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BIOde ses À quelques deux mois de la présidentielle pour laquelle il est cité comme l’un des favoris, Abdoulaye Bio-Tchané  commence par dévoiler les grandes lignes de son projet de société. C’est à travers une interview accordée à notre rédaction. Le candidat arrivé troisième en 2011 s’engage à créer 500 000 emplois pour le prochain quinquennat.
Le Matinal : Le Général Mathieu Kérékou vient de nous quitter. Quelles sont vos impressions au lendemain de son enterrement ?
Abdoulaye Bio-Tchané : Merci beaucoup ! En effet, le Général, comme il aimait qu’on l’appelle, nous a quittés. Que son âme repose en paix ! L’hommage national et surtout populaire que spontanément les Béninoises et les Béninois lui ont rendu montre à quel point il était aimé de son peuple. C’est incontestablement le père fondateur de notre démocratie et, comme je l’ai dit, il est notre « Nelson Mandela » à nous, pour les valeurs qu’il a incarnées. Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre est de rester fidèles à ses idéaux, à son attachement à la démocratie et à son œuvre à la tête du Bénin. Durant toutes les années où il a dirigé notre pays, il a inlassablement œuvré pour la préservation de la Paix et pour l’enracinement de l’Unité nationale. Il a défendu les intérêts généraux contre les intérêts particuliers.  Nous avons l’obligation de préserver cet héritage par nos actes et pas seulement par des mots. Préserver l’unité nationale et la paix, c’est d’abord et avant tout rétablir la confiance entre l’Etat et le Peuple.
Vous parlez de rétablir la confiance entre l’Etat et le peuple. Vous avez fait une proposition qualifiée de démagogique par beaucoup d’acteurs politiques ces dernières semaines : rembourser les spoliés de l’affaire Icc Services. Que répondez-vous à ceux qui disent qu’Abt est tombé bien bas dans la retape électoraliste ?
Je vais être clair sur ce dossier qui, pour moi, est désormais une vraie ligne de démarcation. Je sais que beaucoup d’adversaires politiques, suite à ma déclaration, se sont juré de me faire reculer sur cette proposition. Mais, pour moi, c’est d’abord et avant tout une question de responsabilité politique.  J’aimerais vous rappeler ce que j’ai dit en 2011 au plus fort de cette crise, le jour du dépôt de ma candidature : « Le gouvernement actuel a eu beaucoup de responsabilités avant crise, pendant et après crise dans la gestion du dossier Icc services.  Mon intime conviction est que l’Etat doit assumer sa part de responsabilité et cela ne peut se faire qu’en soulageant ces sinistrés par des paiements, en remboursement total ou partiel du sinistre financier ». Etre responsable en politique, c’est rester fidèle à ses propos et ne pas varier au gré du vent ou de ses intérêts politiques immédiats. Mais être responsable en politique, c’est aussi avoir le courage de dire ce qu’on fera pour résoudre le plus grand scandale financier qu’ait connu notre pays depuis les indépendances. Et je pèse bien mes mots !!! Je rappelle que dans cette affaire, c’est plus de 150 milliards de FCfa qui ont été volés à des paisibles épargnants. Et c’est plus de 150.000 déposants qui ont été spoliés. Des citoyens vivent dans le stress permanant pour avoir perdu des années de travail, d’autres en sont morts. Beaucoup oublient qu’on ne reconstruit pas sans faire le bilan et sans solder le passif. Icc-Services a rompu la confiance entre l’Etat et les citoyens. Moi, je veux faire renaître ce lien de confiance sans lequel aucune action économique d’envergure, aucun programme faisant appel à l’épargne public ne pourra fonctionner. Je veux redonner à l’Etat sa crédibilité et sa noblesse. Donc, je le redis, ici, de manière solennelle : si je suis élu à l’élection présidentielle de février 2016, je rembourserai les spoliés d’Icc services.  Le peuple béninois sait désormais que je confirme ce que j’ai dit en 2011 et que je m’engage à le faire. Maintenant, j’attends de savoir ce que les autres proposent là-dessus et, avec mes amis, nous sommes ouverts à mener ce débat devant le peuple béninois.
Donc, le projet de société d’Abt c’est indemniser les spoliés d’Icc ? Beaucoup se demandent s’il n’y a pas mieux à faire avec cet argent ?
