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gbegnonvi rogerL’affaire de l’heure au Bénin ressemble un peu à l’affaire advenue dans un lupanar en bordure de Cotonou. Quand il les voit, trois acoquinés, deux hommes et une femme, le préposé à l’accueil fronce les sourcils. Il a pourtant vu des choses et entendu des choses par les fenêtres mal closes : splendides gémissements étouffés, savoureux « ô Baby, tue-moi ! » Il leur ouvre la chambre des spasmes étranges. Ils s’y enferment. Moins de deux heures plus tard, il perçoit un cri rauque, terrible. Il se précipite. La chambre est béante. Deux ont filé en douceur. Tout nu dans le vaste lit, le restant gigote et hurle : ‘‘Ils m’ont aimé trop fort, sucé par tous les pores, et laissé pour mort quand je me suis évanoui. Sauvez-moi, sauvez-moi ! » Le Samu vient embarquer le sinistré et l’emporte à grand renfort de sirène à travers la cité.

Renseignement pris, le premier amant qui a pris la fuite est Monsieur Retard. On ne le prend jamais au Bénin la main dans le sac. Quand la manifestation prévue pour 9h commence péniblement à 11h, c’est toujours ‘‘indépendant de notre volonté’’. Naguère, la délégation officielle venue du Japon se présenta dans la salle de réunion à 15h45 pour la concertation bipartite devant commencer ‘‘à 16h précises’’ (sic). Gros dossiers sous le bras, les ‘‘cadres’’ béninois arrivèrent goutte à goutte jusqu’à 17h25. Ils étaient fringants, souriants, décontractés. L’un d’eux y alla d’une salutation en langue japonaise pour étaler la vastitude de sa culture langagière. Le lendemain, avant de faire le point des discussions au Ministre du Plan, le chef de la délégation japonaise lui demanda, avec un sérieux asiatique, si le retard était inscrit dans la constitution du Bénin. De fait, l’importance de Monsieur Retard est telle au Bénin que, dans l’affaire de l’heure, on a tenté de réviser la Constitution par respect pour les aspirants députés en retard du dépôt de leurs dossiers. Les sept gardiens du texte sacré n’ont pas daigné lever le regard. Eh bien, qu’á cela ne tienne, par respect pour Monsieur Retard, on va casser la Céna. « Belle affaire, répondit son président, je me retire sous un manguier, et je dévore des mangues à satiété. » Bucolique dévoration, ô Emmanuel !

L’autre amant qui a pris la fuite est la femme. Dame Mauvaise-Foi. Son domaine au Bénin est illimité. Mais dans l’affaire de l’heure, elle s’est montrée dans la nébuleuse d’un texte à quatre entrées. 1- Au regard du nouveau code électoral, les clubs électoraux meurent en état de péché structurel et sont promis à la damnation éternelle. 2- Aussi veulent-ils tuer notre démocratie en refusant l’application de la loi votée par le Parlement et promulguée par l’Exécutif. 3- Ils veulent aussi une loi d’amnistie pour ceux qui ont pris la fuite, y compris pour celui qui, condamné à 20 ans de réclusion, n’a pas commencé á purger sa peine. Cette loi d’amnistie faisant double jurisprudence avec le rejet du code électoral, le Bénin sera enfin ce que les clubs électoraux veulent qu’il soit : Anarchie-Village, où les malfrats seront les chouchous du Chef de l’Etat devenu chef de gang. 4- L’objectif majeur et final des clubs électoraux : briser les reins à la Rupture. Révolution, faire-rendre-gorge, Changement, on a donné la mort à tout ça. Pourquoi laisser vivre la Rupture ? Allez, « ôte-toi de mon soleil ! »

Dans le Béninois trop fort aimé, les ‘‘Chinois cultivés’’ ont reconnu le pays Bénin, comme ils ont reconnu dans les amants terroristes les politiciens béninois dont l’amour pour la patrie équivaut à la violation, plutôt au viol, intense, permanent et violent, des règles de la République. Et Aimé Césaire, dont les ancêtres ont été vendus par nos ancêtres communs, continue de s’interroger sur « cette vie clopinante devant moi, non pas cette vie, cette mort, cette mort sans sens ni piété, cette mort où la grandeur piteusement échoue, l’éclatante petitesse de cette mort… » Les politiciens béninois peuvent-ils comprendre cette souffrance, entendre cette souffrance pour s’élever, s’élever pour élever le Bénin à quelque grandeur ?

 Roger Gbégnonvi