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Le coordonnateur de l’Abap, Ghislain Fandohan

L’Association béninoise des arts plastiques (Abap) est un creuset d’artistes plasticiens qui œuvre pour la valorisation de cet art depuis plus d’une dizaine d’années. Son coordonnateur, Ghislain Bidossessi Fandohan, présente les initiatives de son Organisation.

Le Matinal : Pourquoi Abap-Four P ?
 Ghislain Fandohan : Abap-Four P, comme son nom l’indique, est une association créée en 2002 par 4 jeunes artistes plasticiens béninois. L’idée a germé suite à un concours lancé par Rotary club international « Cotonou Les palmiers » en 2002. Un concours auquel nous avons tous participé. L’un des 4, notamment moi, a obtenu le premier prix symbolisé par un trophée et une enveloppe financière de cent mille francs Cfa. Ces fonds nous ont permis de créer l’association et de nous unir pour vivre de notre passion autour de l’art plastique. Après la création, nous avons mené des activités, organisé des expositions jusqu’en 2005 où nous avons décidé d’enregistrer l’association. Donc, la reconnaissance officielle de l’association date de 2005, mais existe depuis 2002. L’année dernière donc, nous avons formellement célébré les 10 ans de l’association. L’Abap-Four P est une association qui vise à faire des arts plastiques un outil de communication. Donc, nous misons sur le renforcement des capacités, la promotion des artistes et la communication à travers les œuvres d’art. Nous œuvrons pour que là où la télévision et la publicité ont échoué, le canal de l’art plastique, la profondeur des œuvres puisse réussir à sensibiliser les populations sur les enjeux et défis de la modernité : la santé, l’environnement, l’éducation… Dans ce sens, nous avons déjà eu à faire une sensibilisation sur le Vih Sida avec Psi.
 En termes d’activités, que fait exactement Abap-Four P ?
 L’Abat-Four P organise plusieurs activités. Il y a des activités périodiques (annuelles) et des activités ponctuelles (saisonnières). Au nombre des activités annuelles, nous avons un événement « Prom Arts-jeunes » qui est une rencontre internationale des jeunes créateurs plastiques et qui a fêté également ses 10 ans l’année dernière. Cette année, nous nous préparons à organiser la 11ème édition. Beaucoup de pays de la sous-région y participent notamment  le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le  Nigéria, le Burkina, le Mali. Nous, avons fait un recensement national des artistes plasticiens, des autres acteurs de notre filière que sont les journalistes culturels, les critiques d’art, les ‘’collectionnistes’’, les associations d’artistes et les lieux culturels (écoles de formation, espace culturel…) qui font la promotion de l’art plastique au Bénin. Cette opération s’est soldée par la réalisation d’un répertoire en 2013 : « Le répertoire des artistes plasticiens du Bénin » sur financement de l’Union européenne et qui existe en numérique sur le site www.béninartvisuel.org. Nous poursuivons notre recensement à travers ce site par des reportages, des interviews avec les artistes déjà connus et la découverte de nouveaux artistes dans le domaine de l’art plastique. Ainsi à l’édition de la seconde version du répertoire, la liste sera mise à jour. Nous organisons aussi des formations aux artistes. Nous mettons à leur disposition des opportunités de résidence et d’appel à candidature à travers notre site et notre page facebook très dynamique qui nous permettent de les faire connaitre sur les plans régional et international. Nous faisons des workshops ; des journées organisées sur une thématique donnée et qui nous permettent de célébrer les journées nationales et internationales. Cette année, nous avons célébré le 10 janvier, fête du vodoun, le 17 janvier, Journée de l’immigration, le 14 février, la St Valentin. Nous avons célébré l’eau, la journée de la femme, la journée de la santé mentale… Au total, nous faisons des renforcements de capacités, l’appui à la création et la promotion à travers l’espace Bénin art visuel qui est à la place des Martyrs. Ce sont les trois grandes catégories d’actions que nous menons.
 Revenons sur votre activité annuelle « Prom Arts-jeunes ». En quoi consiste-t-il ?
