Spread the love
Servais-Padonou
Servais Padonou valorise l’artisanat

Les jeunes désertent les ateliers de formations professionnelles. Ceci se constate aisément quand on voit le nombre sans cesse croissant des conducteurs de taxi-moto dans la ville de Cotonou. On est tenté de se demander si les métiers du secteur artisanal ont de l’avenir. L’équipe de rédaction s’est rapprochée de Padonou Codjo Servais, Secrétaire général de la Confédération nationale des artisans du Bénin. Président de la Fédération nationale des boulangers pâtissier du Bénin, il nous parle du secteur de l’artisanat.

Le Matinal : Vous êtes le secrétaire de la Confédération nationale des artisans du Bénin (Cnab). Dites-nous à ce titre, ce qu’on doit comprendre par artisanat ?

 Padonou Codjo : En me référant au règlement n°01/2014Cm/Uemoa portant code communautaire de l’artisanat de l’Uemoa en son article 1, je dois dire qu’est considérée comme activité artisanale ; toute activité d’extraction, de production ou de transformation de biens et ou de prestations de services à l’exclusion de toute activité agricole, de pêche, de transport, d’achat et de revente ou spécifiquement intellectuelle exercée à titre principal par une personne physique dont la maîtrise technique et le savoir-faire requiert un apprentissage ou une formation assortie d’une pratique du métier dont le travail et l’habileté manuelle occupent une place prépondérante ; ou le mode de production peut inclure des machines et outillages actionnée directement par l’artisan ou sans déboucher sur une production en série. Toutefois, les petites activités de transports opérées par un engin à deux ou quatre roues, par pirogue ou à traction animale ou humaine sont considérées comme des activités artisanales.

 Le constat actuel est que la majorité des jeunes déscolarisés ne veulent plus aller en apprentissage. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cet état de choses?

 En la matière, voici ce que le code dit de l’apprentissage dans son article 10 : « L’apprenti artisan est une personne âgée d’au moins 15 ans sans qualification préalable placée auprès d’un maître-artisan sur sa propre initiative ou celle d’un de ses parents ou celle de son tuteur dans le cadre d’un contrat d’apprentissage écrit ou verbal pour se former au métier d’artisan. Au sens du présent code, est assimilé à un apprenti-artisan tout élève ou tout apprenant en cours de formation technique et professionnelle dans un établissement ou un centre de formation agréé dans un domaine de l’artisanat figurant au registre des métiers ». Ce code valorise les artisans et donne aujourd’hui la possibilité à tout le monde, même les intellectuels, d’apprendre un métier. Lorsque vous lisez les autres articles du code, il y a plusieurs diplômes que le code a prévus. Il y a l’Attestation de qualification professionnelle (Aqp) qui est réservée aux élèves ou étudiants, même s’ils ont tous les diplômes, qui désirent avoir de qualification dans un métier donné. Le code lui permet de s’inscrire, une fois que le métier est reconnu comme tel dans notre nomenclature. C’est-à-dire qu’il peut devenir boulanger, même s’il a le Bac+2. Il peut même devenir menuisier. Le code stipule même qu’il peut aller dans les lycées privés comme publics.

D’aucuns pensent que les patrons sont trop rigoureux avec leurs apprentis. Vous le pensez aussi ?

 Oui et non ! Oui, parce que hier la chose pouvait se dire, parce que ce n’était pas organisée. Avant, il n’y avait pas de théorie. Vous deviez rester debout pendant des heures et on ne vous donne même pas à manger. C’est quand on se rappelle de vous qu’on vous tend un peu de farine à délayer. Ce temps est révolu. On disait que cela faisait partie des conditions à remplir pour bénéficier de la grâce du patron. Ce n’est pas vrai ! C’est normalement une formation. Mais aujourd’hui, c’est non parce que l’Etat a régulé le déroulement de la formation. Tout est réglementé et les diplômes sont connus. La durée d’apprentissage est clairement définie. Plus rien n’est fait au pifomètre.

 Ces jeunes déscolarisés pensent que le secteur de l’artisanat n’est pas porteur d’avenir. Est-ce vrai ?

 Ce n’est pas vrai ! Ce concept est révolu. Je suis boulanger, j’ai une unité de production. La preuve, je vous parle le français et je suis en costume. Jusqu’à l’heure où je vous parle, je continue de travailler moi-même. Alors, que veut le peuple ? Peut-être que ce qui manque aujourd’hui, c’est d’arriver à communiquer, à sensibiliser, à dire, à informer la nation pour que les parents puissent comprendre aujourd’hui qu’envoyer son enfant en apprentissage ne veut pas dire que ce dernier est un raté. C’est désormais une option de formation que de choisir d’aller en apprentissage.

 Mais avec le désintérêt de ces jeunes aujourd’hui, ne pensez-vous pas que ces métiers courent à leur perte ?

 Aujourd’hui, c’est réservé. Vous l’avez entendu, je l’ai lu. Ce n’est plus parce que tu es cancre, tu ne réussis pas à l’école que tu dois aller apprendre un métier. Ce n’est plus cela. Donc, lorsque tout ce que nous entendons aujourd’hui, à travers ce code sera mis en œuvre, je crois que ce problème de déficit d’apprentis dans les ateliers et où tout le monde veut aller au ‘’zem’’ va disparaître.

 Que fait la confédération aujourd’hui pour valoriser le secteur de l’artisanat afin de permettre aux jeunes de s’intéresser à la chose ?

 La confédération a pour objet de faire la promotion et la valorisation des professions d’artisans, ainsi que la défense des intérêts matériels et moraux des artisans au Bénin. A ce titre, la confédération concourt par tous les moyens au développement du mouvement associatif dans le secteur de l’artisanat en vue d’un meilleur encadrement et d’une protection efficace de l’artisan et de ses inventions.

 Propos recueillis par Albéric Montcho et Bruno Agassou