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sceau de la justiceLe dossier relatif au braquage survenu derrière la présidence de la République en 2006 a atterri mardi 8 mai 2018 sur la table des juges. Dans le box, 4 accusés (sur 10), tous de nationalité nigériane. Les débats ont duré deux jours et à l’arrivée, un verdict sans appel. Ofoukou Ifeany prend la peine de travaux forcés à perpétuité. Charles Ezédji alias Picolo et Elendu Chukwu sont condamnés à 20 ans de travaux forcés. Francis Onyeneho écope quant à lui de 12 ans de travaux forcés.

L’opinion était sous le choc à la suite de ce braquage historique survenu le mercredi 6 décembre 2006 derrière la Présidence de la République.  12 années après, les cerveaux de cette machine macabre planchent devant les juges de la Cour d’assises. Les confrontations et interrogatoires ont duré 2 jours. Que comprendre de ce braquage que beaucoup avaient pris pour un putsch dès les premiers instants ? Le mercredi 6 décembre aux environs de 9 heures du matin, le véhicule de convoyage de fonds de la Société Sagam Sécurity assurait le transfert d’une somme de 174.550.797 FCfa et d’un chèque de 206.685.463 FCfa vers la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique. Ce véhicule blindé a été rattrapé à hauteur de la Présidence de la République par un autre de marque Peugeot 406. A bord, des occupants dangereux qui avaient dans leur viseur les fonds transportés. Arrivés près du véhicule, ils ont ouvert le feu à bout portant et immobilisé les occupants. Le plus dur étant fait, ils se sont empressés de dépouiller le contenu du coffre-fort avant de s’enfuir en toute quiétude. Rodrigue Fifagbé Djossa et Lucien Azilinon, tous deux agents de la Sagam sont morts sur-le-champ. Le chauffeur du véhicule de Sagam, Apollinaire Quenum ainsi que le représentant du centre des impôts du port et des autres frontières (Cipaf) Pierre Claver Kanhonou ont été grièvement blessés. Dans leur fuite, les braqueurs ont abandonné leur véhicule en panne à proximité de la mosquée de Cadjèhoun et ont fait descendre sous la menace de leurs armes à feu dame Félicienne Akpo de son véhicule Opel Omega qu’ils ont emporté. Les diligences faites ont permis d’arrêter et de poursuivre 10 auteurs et complices du crime. Au cours de leur audition le mardi,  pas une lueur de vérité sur leurs lèvres.

 Never, never and never

 Franck Okafor, Ofoukou Ifeany alias chief, Ezedji Charles alias Picoloet Francis Onyeneho n’avaient qu’une chanson: « never and no ». Un peu comme s’ils se sont entendus, ces accusés qui s’exprimaient en anglais se sont arrangés pour réfuter en bloc des déclarations qu’ils ont pourtant faites au cours de l’enquête préliminaire et de l’interrogatoire au fond. Ils affirment n’être impliqués dans aucune opération de braquage. La curiosité est qu’ils arrivent, par quelle magie on se sait, à se renier et de façon péremptoire. « I don’t know him » (je ne le connais pas). A chaque fois qu’on tente de les aider à remonter l’histoire, ils réussissent toujours à fuir le débat en rejetant en bloc et de façon frontale toutes les questions. « Depuis que je suis né, je n’ai jamais touché à une arme. Je ne sais pas de quoi vous parlez. On m’a bastonné pour me forcer à l’aveu. Je n’en suis pour rien…. », ont-ils chanté à souhait. Le plus intéressant dans l’exercice de dénégation, c’est l’accusé Ofoukou Ifeany. Il a déclaré qu’il ne passe qu’une journée au Bénin et surtout à Cotonou dans le cadre de ses activités. Il a juré ne connaître aucun autre endroit au Bénin à part Cotonou. Pourtant, il a été condamné à 15 ans d’emprisonnement en 2016 pour un crime commis à Grand-Popo. Lorsqu’on lui opposa les faits, il a toujours nié avant d’avouer mollement après des séries de questionnements. Au terme des auditions et confrontations, la Cour a procédé à une suspension. Après analyse, le Président de la Cour, sur réquisitions du Ministère public, a estimé qu’il faille faire appel aux témoins et victimes collatérales qui n’ont pas pu se présenter ou se faire représenter à l’audience hier. Il s’agit du Directeur général de Sagam Sécurity, Babacar Sall, du contrôleur du développement rural, Philippe Djossa, du chauffeur, Apollinaire Quenum, de l’aide-ménagère, Monique Sèwadé (atteinte par une balle perdue) et Pierre Claver Kanhonou du Cipaf.

