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Photo-de-familleLe 28 février  1990 restera une date inoubliable pour le peuple béninois. C’était la fin de l’historique  Conférence nationale qui a ouvert  la voie  de la démocratie au peuple béninois. Que de chemin parcouru sans que les maux de nos errances stigmatisés lors de ces assises nationales  ne soient guéris.  Le sens du sacrifice et du patriotisme, éléments essentiels qui ont prévalu  il y a 28 ans lors des  assises, font défaut au  Bénin.

Du 19 au 28 février 1990, le Bénin a réussi en dix jours à changer le cours de son histoire en quittant sans anicroche, sans effusion  de sang, un régime autocratique à un régime démocratique.  C’était une première en Afrique.  Traverser  avec succès  un virage très dangereux, alors que les occasions du pire se sont présentées n’était pas gagné d’avance. Tout pouvait basculer  d’un instant à l’autre. Mais portés par l’amour de la patrie, les délégués ont su éviter au pays ce que le monde entier redoutait  d’un Etat qu’on qualifiait  d’enfant malade de l’Afrique en raison des coups d’Etat à répétition. C’était dix jours inoubliables au cours desquels les  sillons  d’une nouvelle République s’élaboraient. A l’intérieur comme à l’extérieur  du pays, les débats de haut vol laissaient sur les visages un sentiment d’angoisse et de peur. L’Assemblée elle-même  portait ses doutes, ses inquiétudes mais aussi ses certitudes. Mais finalement ses doutes et craintes ont été dissipés lorsque les délégués ont voté pour une Conférence souveraine. Le choix porté sur  Mgr Isidore de Souza pour présider cette conférence a sans doute permis  la réussite d’une telle gageure. De même, des hommes et des femmes opposés par des intérêts et par l’idéologie politique,  qui ne se connaissaient pas et qui ne s’adressaient pas la parole, ont dominé leurs diversités et antagonismes pour fédérer leurs forces et s’entendre sur de l’essentiel au nom de l’intérêt général.  Le sens du dialogue a donc emporté sur la division et l’égo. Le sens du sacrifice a pris le pas sur l’entêtement et le recours aux armes ; ceci grâce à tous et surtout au feu Général Mathieu Kérékou. Le rôle joué par tous, en l’occurrence l’Eglise, l’Armée, les syndicats, les organisations de jeunes et de femmes,  les intellectuels, la diaspora, les groupes religieux et sociaux a révélé le sens du patriotisme qui sommeillait en chacun. C’est dire que l’avènement de la démocratie a été une conquête de hautes luttes menées avec sacrifice par les forces de la Nation.

 Où est le sens du patriotisme ? 

 Aujourd’hui, c’est un fait. Le Bénin subit de plein fouet une situation qui met à mal sa tranquillité légendaire et  ses atouts. S’il est vrai qu’en matière de culture démocratique, les valeurs qui sont les siennes ne s’altèrent pas, s’il est aussi vrai qu’on ne fait plus le lit au régionalisme, à la confiscation des libertés démocratiques et à l’arbitraire, s’il est également vrai que la lutte contre  la corruption est une réalité, il est plus qu’une vérité que le pays est malade du manque du patriotisme et de sacrifice. Les syndicats sont en mouvement et presque tous les secteurs sont touchés. La justice, la santé, l’éducation… On  parle du retour des grèves générales. Les gens allaient en grève pour réclamer leurs salaires, soit pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail tout en se souciant qu’on ne doit pas abandonner son poste durant les cinq jours de travail dans la semaine. Aujourd’hui, les mouvements de débrayage sont observés presque toute la semaine pour des motifs certes justifiés, mais qui expriment parfois un manque de patriotisme et de sacrifice. Le gouvernement et les partenaires sociaux s’accusent mutuellement. Le premier estime que les syndicats en font trop, mais ces derniers brandissent qu’ils sont dans la légitimité et renvoient les accusations dans l’autre camp, qu’ils trouvent provocateur.  Pendant que  ces désaccords s’installent et que les accusations proviennent des deux camps, le peuple accumule ses souffrances. C’est le moment de se demander  où se trouve ce qui fait du Bénin, une école. Cette force du pays à trouver  dans ses ressources, le patriotisme national, au-delà des désaccords n’est que le seul gage  d’avenir. C’est maintenant que doit commencer la période de grands sacrifices, d’amour de la patrie et d’un véritable nationalisme.

 Fidèle Nanga