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Le baptême de tout enfant chez les Nagots est un principe culturel

A Agoua, une localité de la Commune de Bantê, dans le département  des Collines, plusieurs peuples se côtoient à cause des mouvements migratoires. Dans leur diversité culturelle et cultuelle, ils forment une communauté hétérogène  où chacun organise des cérémonies propres à son origine. Ainsi, on y rencontre les Nagot qui organisent périodiquement des rituels de sortie d’enfant consacrés au  premier baptême traditionnel du nouveau-né.   

Situé à environ 129 km de Bohicon, Agoua est l’un des arrondissements de la commune de Bantê.  Dans cette région du département des Collines, vivent en majorité les Nagot venus du Nigéria voisin à la recherche des terres fertiles et d’un refuge.  Lors de leur migration, ils se sont déplacés avec leur civilisation qui les différencie des autres peuples qui les ont rejoints plus tard dans ce mouvement. Ce peuple a une particularité en matière de cérémonie de sortie d’enfant. En effet, ce rituel est obligatoire  à tous les Nagot, autochtones d’Agoua,  qu’ils soient sur place au village ou ailleurs. « La cérémonie de sortie d’enfant ou le baptême coutumier  s’exécute suivant des étapes bien précises et par des personnes initiées », informe Gaston Atchadé,  notable du milieu. Dans sa lignée par exemple, c’est la divinité « Ogou » qui est vénérée. Il représente alors leur totem. Ainsi, au cours des trois mois qui précèdent une naissance dans la famille, on offre des sacrifices à ce fétiche pour confier le nouveau-né à ses bons soins.  Cette cérémonie, selon le dignitaire,  constitue le premier baptême de l’enfant. Ce rendez-vous culturel qui se veut un moment de réjouissance populaire entre des femmes et des hommes  d’une même aire culturelle est fixé par les ancêtres à travers le Fâ. La consultation de l’oracle intervient le troisième jour suivant la naissance. A en croire Gaston Atchadé,  les étapes importantes de ce baptême commencent  en réalité, depuis la conception de  l’enfant. « Au cours de la grossesse, la femme gestante doit contrôler ses habitudes alimentaires. Elle doit s’abstenir de manger par exemple la viande du chien et  du singe. Après l’accouchement, la nourrisse ne doit pas manger la sauce,  durant 7 jours si son enfant est  une fille et neuf jours s’il s’agit d’un garçon. Mais elle est autorisée à prendre de l’akassa sans sauce, de l’igname, du haricot etc.», explique-t-il. Toutefois, elle ne peut consommer la viande du chien et du singe  que  lorsqu’elle a  atteint sa ménopause.  Le baptême coutumier est officié par  le chef de la collectivité ou son représentant désigné dans la famille à qui, il a délégué une partie de ses prérogatives.  Très tôt le matin, donc à 6 heures,  note  Gaston Atchadé, les membres de la famille se réunissent à l’invitation du chef de la collectivité devant le temple du fétiche ‘’Ogou’’ ou devrait avoir lieu les rituels. Au milieu du cercle de circonstance qu’ils constituent, on pose au sol un petit canari remplit d’eau et entouré du rameau et de la cendre. À côté, la nourrisse s’assoit sur un tabouret et  le bébé soigneusement  immobilisé sur ses cuisses. L’officiant prend le devant de la cérémonie et  baptise l’enfant avec la décoction du canari. A  la seconde étape, on distribue la communion fraternelle qui n’est rien d’autre que  le ‘’Tchotcho’’.  C’est-à-dire du maïs et de l’arachide mélangée  à l’huile préalablement préparée depuis la maison. Le cérémonieux entonne par la suite, 7 ou 9 fois en fonction du sexe de l’enfant, la chanson de gloire du fétiche « Ogou » à l’issue de laquelle on énumère les interdits que l’enfant doit observer tout au long de son existence. Le troisième  et dernier acte de la cérémonie est consacré à la solidarité.   À cette occasion, chacun fait parler son cœur en donnant quelque chose (argent ou bien en nature) pour témoigner son affection et sa générosité envers la famille qui est à l’honneur. Une  quête est  alors faite sur-place à l’intension du baptisé. Elle marque la fin de la cérémonie coutumière. La famille du baptisé pourra, en fonction de ses moyens, recevoir ses convives dans une liesse populaire.
 Qu’en est-il de ceux qui sont ailleurs ?
 Les natifs d’ Agoua, descendants de la divinité  ‘’Ogou’’ qui résident hors du territoire de Bantê, sont aussi astreints à cette cérémonie de sortie d’enfant.  Unis dans le même lien coutumier, ils sont tenus de faire ce baptême à leurs enfants dès leur naissance, même s’ils ne sont pas dans leur village d’origine. A défaut de respecter scrupuleusement les différentes étapes de la cérémonie, ils sont tout de même obligés de le faire symboliquement en raison de la distance ou des contraintes du temps…. Dans ce contexte, indique Gaston Atchadé,  sept ou neuf jours après la naissance du bébé, son géniteur appelle trois fois  le nom de ‘’Ogou’’ et verse de l’eau par terre, un peu comme pour dire à la divinité « voici ton enfant et ton offrande ». Il s’agit là d’une cérémonie simple de présentation du nouveau-né au dieu ‘’Ogou’’ pour implorer sa clémence.  Des années après,  dès que l’opportunité se présente,  le reste de la cérémonie s’effectue au village en présence de l’enfant,  quel que soit son âge,   devant le temple de leur divinité tutélaire. «Sans cette cérémonie,  l’enfant n’aura pas la protection du fétiche. Par conséquent, cela peut lui bloquer les portes de l’avenir », souligne Gaston Atchadé. Ceux qui bafouent le baptême coutumier de leurs enfants  sous prétexte qu’il est caduc, le dieu Ogou se révèle plusieurs fois à eux en guise de rappel et de mise en garde.
 Zéphirin Toasségnitché