 Deuxième journée éprouvante

 Trois victimes et témoins ont pu essayer d’apporter une lueur de contradiction à l’opacité de la veille.  Il s’agit du représentant du centre des impôts du port et des autres frontières (Cipaf) Pierre Claver Kanhonou, du chauffeur de Sagam Security Apollinaire Quenum et du représentant du Directeur Général de Sagam Security. Des différentes auditions, on retient que les braqueurs, une fois descendus de leur véhicule, ont systématiquement ouvert le feu sur le véhicule. Dans la foulée, Rodrigue Djossa de la Sagam a voulu riposter, mais il a été cueilli avec 4 balles dans le corps. Lucien Azilinon qui était exactement assis à l’arrière a essuyé aussi des coups de feu et est tombé. Les deux militaires sont donc morts, il ne reste que le chauffeur et l’agent du Cipaf. Au cours de leurs différentes déclarations, les deux ont eu de la difficulté à décrire avec exactitude les faits. Tout s’est passé comme ils le disent en une fraction de seconde. « J’ai vu deux personnes venir vers nous. Après cela, j’ai vu Rodrigue Djossa ouvrir la porte et il est tombé sous les balles. Ensuite Lucien aussi est tombé et puis j’ai perdu connaissance », a fait savoir le chauffeur. Les braqueurs, selon Pierre claver Kanhonou, ont tiré plusieurs coups de feu sur le véhicule. Des images rapides et floues qui renseignent très peu sur le film. Du coup, la suite devient compliquée à réaliser. Comment ont-ils fait pour avoir la clé du coffre? Comment ont-ils ouvert et emporté le butin ? Combien a été effectivement volé ? Les questions des avocats de la défense pleuvaient. Au cours de son intervention, le représentant de Sagam Sécurity a expliqué la procédure de transfert. On retient de ses explications que toutes les procédures pour assurer le transfert ont été respectées ce 6 décembre. Il déplore tout de même que les consignes de sécurité en cas de braquage n’ont pas été respectées par les agents sur le terrain. 

 Le choc des arguments

 Dans ses réquisitions, le Ministère public représenté par Florentin Gbodou est revenu sur chaque chef d’inculpation. Le premier point à l’appui de son argumentaire, c’est, les différents aveux des accusés eux-mêmes à l’enquête préliminaire. Il s’appuie également sur les témoignages faits sur-place, mais aussi le statut de délinquant de certains accusés. En fait, certains d’entre eux sont déjà sous le coup de condamnation dans le cadre du braquage de Azar Jean. Un autre est impliqué et même déjà condamné dans un braquage sur la route de Grand-Popo. Toute chose qui renforce l’inculpation. Sur les faits, le Ministère public a retenu le crime d’association de malfaiteurs, de vol à main armée et d’assassinat. En cas de cumul d’infractions, argumente-t-il, le principe c’est la peine la plus forte. Il requiert alors contre tous la peine de travaux forcés à perpétuité. La défense représentée par Me Nicolin Assogba, Robert Hounkpatin, Roméo Godonou et Evelyne da-Silva Ahouanto a essayé de démonter tous les arguments du Ministère public. Ils ont relevé que les auteurs du crime sont ailleurs et souligné de nombreux doutes. Ils ont plaidé l’acquittement pur et simple au bénéfice du doute. Le verdict de la Cour intervenue tard dans la soirée du mercredi n’a laissé aucune chance aux accusés. Ofoukou Ifeany prend la peine de travaux forcés à perpétuité. Charles Ezédji alias Picolo et Elendu Chukwu sont condamnés à 20 ans de travaux forcés. Francis Onyeneho écope quant à lui de 12 ans de travaux forcés. Ils ont déjà passé 11 ans en détention.

 HA