Spread the love

maire charlemagne honfoLe maire de la Commune de Sèmè-Podji était l’invité de l’émission hebdomadaire « Cartes sur table » de la radio Océan Fm, ce dimanche 18 octobre 2015. Pour Charlemagne Honfo, « il est venu à la tête de sa Commune pour opérer des réformes ».

Océan Fm : Le Bénin pleure la disparition de Mathieu Kérékou. Que retenir de l’homme du 26 octobre 1972 ?

 Charlemagne Honfo : Le peuple retiendra de lui trois choses essentielles. Il est un homme à caractère exceptionnel dont la providence a doté de la capacité de gestion des hommes. La deuxième chose que le peuple retiendra de lui, c’est quelqu’un qui s’est arboré de sens d’homme de paix. Troisième chose, le peuple retiendra de lui un homme emblématique et quelqu’un qui connaît son peuple. Il lui arrive dans les subtilités, de détendre l’atmosphère. Dans l’ensemble, il reste Mathieu Kérékou. Un exceptionnel Monsieur. Je présente mes condoléances à tout le peuple béninois ainsi qu’à sa famille et souhaite que Dieu nous accompagne à avoir de ces hommes dans la République.

 Me Adrien Houngbédji a été ministre dans le gouvernement de Kérékou. Vous devez forcément quelque chose à l’illustre disparu ?

 Particulièrement, nous ne devons rien.

 Ah bon ?

 Pas du tout alors ! Il ne faut pas aller sur cette piste. C’est plutôt cette équipe qui doit au Prd. Il faut clarifier les choses. Si nous avons claqué la porte, c’est parce que les gens n’ont pas encore l’esprit ou le sens du respect de la parole. Quand le Prd est quelque part où on ne va pas respecter sa parole, il claquera toujours la porte.

Mais le Président Houngbédji a été premier ministre

 Le président Adrien Houngbédji et le Prd ont fait du président Kérékou ce qu’il est resté. Autrement, sa mort pourrait être précipitée parce qu’il était déjà vieux dans les filaos avant qu’en 1996 on est allé encore le chercher. C’est plutôt son équipe et lui qui ont bénéficié du soutien du Prd et qui, en retour, n’ont pas respecté leur parole. On met tout cela sur le dos de la politique. Aujourd’hui, reconnaissons, dans l’ensemble, que le peuple béninois est plongé dans la misère faute de la responsabilité des acteurs politiques. Jusqu’à quand cela va durer. Donc, chacun n’a qu’à jouer son rôle. Le Prd ne doit absolument rien au général Kérékou et à son équipe. Le Prd a donné le meilleur de lui-même pour ramener le Général Mathieu Kérékou au pouvoir et dont beaucoup ont profité. Je sais qu’il est difficile de dire la vérité, mais la vérité n’a pas de couleur. Elle reste la vérité.

 Qu’attendez-vous du gouvernement pour ce qui concerne les hommages à Kérékou ?

Je ne voudrais pas m’aventurer à parler de cela. Le président Yayi Boni, vous le connaissez dans sa joie de tous les jours. Je ne voudrais pas aller là. Je retiens qu’il a, de façon communicationnelle, vite agi. Il a joué son rôle.

 Depuis 2 mois vous êtes maire de Sèmè-Podji. Tout va mieux maintenant ?

 C’est Sénèque qui a dit « Hâte-toi de bien vivre et sache que chaque jour est en lui-même une vie ». Ici, tout ce que je fais chaque jour, je considère que c’est la vie de tous les jours. La position géostratégique dont nous bénéficions à travers le Nigéria, Porto-Novo et Cotonou, ne nous permet pas d’errer. Je dirai simplement qu’après 2 mois, j’ai constaté un certain nombre de choses. Au cours de la campagne, j’ai dit, avec mon équipe, que nous sommes des bâtisseurs. Je suis venu opérer des réformes. Je n’entends pas être populaire. Cela exige de moi un certain nombre de comportements. J’ai dit également ici tout à l’heure que ce n’est pas par faute de moyens que nous souffrons, mais plutôt par faute d’organisation. C’est-à-dire que nous ne nous organisons pas et aussi du fait de notre gourmandise. Cela fait qu’à un moment donné, l’implication qu’il devrait y avoir entre la vision politique et économique manque parce qu’on veut s’enrichir. Les deux mois d’expérience vécue avec les populations m’ont tout simplement permis de comprendre que nous avons du potentiel au plan économique et humain. Quand nous avons à cœur d’aller plus loin, nous pouvons toujours nous dire que notre commune Sèmè-Podji, nous n’allons pas la construire individuellement, mais collectivement. A titre illustratif, j’ai demandé à un seul pan de ma régie de me faire le point de juin-juillet avant mon arrivée. On n’a jamais traversé 3.5 millions de Francs. Mais, ensemble, nous avons projeté une nouvelle vision. Le mois qui a suivi (Août), nous avons eu 8 millions. D’aout à septembre, nous sommes allés, de 8 millions à 11 millions. Jusqu’au 15, j’étais déjà à peu près à 10 millions. Pour dire que sur ce pan, je serai à la fin du mois à 15 millions. C’est une question de volonté, d’organisation, de vision. Pour résumer, je dirai simplement que les gouvernants doivent apprendre à être rigoureux envers eux-mêmes en cessant de tricher. Deuxième chose, les populations doivent apprendre dans la rigueur à s’acquitter de leurs tâches et ne pas à tout vent chercher à profiter des positions qui ne sont pas les leurs. Pour moi, je crois qu’entre population et gouvernants, c’est le même régime. Et quand ce régime est établi pour aller au développement, il reste le dialogue.