 Prom Arts-jeunes est un événement international voué à notre discipline « art plastique » et qui concerne les jeunes artistes professionnels qui sont engagés et qui veulent faire des arts plastiques une profession. Ceux-là qui pensent élever le niveau et valoriser ce qu’ils font tant sur le plan national qu’international. L’activité a trois volets phares. Le premier, c’est le renforcement de capacités où nous invitons des experts à former les participants sur des thématiques données. Le deuxième volet, c’est l’exposition internationale qui nous permet de montrer les nouvelles créations, les innovations dans le domaine des arts plastiques au Bénin et dans la sous-région. Cela a pour impact de susciter chez les nôtres, nos jeunes artistes, l’envie de mieux faire. Au contact des œuvres de leurs confrères des pays voisins, ils apprennent une autre manière de faire. C’est pourquoi nous faisons le possible pour avoir des artistes étrangers, professionnels. Le troisième volet de notre événement, c’est les résidences-missions. Au cours de l’événement, les artistes travaillent dans un lieu public qu’on identifie. Ceci, leur permet de sensibiliser les populations environnantes sur les enjeux environnementaux. C’est aussi une opportunité qu’on donne à la population de comprendre comment les œuvres se réalisent et surtout de poser des questions pour assouvir leur curiosité. Ce sont des moments d’échanges et de découvertes entre les populations et les artistes. Car, nos artistes sont plus connus à l’étranger. Il y a des artistes professionnels qui sont connus à l’international, mais sont inconnus chez eux. Si un certain « Zinkpè » vient au petit marché de Calavi à l’embarcadère, je parie que les populations ne le reconnaîtront pas. Mais s’il va en France ou ailleurs, il est facilement reconnu.
 Où-en-êtes vous dans les préparatifs ?
 L’organisation est en cours. Nous prenons contacts avec les associations sœurs au niveau des pays de la sous-région pour qu’elles puissent relayer l’appel à candidature déjà mis à leur disposition, auprès des artistes de ces pays afin qu’il y ait une bonne participation des artistes de la sous-région. Parallèlement, nous courrons pour réunir les fonds, recueillir les soutiens matériel et financier, en l’occurrence du côté de notre ministère qui nous a accordé une subvention. Nous sommes à pied d’œuvre pour la réussite de la 11ème édition. Nous procèderons bientôt au lancement officiel et à la mise à disposition de l’appel à candidature au niveau des artistes béninois. Tous les artistes qui sont engagés dans le domaine de la création et en font leur profession peuvent y participer. Qu’ils soient sculpteurs, peintres, installateurs, photographes d’art, performeurs ou qu’ils fassent la vidéo d’art…
 Comment arrivez-vous à mobiliser le financement pour faire face à vos ambitions?
 Les associations culturelles dans notre pays ont besoin de moyens pour fonctionner. Le soutien de l’Etat, nous l’avons depuis 2008. La subvention de l’Etat n’atteint pas 20% de notre budget, mais c’est déjà quelque chose. C’est la preuve que l’Etat est conscient de ce qu’il faut encourager la création artistique qui est vecteur de promotion de notre culture. En remerciant l’Etat pour ses efforts, nous voudrions profiter pour lui demander de porter plus d’attention aux associations culturelles qui prônent la valorisation de la culture béninoise à travers les différentes disciplines artistiques. C’est difficile pour les arts plastiques de trouver du sponsoring. Mais, grâce à notre leadership, nous avons pu fidéliser certains partenaires. Entre autres, « Sibic Peinture » qui met à notre disposition de la peinture pour nos activités.  Mais le soutien de taille que nous avons obtenu durant les 10 ans, c’est l’Union européenne. 2 fois, nous avons gagné ce soutien. La première fois en 2008, c’était 5 millions et la deuxième fois en 2013, 65 millions. Ça nous a permis de faire le répertoire et de mieux structurer notre association.
  Les perspectives ?
 Après l’expérience avec l’Ue, nous nous sommes dotés d’un terrain et notre ambition, c’est de mettre en place un espace culturel dénommé Bénin art visuel qui sera un site de promotion des artistes nationaux et internationaux et qui servira de base au siège de notre association. L’infrastructure, telle que prévue dans le plan qui est déjà élaboré, sera doté d’une grande salle d’exposition, des salles de formation en arts plastiques, d’un atelier commun, d’une salle de conférence, d’un espace de spectacle pour accueillir les autres disciplines, un espace multimédia pour visualiser les œuvres de la photographie d’art, de la vidéo d’art. En tout, c’est un espace un peu complexe, mais purement artistique. C’est notre projet phare sur lequel nous attelons. Nous mobilisons nos énergies sur la recherche de financement pour en faire une réalité. Le domaine est à Calavi à côté du Ceg Akassato.
 Mot de fin !
 La promotion de la culture relève des prérogatives des autorités. C’est ce qui nous reste quand on a tout perdu. Sur le plan international, on note une concurrence. Tous les pays cherchent à imposer leur culture, mais au Bénin, la chose semble ne pas être comprise. Notre culture est souvent reléguée au dernier plan. Nous demandons aux autorités centrales et locales de prendre conscience de cette réalité et d’accompagner les initiatives culturelles à travers le volet culturel qui est prévu dans les Pdc. Si déjà les 77 communes en tiennent compte, c’est déjà un bon soutien. A part la subvention, il faut aussi un cadre réglementaire pour faciliter l’exercice de notre profession.
 Propos recueillis par Anselme Pascal Aguéhoundé