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Dorothée Dognon (à gauche) et François Sourouh Okioh

Les rideaux sont tombés sur la 24ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou le samedi 07 mars dernier. L’heure est désormais au bilan. Et en ce qui concerne la participation béninoise à ce grand rendez-vous du cinéma africain, aucune des six productions nominées n’a été primée. Défaut de diplomatie béninoise ou production défaillante ? Nous avons rencontré des responsables à divers niveaux du cinéma au Bénin qui se sont expliqués sur cet état de choses. Lisez plutôt.

Dorothée Dognon, directeur de la cinématographie : « On ne peut pas dire que notre participation est totalement négative »

« C’est vrai que quand on parle de la participation d’un pays à un festival, on attend souvent les prix. Mais au-delà des prix, il y a d’autres opportunités. L’avant dernière édition, nous avions gagné des prix, mais cette année, on n’a pas pu remporter une distinction. Cela doit nous permettre de mieux réfléchir sur la qualité de nos productions cinématographiques. Nous devons nous remettre en cause parce que le Togo a pris un prix. Mais on ne peut pas dire que notre participation est totalement négative. Parce qu’il y a des personnes dans notre délégation qui ont dit qu’ils ont beaucoup de contrats en vue avec des partenaires d’autres pays. Le Fespaco est différent un peu des autres festivals parce qu’il y a souvent des gens qui cherchent à coopérer avec des Béninois surtout en ce qui concerne nos réalités sur le vodoun. Nous voulions faire une coproduction avec l’Argentine. Le réalisateur cherchait à entrer en contact avec le Bénin depuis des mois. Mais on s’est finalement rencontré au Fespaco et on commencera la collaboration tout prochainement. Donc en dehors du fait qu’on n’a pas eu de prix, on a pu atteindre les autres objectifs, c’est-à dire créer des relations, permettre aux réalisateurs d’en tirer profit. Les jeunes font beaucoup d’efforts. La cinématographie béninoise a besoin de plus de moyens. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais les moyens. Nous avons beaucoup de scénarios, mais au Bénin, il n’y a même pas une caméra fonctionnelle qui peut faire un film de haut niveau. Je parle bien sur de l’Etat. Les jeunes ont pris des engagements pour dire qu’ils feront mieux au Fespaco en 2017. A Cotonou, nous allons lancer le Fespaco 2017. On travaillera pour avoir les prix spéciaux. Nous avons aussi besoin d’une diplomatie culturelle, afin que le Bénin rayonne à travers la cinématographie ».

 Dimitri Fadonougbo, président de la Fédération des associations des cinéastes du Bénin : « La participation du Bénin est une participation d’apprentissage »

« Pour ce qui concerne la participation béninoise, c’est vrai qu’on est allé au Fespaco avec six productions cinématographiques. Que ce soit les travaux des étudiants de l’Isma, les séries télévisées et le court métrage ; nous n’avons reçu aucun prix. Mais le Fespaco, ce n’est pas seulement le fait de venir prendre des prix, mais c’est également le plus grand rendez-vous d’échanges sur l’industrie cinématographique. Je crois que le Bénin qui n’est pas d’abord une grande nation de cinéma doit pouvoir aller à cette école et apprendre. C’est important de voir comment les films sont produits et de maîtriser les critères de sélection de ces films. Pour moi, la participation du Bénin est une participation d’apprentissage. Nous allons simplement souhaiter que ce soit pérennisé et que l’apprenti devienne un jour, le maître. Puisque les nations qui sont primées maintenant n’ont pas connu cette gloire les années précédentes! Je profite pour lancer un appel à tous les acteurs du cinéma béninois. L’heure n’est plus au grand discours ! Nous devons beaucoup plus travailler. Le travail dans le sérieux, dans la transparence et le travail en toute honnêteté. Parce que le Béninois ne travaille pas beaucoup et c’est là, le grand mal que nous avons. Vous avez constaté avec moi que les autorités béninoises n’ont pas été au rendez-vous. Mais j’ai appris que le ministre a été invité officiellement, empêché, il devrait envoyer son directeur de cabinet. Sur le terrain à Ouagadougou, le directeur de la cinématographie était seul. Je peux vous dire que dans les pays où le cinéma marche, c’est d’abord la volonté politique. Cette volonté politique doit être constatée à travers ces grandes rencontres où les dirigeants politiques sont présents. Le Bénin a pris activement part au colloque du Fespaco 2015. Nous sommes allés jusqu’à faire des recommandations qui ont été prises en compte pour ces assisses ».

 Francois Sourouh Okioh, réalisateur béninois : « Il n’y a pas de génération spontanée »

«Cela fait 41 ans que je suis dans le cinéma. Mais il n’y a pas de génération spontanée. Je voudrais que la nouvelle génération apprenne de l’ancienne. J’ai eu l’impression que depuis trois ans, la génération montante oublie quelque chose de très grave et préjudiciable. Qu’est-ce que vous faites des gens qui se sont sacrifiés pour le cinéma au Bénin ? Tous ceux-là participent de ce que vous récoltez aujourd’hui. Vous ne magnifiez personne dans vos œuvres. Il faut du respect pour avoir les bénédictions. La jeune génération montante du cinéma béninois se considère comme orpheline, alors que les anciens sont encore là pour leur donner leurs bénédictions. Tout le temps que je serai en vie, je partagerai toujours mes connaissances avec ces jeunes qui essaient de faire parler du cinéma béninois à travers leurs productions.

 Propos recueillis par Valentine Bonou Awassi