Donc Sèmè-Podji a décollé ?

 Nous avons amorcé inexorablement ce décollage. Parce que je ne peux pas faire un développement avec 1.300 milliard de budget. C’est inadmissible. Pour ne pas aller de façon égoïste à une prévision qui ne tienne pas compte de la réalité, j’ai exigé que le budget de 1.300 milliard soit porté à 1.5 milliard pour qu’au cours de la même année, je vienne ici pour dire après mon collectif budgétaire de l’année, le budget sera porté à 2 milliards. C’est mon ambition. Je veux être la première commune au Bénin à compter sur mes ressources propres. Je demande aux autres maires de se lancer dans la dynamique. Je crois que le pari ou l’objectif que nous devons avoir maintenant, c’est d’aller en concurrence positive.

 Aujourd’hui, quels sont les grands défis à relever à Sèmè-Podji ?

 Les routes, c’est beaucoup d’argent. Nous ne pouvons pas être au milieu de Cotonou et de Porto Novo et ne pas faire profiter ses infrastructures aux populations. Pour moi, c’est clair dans la tête que c’est la priorité. J’ai fait de la voie la priorité, parce qu’elle reste commune à tout le monde. C’est ce que nous partageons ensemble. On s’est dit qu’il faut nous éloigner un peu de la corruption. C’est vrai que 2 mois, c’est très tôt encore que Sèmè-Podji est réputée commune de turbulence et purement politique. La politique à outrance ne favorise pas le développement. Ce que j’ai constaté, c’est que tous les conseils se sont inscrits dans la dynamique de ce qu’il faut un climat apaisé, un climat de tolérance, un climat où la vision est qu’après l’élection c’est le développement. Nous avons discuté d’un certain nombre de dossiers et primordialement celui de l’installation des chefs de quartier.

 Justement à ce niveau, il y a de la brouille ?

 Il n’y a pas de brouille. Il y a qu’après le vote du code électoral, les députés n’ont pas rencontré toutes les couches pour leur dire qu’il y a désormais de nouveautés. La population s’était habituée à une loi. La loi qui est arrivée actuellement est incomprise. Parce que nos partis politiques peinent à se stabiliser faute d’information des militants et faute de communication. Quand nous avons constaté un certain nombre de dysfonctionnements dans le système d’harmonisation, les députés ont pensé qu’il faut essayer de faire un certain nombre de choses pour ramener le pouvoir de gestion d’animation de la vie politique aux partis politiques. C’est en cela que, sous l’impulsion d’un certain nombre de députés, la commission des lois a déposé une proposition de loi qui encadre les militants dans leur action. L’article 415 dit que la candidature au poste de chef de village ou de quartiers de ville est sujet de propositions par la liste majoritaire. C’est-à-dire, la liste qui a obtenu une majorité absolue. Cela suppose en terme clair que si, par exemple, il y a 11 conseillers locaux dans un village et qu’une liste de partis politiques obtenait 6, cela veut dire que la liste a eu la majorité absolue. La loi dit qu’il n’y a pas de volontaire à ce niveau. Pour être chef quartier, ce n’est pas qu’il faut être proposé sur la liste, mais par la liste. Il ne faut pas confondre. J’ai mis cette proposition, parce que les gens acceptent de faire la courbette pour être accepté sur une liste. Mais, une fois sortis conseillers, ils brandissent leurs ambitions et refusent maintenant de respecter la volonté du parti alors qu’ils ont accepté passer par la liste du parti. Ils ont accepté profiter des moyens que le parti déploie pour les faire élire.… En ce moment, ils font la courbette. C’est quand ils sortent qu’ils deviennent dangereux. Donc, pour les encadrer, on a confié la proposition aux partis. C’est le parti qui propose.

Mais avant le vote, les candidats doivent être informés ?