C’est une caricature véhiculée par ceux qui ont peur de se positionner sur ce dossier par calcul politique. Je réitère ici ma conviction : il n’est pas possible de reconstruire si les blessures du passé ne sont pas guéries. Le rétablissement de la confiance est une nécessité absolue parce que, sans confiance rien ne peut se faire dans le domaine économique. Rétablir la confiance entre les citoyens et l’Etat est un préalable, et il faut le faire parce qu’avant qu’on ne vous pardonne, il est important de reconnaître vos erreurs. Donc, rembourser des spoliés d’Icc n’est pas mon projet de société. C’est la fondation qui permettra de reconstruire notre pays. Pour moi, il ne s’agit pas de choisir entre indemniser les spoliés ou s’occuper d’autres secteurs prioritaires. Il s’agit de tout faire en même temps pour redresser le Bénin. Mon projet de société sera publié très bientôt. Il s’articule autour de quatre piliers que sont : la lutte pour l’emploi des jeunes, la révolution économique en faveur des femmes, le relèvement de l’agriculture et la réforme des services publics. J’accompagne ces quatre priorités de grands travaux publics d’une politique d’investissements massifs dans les grands travaux pour libérer le potentiel de croissance élevée et soutenue de notre pays et ainsi réduire durablement la pauvreté. Si les Béninois me font confiance, je veux être un Président qui agit dès le premier jour. Pour le faire, il faut être prêt, bien connaître le pays, et avoir posé le bon diagnostic pour pouvoir proposer les bonnes solutions. C’est ce que je me suis attelé à faire depuis 2011 en parcourant les 77 Communes. Je peux vous assurer que nous sommes prêts à agir dès le 06 avril 2016 pour les Béninois.
Vous nous avez cité les secteurs prioritaires sur lesquels vous souhaitez agir, mais si nous prenons par exemple la question de l’emploi des jeunes, que proposez-vous ? Tous les candidats désignent ce secteur comme prioritaire, mais on peine à voir concrètement ce qu’ils comptent faire. Comment voyez-vous ce problème et si vous êtes élus que comptez-vous faire concrètement pour lutter contre le chômage des jeunes ?
A deux (2) mois quelques jours de l’élection présidentielle, votre question est légitime et bienvenue. Etre sur le terrain des idées et des propositions a toujours été ma marque de fabrique et celle de mes amis politiques. Avant tout, permettez-moi de dresser l’état des lieux afin que chacun mesure l’amplitude du problème qui se pose à nous. La démocratie béninoise a 25 ans. Au cours de ce ¼ de siècle, nous avons bâti un régime démocratique avec des institutions et avons connu plusieurs alternances. Mais, la réalité est que les enfants nés après la Conférence nationale attendent encore de recevoir les dividendes de cette démocratie. Cette jeunesse représente la majorité de la population, mais aussi la majorité de ceux qui vivent dans le dénuement, dans la pauvreté totale. J’ai pris l’habitude de dire que plus qu’un problème économique ou social, le chômage des jeunes est désormais une question de sécurité nationale. Et, je suis heureux de voir que plusieurs de ceux qui aspirent à être candidats à la prochaine présidentielle ont repris mes propos. Oui, désormais, le chômage des jeunes est une question de sécurité nationale, et il  faut le traiter comme tel et y consacrer tous les moyens. Des efforts se font en ce moment. Il faut être conscient du fait que la création de postes de fonctionnaires ne peut pas, à elle seule, permettre de résoudre la question du chômage des jeunes. La raison est simple. Chaque année, ce sont plus de 100.000 jeunes Béninois qui arrivent sur le marché du travail avec aucune perspective. La fonction publique béninoise fait à peine 100.000 fonctionnaires. Donc, vous voyez bien que l’Etat ne peut, à lui seul, embaucher les 100.000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. C’est comme cela que je perçois le problème.
Tout le monde partage votre diagnostic, mais concrètement que proposez-vous ?
J’affirme que  le chômage des jeunes ne doit pas rester une fatalité. Moi, je propose de lancer un Plan national ambitieux (Pna) en faveur de l’emploi des jeunes de ce pays. Pour une clarté d’approche et une efficacité dans le traitement du problème, il nous faut catégoriser les types de chômeurs et y appliquer la thérapie adéquate. À cet effet, je distingue trois catégories qui fondent la spécification de mes actions :
– Les intellectuels diplômés ou non sans emploi comme ceux qui sortent de nos universités, les jeunes déscolarisés etc.
– Les artisansdiplômés classiques ou non, je veux dire, ceux qui sortent de nos ateliers de coiffure, de couture, de mécanique, de cordonnerie etc.
– Les jeunes non intellectuels et sans formation
• Par rapport aux diplômés sans emploi, je compte entre autres :
• Poursuivre le programme de recrutement dans la fonction publique qui absorbe moins de 10℅ de nos chômeurs diplômés.
• Accorder à toute entreprise qui justifie de la création d’un emploi une remise d’impôt, mais également des facilités supplémentaires seront accordées proportionnellement au nombre d’emplois créés.
• En ce qui concerne les jeunes diplômés ou non sans emploi, j’envisage de :
• financer leur installation en garantissant l’acquisition des premiers équipements.
• subventionner les équipements de ceux qui se mettent en coopératives. J’ai déjà expérimenté, à travers la fondation cœur à cœur, ce programme.
