâ donne 16 proverbes, 16 feuilles, 16 chansons et 16 traditions », a clarifié le maître fâ, Romain Batcho. Dans ses explications, on retient que sans un minimum d’intelligence, l’apprenant peut passer plus d’un an sans connaître le contenu d’une maison. Il a parlé d’une étape dénommée « Sin fâ » après laquelle l’adepte en apprentissage a droit à un congé avant la cérémonie de libération proprement dite. Une cérémonie semblable à celle qui était en vogue au sein des artisans surtout dans le corps des métiers de couture, soudure, tissage, coiffure avec des dépenses allant parfois au-delà de 500.000 FCfa, non compris les frais de signature de contrat d’apprentissage. Pour l’initiation du fâ, le maître Batcho a aussi  évoqué le paiement d’une somme de 400 000FCfa  par tout apprenant du fâ avant les rituels de fin de formation qui se déroulent dans la forêt sacrée. Des rituels qui sont tous révélés par le fâ. Parlant toujours de cette pratique, Romain Batcho a indiqué qu’à Parakou actuellement, les praticiens avoisinent la centaine. « Des rencontres mensuelles sont organisées et permettent aux praticiens du fâ de se pencher sur la préservation de ce acquis qui contribue bel et bien au développement de notre pays», a confié Romain Batcho. Il a également affirmé qu’en dehors des prières faites le 10 janvier de chaque année, tous les maîtres du fâ font des consultations en début d’année nouvelle sur ce que serait l’état de toute la nation. « Parfois, nous cotisons pour faire beaucoup de rituels pour la paix sociale », a-t-il insisté. Son adresse à l’endroit du gouvernement pour que le fâ ne disparaisse est de construire une université pour cette divinité afin que les gens s’inscrivent et reçoivent des cours sur le fâ. Car, les gens privilégient les autres métiers qui parfois les conduisent au chômage au détriment du fâ qui est aussi un métier porteur d’avenir. Il souhaite que les gens aient un penchant pour le fâ. Pour ceux qui finissent les études et ne trouvent pas du travail et ceux qui ont parfois du mal à trouver leur conjoint, Romain Batcho les invite à faire recours à la consultation du fâ. Selon lui, le fâ peut s’imposer à tout et les orienter vers un avenir meilleur.
Hervé M. Yotto