 Tous les candidats sont informés à l’interne de leurs partis et ils acceptent la clause. L’homme n’est pas sincère, sérieux. Ils n’ont pas compris qu’ils doivent faire la volonté de leurs partis qui les a proposés sur la liste. Etant celui qui a proposé le texte qui est devenu loi aujourd’hui, je ne peux pas mal l’appliquer. Je suis dans l’esprit de la proposition. Moi aussi, j’ai été proposé par mon parti. Le parti a sorti un communiqué d’investiture de ma candidature. C’est pour cela qu’aucun responsable au poste à la Mairie de Sèmè-Podji n’a été volontaire. Que ce soit le Chef d’arrondissement, les adjoints au maire, les présidents des commissions, tout est fait sur proposition du parti politique et je l’exige pour tout le monde. Pendant que je suis encore là et pendant que la loi restera là, nous allons discipliner le groupe.

 Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire ?

 Ce qu’il y a lieu de faire, c’est de solliciter l’indulgence de tous pour dire ceux à qui la loi a fait du tort, je leur présente mes excuses. C’est difficile, mais la loi reste la loi. Il faut que tout le monde s’en accommode. On a menti sur eux pour dire que si on ne fait pas la volonté des individus, ils vont casser les arrondissements. J’ai dit quel arrondissement? Personne ne peut le faire. Si quelqu’un le fait, ce serait à ses risques et périls. Si quelqu’un n’est pas content de l’application d’une loi, il saisit les instances du contentieux. Quand vous savez que vous êtes victime de l’application de la loi, vous saisissez la Cour suprême. Personne, parce que la loi n’a pas dit qu’être candidat à la fonction de chef de village serait volontaire. Partout où il y a de la volonté, c’est la pagaille. Au cours de la session, j’ai saisi par écrit tous les états-majors politiques de chez moi pour leur dire de me proposer partout où ils ont la majorité absolue des candidats au poste de chef de village. Ils ont écrit. Pour moi, j’ai joué mon rôle. Ce ne sont pas les populations qui font du bruit. Ce sont quelques individus qui ne veulent pas rester dans le cadre politique qui veulent bénéficier de la position du parti et ne plus faire la volonté du parti. Nous ne devons pas laisser les gens dans cette pagaille.

 La commune de Sèmè Podji, c’est aussi les litiges domaniaux

 C’est la position géostratégique de la commune de Sèmè-Podji qui fait que ces problèmes se posent. Dès mon arrivée, j’ai pris des décisions. J’attends l’installation finale des chefs de quartier pour qu’il y ait une formation à leur endroit, ainsi qu’à l’intention des chefs d’arrondissement et des élus municipaux et locaux. Je l’ai dit parce que l’organisation territoriale ne pose pas problème. C’est la volonté du maire d’aller à une transparence. Ceci reste déterminant parce que quand je suis venu, j’ai vu qu’il y a un système de sécurisation déjà établi. Mais, on n’a pas respecté le système de sécurisation. Ce système permet à celui qui a acheté sa parcelle de payer 15000 Fcfa et d’avoir un numéro de code. Si c’est respecté, une tierce personne ne peut plus revenir pour la même parcelle. Mais c’est à la défaveur du Maire. Parce que le maire ou les chefs d’arrondissement auraient aimé signer plusieurs conventions à la fois. Je préfère gagner raisonnablement pour ma commune ou pour moi-même 10.000 FCfa dont je m’assure ou de gagner 30 mille francs dont il y a l’incertitude. Quand je suis venu, j’ai souhaité qu’on respecte strictement le système de sécurisation. Je ne signerai aucune convention si le système de sécurisation n’est pas dessus. Le deuxième aspect, c’est de reconnaître que parfois on ne consulte pas le répertoire. Cela portera la responsabilité de celui qui prendra ce risque de ne pas consulter le répertoire. Aussi, l’urbaniste et les géomètres ne pourront-ils plus modifier les répertoires à leur guise sans avoir préalablement l’autorisation de la commune. C’est de la prérogative de la commune de sauvegarder cela. De sorte que même le répertoire actualisé doit être en possession de la commune. Ce sont ces deux dispositions qui existent pour freiner l’élan de désordre, le temps d’avoir un système bien orienté. On ne peut pas dire que le système est parfait. Mais, c’est une avancée.

 A quand le choix du candidat du Prd pour la présidentielle

 J’étais venu dans ce studio, pendant qu’il y avait la tempête, l’agitation vous dire d’attendre les résultats des législatives et des municipales. Cela a raté ? Non. Donc, nous vous disons la même chose. Le prochain président de la République, par la grâce de Dieu, sera le candidat du Prd.

 Il viendra du Prd ?

 Celui qui est le candidat élu du Prd vient du Prd. Si vous êtes dans un regroupement pour faire quelqu’un, il vient de vous. Ce que je sais, nous nous sommes trop amusés avec le peuple et il faut qu’on arrête.

 Le choix sera fait quand ?

 Il sera fait au moment convenable pour converger le peuple et la classe politique.

 Transcription Hospice Alladayè