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Comme cette femme, celles des collines risquent leur vie pour survivrent

Le concassage de granite n’est plus  une exclusivité des entreprises spécialisées. Les habitants du département des Collines, à l’aide de leurs outils rudimentaires,  s’adonnent aussi à cette activité  pour joindre les deux bouts. 

 Situé à environ 95 km de la sortie nord  de la Commune de Dassa-Zoumè,  Itagui est l’un des villages qui abritent l’usine artisanale  de concassage de granite. En premier lieu, ce sont les tas de granites disposés pêle-mêle qui vous accueillent et  vous souhaitent  la bienvenue.  « Ici, nous concassons des blocs de granites », précise  Paul Ahissin, le corps dégoulinant  de sueur. A quelques mètres du point de chute de notre équipe de reportage,  l’on découvre  une  entreprise artisanale de concassage de granite. Victor Adiko est le coordonnateur des activités. La quarantaine environ, il a déjà totalisé une dizaine d’années d’expériences dans ce secteur. Il supervise les ouvriers depuis les collines jusqu’à la vente des cristaux. Mais pour obtenir ce produit fini, il faut s’armer de courage, de la patience et d’abnégation. Le concassage du granite  suit un long processus qui  s’effectue en deux étapes. La première, la plus importante, est consacrée à la préparation des blocs de granite. A ce niveau, note  Paul Ahissin, on met  le feu sur la grosse pierre à la source avec des fagots afin de la rendre fragile et  facile à concasser.  « Ce préalable est nécessaire », souligne-t-il. En fait, poursuit-il,  c’est une méthode qui facilite aux tâcherons le morcellement du minerai. La deuxième étape est réservée à la cristallisation du granite. A ce niveau, le travail devient encore plus délicat. Les enfants et les femmes s’occupent de la fragmentation des morceaux de granite. A l’aide de leurs outils rudimentaires, ils morcellent les granites qu’ils taillent soigneusement sur mesure pour en faire des pierres ornementales utilisées dans la construction des maisons. Suite aux assauts répétés du marteau sur les morceaux de granite,  on obtient au bout du rouleau, des cristaux de C5,  C10, C15 et C20. Ce produit brut est commercialisé surplace à des clients nationaux venus des communes environnantes et même aux étrangers.
 Instabilité des prix  
 Au bord de l’axe routier  Dassa-Parakou  s’anime,  sous  des arbres,  le  marché de la vente des cristaux de granite. Sur ce lieu de transaction, le baril est la principale mesure utilisée. Son prix varie en fonction de la saison. Selon les confidences  du coordonnateur  des travaux, l’activité est plus rentable en saison pluvieuse puisque les artisans deviennent moins nombreux dans le secteur en raison des travaux champêtres. Pendant cette période, le C5 est vendu à 3000 fcfa le baril, le C10 à 2000 FCFA, les C15 et le C20 sont livrés à 1800 FCFA. Alors que pour les mêmes  produits et la même qualité, ces prix chutent jusqu’à 1000 FCFA en saison sèche. C’est la période au cours de laquelle tout le monde embrasse  pratiquement cette filière. Dans l’un ou l’autre des cas, les recettes hebdomadaires sont maigres à cause de l’exiguïté du marché d’écoulement, de l’absence des clients potentiels et de la capacité de production encore embryonnaire. Elle est d’environ 5 tonneaux par semaine. « A peine on encaisse 10.000 FCfa au bout d’une semaine alors qu’il fallait mieux pour pouvoir assurer les charges», confie-t-il.
 Des vies en danger pour de l’argent 
 Aussi bien à Bantè qu’à Savè sans oublier Dassa, le concassage du granite expose quotidiennement ceux qui s’y adonnent au danger, puisqu’ils ne disposent guère d’instruments adaptés à ce type de travail. Ainsi, dans l’exercice de cette activité qui nécessite assez d’énergie physique, les cristaux de granite qui s’échappent blessent les ouvriers et laissent parfois sur leur peau des séquelles. Lors d’une fausse manipulation du matériel de travail, ils reçoivent le coup sur les doigts qui se brisent. Les yeux ne sont pas épargnés non plus. Il faudrait également signaler qu’au cours de la préparation de la matière première avec le feu, le granite explose et éclabousse tous ceux qui se trouvent dans les environs. C’est d’ailleurs pour  cette raison que l’accès au site est interdit aux enfants. Vu les risques qu’ils encourent, les adultes qui s’occupent de cette préparation se mettent en retrait et surveillent  le feu. « Nous sommes conscients de tous ces risques liés à notre activité, mais nous n’avons pas le choix… » fait observer  Modeste Datché, rencontré à Itagui. Il en a fait sa principale activité au détriment de l’agriculture. « Moi, je me suis adonné à cette activité parce que la terre devient de moins en moins généreuse…», confie-t-il.
 
Zéphirin Toasségnitché