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beninoiserieLa « béninoiserie » est le corpus des traits caractéristiques négatifs des comportements du Béninois. L’origine du mot béninoiserie est assez récente dans son expression, le terme a fait son apparition sur la place publique au cours de l’exercice de diagnostic et d’autoévaluation qu’imposait la Conférence des forces vives de la nation de février 1990. Pour l’histoire, Maître Robert DOSSOU , Président du comité national préparatoire de la conférence nationale (décembre 1989 – février 1990) serait vraisemblablement à l’origine du mot « béninoiserie » ou du moins, celui qui l’a porté sur la place publique. Mais ce concept est très ancien dans sa manifestation. En effet, c’est un ensemble de caractères vraisemblablement ataviques du Béninois qui résistent au temps depuis les périodes les plus anciennes jusqu’à nos jours et qui se retrouvent chez les peuples qui constituent l’actuelle république du Bénin.

 C’est de ce nom, « Bénin », que le génie de ce peuple s’inspira pour sortir cette trouvaille de la béninoiserie. Ce mot est la synthèse comportementale de l’homme béninois alliant la méchanceté, la mesquinerie, le torpillage, la rancune, la haine, la jalousie à outrance, l’envie démesurée, etc. Comme l’indique la matrice des dix traits de caractère synthétisés dans le concept de la béninoiserie.

 Matrice des traits caractéristiques de la béninoiserie

AIGREUR ENVIE démesurée
HAINE INCULTURE
JALOUSIE à outrance MÉCHANCETÉ
MESQUINERIE OBSCURANTISME
RANCUNE SOURNOISERIE

Ces dix traits de caractère qui donnent forme à la béninoiserie se manifestent à travers : calomnie, complots, coups bas, crocs-en-jambe, diffamation, égoïsme, envoûtement, escroquerie, médisance, mensonge, nivellement par le bas, nuisance, pratiques occultes, sorcellerie, trahison, usurpation, etc. Paul Hazoumè, écrivain et grand défenseur des droits des peuples à l’indépendance et à la liberté, est l’un des tout premiers intellectuels à exprimer, à juste titre, cette triste réalité en 1938 dans son ouvrage Doguicimi. Il l’évoque de la manière suivante : « Les Danxomènous feraient de rapides progrès dans la voie du perfectionnement, s’ils pouvaient comprendre qu’ils doivent s’efforcer d’égaler au lieu d’égaliser. »Paul Hazoumè dénonçait déjà à cette époque le principe du nivellement par le bas qui forge l’âme du Béninois.

Dix années plus tard, en 1948, le philosophe français Emmanuel Mounier dans son ouvrage L’Éveil de l’Afrique noire fait, avec panache, le même constat et écrit : « Le Dahomey est le Quartier latin de l’Afrique, mais cet intellectualisme fait de méchanceté et de mesquinerie est de nature à retarder le développement du pays. »Le mode opératoire de cette béninoiserie réside dans le fait que « les Béninois règlent leurs comptes autrement que par les armes blanches et/ou les armes à feu. Les règlements de compte se font plutôt par voie occulte donc avec l’utilisation des armes et des forces non conventionnelles. » Ce faisant, le Bénin a la réputation d’un peuple pacifique et paisible mais offre le spectacle d’un cours d’eau très calme en surface et truffé de requins en eaux profondes. La béninoiserie se manifeste dans les rapports humains publics et privés et à tous les niveaux : administratif, amical, associatif, commercial, familial, partenarial, professionnel, religieux, sectaire, etc. De façon concrète, la combinaison de deux ou plusieurs de ces dix traits de caractère de la matrice vise, par rapport à un individu, à : retarder, empêcher, éliminer, endommager, anéantir, dénigrer, niveler par le bas, etc. Il s’agit donc de tout l’arsenal nécessaire pour vous pourrir la vie, entraînant inéluctablement une mort lente, ou pour vous expédier à trépas. La béninoiserie a pour conséquence au niveau individuel le fait que le Béninois soit devenu un loup pour le Béninois. Le Béninois, réputé intelligent, travailleur, consciencieux, discipliné, honnête, organisé, prévoyant, respectueux des règles établies, du fait de la béninoiserie est muselé, étouffé, humilié et persécuté. Dans cette atmosphère, l’intelligent est craint parce que constituant une menace et est persécuté, le travailleur est découragé et démotivé, l’honnête est incompris et isolé parce que considéré comme un être anormal. La béninoiserie est une machine à broyer du Béninois performant. Ce faisant, elle fait l’apologie de la médiocrité et instaure une société dans laquelle les moins intelligents, les partisans de moindre effort, les malhonnêtes et les incapables dictent leur loi. Ces derniers utilisent tous les moyens légaux et surtout illégaux pour s’imposer partout, émerger coûte que coûte, au détriment de leurs compatriotes plus méritants et plus performants. Une fois que ces derniers sont réduits à néant, le Bénin se retrouve privé de ses ressources humaines, potentielles locomotives de son développement. Ainsi, la béninoiserie est un véritable fléau et un dos-d’âne majeur pour le développement du pays. Nicéphore Dieudonné Soglo, premier président du Renouveau démocratique, était outré par ce phénomène. Une dégradation rapide de son état de santé a failli contre toute attente, lui coûter sa prestation de serment, condition sine qua non pour accéder à la magistrature suprême du pays, au mois d’avril 1990. Par ailleurs, dans l’exercice de ses fonctions de premier magistrat, très agacé, il a fini par dénoncer le fait que les Béninois, dans leur grande majorité, demandaient audience non pas pour aborder des sujets de progrès et de développement allant dans le sens de l’intérêt général, mais plutôt pour détruire leur compatriote.

Tout près de nous, dans sa chronique du jour du 11 juillet 2013, Jérôme Carlos disait que l’opération « Zéro dossier dans les tiroirs » décrétée dans l’administration publique seule ne suffisait pas si « des cœurs sont pleins de haine, de rancune, d’envie, de jalousie, etc. »

Comlan Cyr Davodoun