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Mathieu Kérékou
Le Général Mathieu Kérékou justifiant le coup d’état du 26 octobre 1972

26 octobre 1972 – 26 octobre 2018. Cela fait exactement  quarante-six (46) ans que le Bénin, Dahomey d’alors a connu  le dernier coup d’état dans l’histoire politique du pays. Un groupe de jeunes officiers de l’armée dahoméenne (actuel Bénin)  avec à leur tête le commandant Mathieu Kérékou, renversait par un coup d’Etat et sans effusion de sang, le ‘’monstre à trois têtes’’ Hubert Maga – Justin Ahomadégbé – Tomètin-Sourou Migan Apithy, qui dirigeait le pays à tour de rôle. A l’occasion du 46ème anniversaire de ce coup d’état, votre journal vous propose de faire un retour sur l’histoire.

Après son accession à la souveraineté internationale le 1er août 1960, le Dahomey a connu des moments de graves crises socio-politiques, avec des coups d’Etat fréquents et une instabilité observée nulle part ailleurs. Et le monstre à trois (03) têtes va davantage enfoncer le pays dans la crise. En effet, pour gérer cette crise, les trois (03) leaders politiques du Dahomey de l’époque à savoir Hubert K. Maga (du nord), Justin Ahomadégbé (du centre) et Sourou Migan Apithy (du sud), tous en exil, ont été rappelés pour siéger tour à tour à la tête du pays. Le trio avait été mis en place, après la chute en 1969 du régime de feu,  président Émile Derlin Zinsou.  Chacun d’eux devra faire un mandat de deux (02) ans à la tête du Dahomey. Hubert Maga a été le premier, du 07 mai 1970 au 07 mai 1972. Son bilan n’a été pas reluisant et les officiers avaient trouvé que la succession à tour de rôle n’était pas la meilleure option. Au tour de Justin Ahomadégbé en mai 72, l’autorité de l’Etat était bafouée, les jeunes officiers n’avaient plus confiance en leurs ainés, et le pays s’est enlisé encore plus. C’est alors que conscients du danger qui guettait le Dahomey à cette époque, certains officiers de l’armée ont décidé de prendre le contrôle de la situation. Le commandant Mathieu Kérékou alors chef d’Etat-Major, ayant constaté que le pays va à la dérive, a décidé de se concerter avec de jeunes officiers de l’armée, fraichement sortis des écoles militaires occidentales. Au camp militaire de Ouidah, considéré comme le plus grand en ce moment parce que l’armement s’y trouvait, Kérékou rencontrera des officiers à qui il a demandé de chasser Ahomadégbé du pouvoir, puisqu’il ne comptait plus sur les anciens de la classe politique pour mener cette opération. Il a eu des entretiens avec Alphonse Alley, Michel Aïkpé, Janvier Assogba et autres. Mais la seule question qui taraudait les esprits, c’est qui peut faire l’affaire si on parvient à renverser Ahomadégbé ? Mathieu Kérékou propose le colonel Alphonse Alley, mais cette proposition est repoussée par Janvier Assogba, qui estimait que ce dernier n’inspirait pas confiance. Pour eux, la seule personne qui pouvait prendre le pouvoir en ce moment, c’est le chef d’Etat-Major, parce que chacun des membres du conseil présidentiel avait son clan, et que dans ces conditions la situation serait ingérable. Le plan du putsch a été soigneusement planifié. Comme l’histoire se répète souvent, le mercredi 25 octobre 1972, l’opération devrait avoir lieu, mais elle a été reportée au lendemain, jeudi 26 octobre, jour du conseil des ministres. Effectivement à cette date, aux environs de 09h, l’équipe avec à sa tête Janvier Assogba quitte Ouidah avec des chars et des blindés. Direction le palais de la présidence à Cotonou, où se tenait déjà la séance du conseil des ministres. Arrivée à hauteur de l’église du Bon Pasteur de Cadjèhoun, l’équipe s’est séparée en deux groupes. Une partie s’est ébranlée vers le  siège de l’ancienne maison de la radio, et l’autre s’est dirigée vers le palais. Le commandant ou chef d’escadron Assogba et ses éléments, font irruption dans la salle du conseil des ministres et suspendent tout. Ahomadégbé et ses ministres sont arrêtés. Dans la foulée, les deux autres c’est-à-dire Sourou Migan Apithy et Hubert Maga, seront aussi arrêtés. Les trois seront conduits au conseil de l’entente pour y être gardés. Il reste maintenant que les officiers qui ont conduit cette opération désignent quelqu’un parmi eux pour la lecture du discours du coup d’Etat qui vient d’être opéré. Janvier Assogba remet le papier à Mathieu Kérékou, qui voulait le remettre à son tour à Michel Aïkpé. Mais sous la menace de certains officiers, le chef d’Etat-Major a été contraint de prononcer ce discours. C’est ainsi que depuis ce jour, Mathieu Kérékou est devenu le chef d’orchestre et le meneur du coup d’Etat du 26 octobre 1972. La révolution du 26 octobre 1972 a créé une ère d’espoir pour le peuple dahoméen, en proie depuis la proclamation de l’indépendance le 1er août 1960, à une série de coups d’Etat. C’est le début d’une longue aventure militaire faite de hauts et de bas pour le Bénin, à laquelle viendra mettre fin, l’historique conférence des forces vives de la nation, de février 1990.

Léonce Adjévi