• Pour ce qui est des jeunes chômeurs non instruits, j’ai programmé de :
• financer l’acquisition du matériel agricole moderne pour les jeunes.
• intensifier le crédit agricole par une garantie en faveur des jeunes.
• mettre en place un programme d’incitation à la création de coopérative agricole  de production ou de transformation de produits.
• lancer dans tout le pays des travaux de haute intensité de mains d’œuvre.
• subventionner l’acquisition du matériel de travail comme des motoculteurs et des machines d’extraction.
En dehors de ces mesures spécifiques à chaque catégories de chômeurs ou de candidat à l’emploi, j’ai décidé, une fois élu Président de la République, pour tous les jeunes sans distinction, de :
• accorder une remise d’impôt sur deux ans à tous jeunes qui réussiront à créer une entreprise.
• apporter la garantie de l’Etat pour les jeunes porteurs de projets d’entreprise afin que les institutions financières leur accordent le crédit désiré.
• mettre en place un projet de mise en valeur des vallées fertiles, des domaines et filières identifiés par les jeunes.
• créer un fonds de subvention d’équipement des coopératives de transformation doté de 75 milliards de FCfa sur le quinquennat.
• consacrer 20 milliards de FCfa à la « Formation pour le renforcement de l’autonomie économique des populations rurales » par la méthode Tree du Bit. Cette approche a déjà été expérimentée avec succès dans 52 villages répartis dans 23 communes au niveau de quatre départements, dans le cadre d’un projet financé par le Danemark avec l’appui du Bit.
Mon objectif est de dynamiser le tissu d’entreprises dans notre pays en favorisant la création d’entreprises et l’auto-entrepreneuriat des jeunes.  Dans mon  Plan, je veux donner la chance à tout jeune de moins de 40 ans souhaitant créer son entreprise, de recevoir une aide de l’Etat sous forme directe ou indirecte par le biais de garanties bancaires de se doter d’un capital pour lancer son activité.  Cette aide pourra, si besoin est, être complétée par une formation professionnelle dans son domaine d’activité.  Le problème de l’emploi étant un problème structurel, je compte appuyer les entreprises privées et publiques afin qu’elles nous aident à résorber ce problème en créant des emplois. A cet effet, le code des marchés publics sera revu afin de favoriser par les balais de la sous-traitance et d’autres mesures favorisantes en vue de booster les entreprises nationales. En résumé, ce que je propose, c’est d’administrer un « électrochoc » positif à notre économie pour résoudre durablement la crise du chômage des jeunes. Avec le plan, je veux développer dans notre pays un véritable esprit entrepreneurial et passer un message clair à la jeunesse de mon pays : L’Etat sera désormais là à vos côtés ! L’emploi des jeunes sera la première de toutes nos priorités  et pour cette cause, nous ne lésinerons pas sur les moyens. Dans une approche transversale, tous les projets, toutes les entreprises, toutes les mesures qui seront prises par l’Etat devront présenter clairement l’impact qu’ils ont sur la création d’emplois pour les jeunes. Dans le but de réaliser mon plan, j’envisage d’investir 50 milliards chaque année pour favoriser la création de 500 000 emplois au moins. Parallèlement à ce plan, nous engagerons, en accord avec les acteurs du monde de l’éducation et le secteur privé, une réforme de l’éducation pour que nos écoles et universités forment davantage de techniciens bilingues et entrepreneurs. Cette réforme prendra du temps, et le temps qu’elle délivre ses fruits, il faut réagir. C’est la raison d’être  de mon programme.
Comment allez-vous financer cela alors qu’on nous dit que les finances publiques sont exsangues ?
Le financement de ce programme parait évident pour moi, mais peut-être pas pour vous. Je vous disais tantôt que l’accompagnement de ce programme coûterait à l’Etat 50 milliards par an comme contribution budgétaire.  Faire une économie de 50 milliards sur le train de vie de l’Etat et certaines rubriques peu utiles nous permettra de mobiliser très rapidement ces fonds. N’’oubliez pas ce que je vous disais tantôt. Le problème de l’emploi des jeunes est une question de sécurité nationale et cela n’a pas de prix. Si notre sécurité nationale exige 50 milliards, je n’attendrai pas des troubles sociaux pour mettre ce montant en priorité dans la résolution du problème de chômage. Je dois anticiper. C’est un impératif.
Monsieur le président quel message aux Béninois pour finir ?
Je voudrais le redire, après 25ans de démocratie les Béninois ont besoin d’avoir les dividendes de la démocratie. Les Béninois se doivent de retrouver leur dignité, de vivre de leurs talents, de mettre à profit leurs compétences ou de valoriser le potentiel de leur pays. Les milliards de l’Etat doivent désormais contribuer à aider les citoyens vulnérables. C’est la promesse d’un Bénin nouveau et Uni, et c’est ce à quoi je m’engage si je suis élu.
Source Cellule de communication