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 ortb Cotonou, le 12 décembre 2014

A

 Monsieur le Directeur général de l’Office de radiodiffusion et de télévision du Bénin (Ortb)

Objet : Lettre ouverte-Protestation contre le traitement de l’information relative à la marche du 11/12/14 de la plate-forme des forces démocratiques à la télévision nationale.

 Monsieur le Directeur général,

Nous, collectif des journalistes et assimilés de l’Ortb venons vous faire part de ce qui suit:

Nous avons constaté avec amertume et consternation la diffusion à la télévision nationale du reportage d’Henri Zinwota de ce 11 décembre 2014 sur la marche de la plate-forme des forces démocratiques. Comme vous le constaterez en le visionnant, ledit reportage ne respecte aucune des normes professionnelles que notre collègue est censé connaître du haut de son expérience pluriannuelle dans la pratique du journalisme.

Un principe sacro-saint du journalisme dit que «les faits sont sacrés et le commentaire libre». Monsieur Zinwota, en méconnaissance flagrante de cette notion élémentaire, a délibérément mélangé les deux, servant à nos téléspectateurs, un reportage volontairement orienté. De plus, les faits rapportés s’écartent délibérément de la réalité constatée sur le terrain.

En effet, il est à signaler que le service de l’information de la télévision nationale n’était pas la seule rédaction de l’Ortb sur le terrain. Le service de l’information de Radio Bénin, celui de la Radio Rurale, ainsi que la rédaction web de l’Ortb étaient également de la partie. Aucun des journalistes de ces différentes rédactions n’ont fait les constats que rapporte la télévision nationale et qu’il nous plaît de souligner ici :

  • le reportage commence avec une vue aérienne de la Place de l’Etoile Rouge quasi vide – rapportée d’on ne sait où – qui vise à accréditer un commentaire que d’autres images, à l’intérieur du même élément, viennent démentir;
  • le commentaire qui accompagne l’image est le suivant: «On a prédit une déferlante, une mobilisation qu’aucune place ne saurait contenir. Pourtant, la Place de l’Etoile Rouge a avalé d’un trait les mobilisés de la plate-forme de l’opposition. De toute évidence, Cotonou n’a pas suivi l’appel à manifester. Si les têtes d’affiche de la plate-forme peuvent savourer la fierté d’avoir pu se réunir tous, ils déglutirent l’amère saveur de la déception. Celle de n’avoir pas pu obtenir ce qu’on qualifierait de marée humaine».

Vous pourrez, Monsieur le Directeur général, en visionnant (peut-être à nouveau) le reportage concerné, noter d’autres commentaires dont l’unique objectif semble être de jeter le discrédit sur l’évènement rapporté et sur les acteurs qui y ont pris part, en même temps que d’épouser le point de vue de la partie adverse. Ce qui à l’évidence, n’entre pas dans le rôle qui devrait être celui d’un professionnel de l’information. Vous pourrez ainsi retenir le commentaire que voici :

  • «… et pour se consoler, ils se sont investis dans des dénonciations faisant porter au pouvoir la responsabilité de tout ce qui ne va pas, notamment le retard dans l’organisation des élections, omettant délibérément que c’est le Parlement qui, par consensus, a mis sur pied le Cos-Lépi, et c’est le même Parlement qui… a pris une loi dérogatoire…reportant sine die les élections. Comme ils s’estiment immaculés, ils ont chargé et surchargé le Président Boni Yayi, à leurs yeux le seul porteur des Péchés d’Israël».

Curieusement, le reporter de la Télévision Nationale est le seul à avoir un traitement aussi tendancieux de l’évènement. C’est à croire qu’il n’est pas allé couvrir le même sujet que les autres équipes de l’Ortb ainsi que le démontrent les éléments que nous joignons à cette lettre à savoir:

  • les reportages de Henri N’Dah-Sékou dans les journaux de 13 heures et de 19 heures du jeudi 11 décembre 2014 de la Radio nationale;
  • le reportage en direct de l’équipe de la rédaction web de l’Office que les internautes et vous-même pouvez encore consulter sur le site de l’Ortb, à l’adresse: http:google/ewWSZP.

Notre confrère tenait-il à remplir une mission et pour ce faire devait-il faire fi des normes professionnelles ? Nous nous abstiendrons de tirer des conséquences.

Cependant nous ne pouvons faire autrement que de protester énergiquement, contre cette manière volontairement cavalière de jeter le discrédit sur une maison qui a déjà très mauvaise réputation dans l’opinion publique.

Au-delà de l’opprobre qu’il jette sur l’Ortb, le comportement de Monsieur Zinwota expose l’ensemble des journalistes et autre personnel de l’Ortb à d’importants risques. En effet, le public ne fait pas de différence entre l’auteur responsable du traitement d’une information et ses collègues. Il attribue le mérite ou le tort à l’ensemble du personnel appartenant à l’institution. De ce fait, depuis la diffusion de l’élément en question, plusieurs travailleurs de l’Ortb ont subi des agressions verbales dans les rues de Cotonou. Nous sommes donc forcés de retenir que de tels agissements viennent faire planer un risque permanent sur les journalistes de l’Ortb sans distinction de ceux qui font leur travail en toute honnêteté et sans aucune compromission, en soulignant que les journalistes de l’Ortb ne bénéficient d’aucune forme de protection pour eux-mêmes et leurs familles.

Par ailleurs, ces agissements mettent nettement à mal la confraternité. Car depuis la diffusion de l’élément à la télévision, le malaise est palpable au sein des rédactions de l’Ortb qui sont partagées entre la solidarité dont devrait bénéficier un collègue, et le respect des exigences professionnelles.

D’un autre côté, la succession de tels dérapages professionnels ne met pas l’Ortb à l’abri d’une invasion comme ce fut le cas récemment à la Rtb au Burkina Faso. Le public a accumulé trop de ressentiments contre l’Ortb, et le fait d’avoir disposé des forces de l’ordre aux abords de l’Ortb pendant les manifestations du 11 décembre 2014 est illustratif de notre propre méfiance et de notre sentiment d’insécurité.

Monsieur le Directeur général, nous voulons espérer que notre appel désespéré ne tombera pas dans des oreilles de sourd. Quoiqu’il en soit, nous avons choisi le procédé de la lettre ouverte pour nous démarquer, aux yeux de tous, des pratiques délibérément contraires à la profession dont nous refusons désormais d’assumer la responsabilité.

Notre démarche ne part d’aucun ressentiment personnel. Elle se veut néanmoins un rappel aux normes et valeurs qui devraient gouverner la manière d’exercer notre profession, en particulier au sein d’un organe du service public tel que l’Ortb qui se veut un organe de référence.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, l’expression de nos sentiments professionnellement respectueux.

Ampliations

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Odem

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