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pepes
Cette alliance de contre nature n’aboutira à rien

La classe politique béninoise a habitué l’opinion à un scénario qui devient ennuyant. Le schéma de coalition forcée et contre nature à l’approche des joutes électorales n’intéresse plus. C’est un spectacle qui ne séduit plus le public.

La politique est un jeu plaisant. Dans certaines grandes nations, chaque joute électorale est un événement. Il s’anime avec des hommes de métier qui donnent à chaque rendez-vous une saveur particulière. Dans les discours, les stratégies, les faits et gestes, c’est tout un art et toute une histoire. Ces occasions électorales dans ces pays sont toujours des instants de délectation. On a toujours du plaisir à suivre les intrigues, dans ces pays démocratiques où les élections sont de grands rendez-vous. Les débats, dans le fond, n’ont rien à voir avec les personnes, mais surtout avec les idées. La forme de gouvernance, le modèle politique, le modèle économique, les questions sociales,bref les débats portent surtout sur la gestion de la cité. C’est donc finalement un rendez-vous de science sur le modèle à adopter et qui pourra répondre aux attentes des populations. C’est à ces rendez-vous que les nouveaux concepts naissent. Des personnes de science de ces partis font des littératures abondantes sur les modèles de gouvernance qu’ils proposent. Ce sont même des occasions où la doctrine s’éveille et donne du contenu au politique. Derrière ces débats d’idées, il y a la bataille politique proprement dite. Celle-ci est surtout axée sur des stratégies chaque fois renouvelées. Qu’elles concernent ou non le système de communication en générale, la machine de mobilisation, le ou les discours de séduction, les approches innovantes de déstabilisation, des hommes de l’ombre actionnent la manette et sortent les tours de génie. C’est donc finalement de la réflexion et de l’action méthodiques et structurées. Rien ne se fait au pifomètre et les schémas sont conçus pour changer à chaque fois. C’est tout l’art politique que ces démocraties organisées nous font vivre presque tout le temps. Il est vrai qu’on nous dira qu’on est une jeune démocratie avec ses atermoiements et ses hésitations, mais on naît pour apprendre. La politique béninoise se doit de réussir le virage.

 28 ans de politique fade

 Il est vrai qu’en Afrique francophone, les personnages politiques sont restés les mêmes depuis près de 30 ans. En Côte d’Ivoire, le nom d’Alassane Ouattara et Henri Kona Bédié passent sur les ondes de radioet à la télévision depuis plus de trois décennies. Idem pour beaucoup de pays dans lesquels les chefs changent mais les ténors politiques restent et conduisent la machine. Au Burkina Faso, au Togo malgré le décès de GnassingbéEyadema, au Cameroun, au Gabon et ailleurs, c’est le même schéma. Le Bénin ne déroge pas à la tradition. Nicéphore Soglo, Albert Tévoédjrè, Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, c’est 28 bonnes années de vie politique intense. Même si le Bénin a la particularité de réussir ses alternances sans heurts, il est constant depuis 1990 que ce sont les partis de ces hommes qui font et défont les systèmes. Ils sont à l’origine des choix des présidents et de leur déchéance. Et donc, on conçoit qu’en grande majorité, les méthodes, les systèmes sont restées les mêmes. Depuis 1990, les partis politiques procèdent généralement par alliance soit pour soutenir ou combattre un régime. Le schéma est simple. Au départ, le Chef de l’Etat au pouvoir est porté par des partis ou alliances de partis. Au début de son règne, des malentendus surviennent (généralement sur la gestion du pouvoir d’Etat) et puis un à un,  ils se désolidarisent. L’allié d’hier devient l’ennemi farouche d’aujourd’hui. A mesure que le Chef refuse de faire des concessions (toujours par rapport à la gestion du pouvoir d’Etat), le groupe des déçus s’agrandit. Ceux-ci commencent par se voir pour identifier celui qui pourra défendre leurs intérêts pendant les prochaines joutes électorales. Les conclaves commencent, les conciliabules s’enchaînent, les alliances contre-natures se font, toujours dans l’idée de se repositionner. Le prochain candidat joue au saint et se rend disponible pour satisfaire les désirs pressants de ces déçus dont la liste s’allonge quand l’espoir commence par s’éteindre de l’autre côté. Pour donner un peu du piment à l’élan dissident, ces groupes se constituent en coalition avec toujours l’appui de ces grandes figures politiques. Depuis la seconde mandature du Président Mathieu Kérékou, l’expérience a montré que ces alliances ne prospèrent généralement qu’en fin du second mandat du Président en exercice. En 2001, Mathieu Kérékou n’a pas pu être déboulonné en dépit de la forte coalition conduite par Nicéphore Soglo. En 2011 Yayi Boni n’a pas pu être ébranlé par le grand regroupement politique composé de l’Union fait la Nation (Houngbédji, Soglo Amoussou, Fagbohou,) et d’autres partis satellites. On comprend donc finalement que du point de vue de la stratégie politique, les méthodes sont vielles. On parlera de sclérose. Rien de fondamentalement nouveau à se mettre sous la dent. On pensait voir du nouveau, mais Djeffa confirme l’immobilisme.

 Djeffa, tonne la ritournelle

 Le schéma décrit en haut est en passe de se rééditer malheureusement. La coalition des déçus du régime Talon s’est constituée pour dans le fond le même exercice. Combattre à tout prix le régime actuel et œuvrer à renverser la tendance d’abord aux législatives et ensuite aux présidentielles. Le dessein est beau mais est-ce qu’ils pourront réussir depuis 1996, le pari de renverser après un premier quinquennat le Président en exercice qui aspire à un second mandat ? On attend de voir, mais il est toujours un regret de sentir dans les stratégies de la routine. Pas du piquant dans tout ce qui se fait. En attendant les prochains développements de la méthode politique que compte adopter la coalition naissante, on peut peut-être se donner bonne conscience et attendre les munitions du camp politique du régime en place. Certainement que se prépare du lourd en terme de stratégie. Ce sera tout bénef pour la démocratie béninoise qui se doit désormais de s’enrichir et d’innover.

 Le jeu de la personnalité

 Depuis 1996, ces alliances ont généralement des chances de prospérer en raison de la personnalité des acteurs qui les composent. En réalité, la sociologie béninoise et même africaine est fondamentalement axée sur la personnification. Généralement, les peuples africains votent les personnes et non toujours les projets. Tout cela s’enrichit par les considérations socioculturelles. Du coup, l’homme politique célèbre habitué à son environnement n’a pas besoin de littérature pour se faire accepter facilement. Tout cela se renforce maintenant par la carrure d’homme d’Etat.  Cela fait que les alliances généralement arrivent facilement à gagner du terrain parce que justement les peuples portent toujours en estime leurs fils cadre ou chef d’Etat. Il vote parce que c’est le fils du terroir. « C’est l’un des nôtres », comme on le dit habituellement. Il ne s’intéresse nullement à ce qu’il la propose, car ce n’est pas le plus important, en tout cas, pas pour le moment. Tout cela se conforte par le nerf de la guerre qui renforce le crédit et facilite la sympathie. Tous ces éléments entreront en ligne de compte.

 AT