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BAKO-AZIZOU
Un duel dans l’ombre entre Idrissou Bako (à droite) et Issa Azizou

Depuis 2006, la Sonapra n’est que sur papier, une société d’Etat sous-tutelle du Ministère de l’Agriculture. Station de mal-gouvernance, de corruption et de pompage de bakchichs sonnants et trébuchants, Yayi Boni a fini par faire des directeurs généraux de cette entreprise publique, des secrétaires d’Etat directement rattachés à la Présidence de la République. Cette situation a atteint son paroxysme depuis la fin des dernières élections législatives qui, tout en consacrant l’entrée de Idrissou Bako à l’Assemblée nationale, a inauguré un combat à mort entre ce dernier et son suppléant sur la liste Fcbe Issa Azizou, Ministre de la République, avec en toile de fond près d’une centaine d’actes administratifs pris par le Dg sortant, postérieurement à son élection comme député.

Un confrère d’une télévision privée avait fini de guerre lasse, par conclure que tout était clair dans le désordre de la Sonapra. Malgré toutes ses contre-performances successives, ses scandaleuses pertes de produits par avaries et vols, ses attributions de marchés léonins de fourniture d’intrants de plusieurs centaines de milliards de francs Cfa depuis les trois campagnes gérées par Idrissou Bako, ce dernier a toujours répondu à toutes les critiques par des réclamations de félicitations, comme si jamais avant lui, la Sonapra n’avait profitablement gouverné la filière coton. Sous les ministres Sabaï Katé, Fatouma Amadou Djibril et Issa Azizou, l’imposture managériale est restée du même degré d’arrogance, le Dg Bako semblant avoir été investi par le président de la République, du pouvoir de gérer la société en raison d’Etat, sans s’en référer à sa hiérarchie directe.

 Inondation de décisions administratives

 Postérieurement à son élection en qualité de député, Idrissou Bako a pris près de cent décisions portant recrutements, titularisations d’agents, nomination de directeurs et cadres à divers postes alors que son successeur non encore désigné, devrait pouvoir hériter d’une administration rôdée, prête à lui faciliter la compréhension des dossiers importants en instance. Mais non, l’Honorable-Dg ne l’entend pas de cette oreille. Il veut avoir une marionnette comme successeur, mais mieux, en gardant à la Poutine, toutes les ficelles en mains. Pour cela, il semble avoir la bénédiction du chef de l’Etat qui lui aurait demandé de lui faire trois propositions de remplaçants. Prérogative en principe réservée au ministre de l’agriculture. Mais ce dernier sachant qu’il serait le seul à répondre demain en Conseil des ministres de la gestion des grands dossiers de ce secteur, s’oppose au fait qu’en plus de ne pouvoir véritablement faire nommer un Dg « sur proposition du ministre de l’agriculture », Idrissou Bako a complètement bouleversé l’environnement administratif de la Sonapra. Les archives administratives rappellent qu’en 2005, l’ex-ministre de l’agriculture Fatiou Akplogan avait fait annuler toutes les décisions administratives prises par l’ex-Dg Antoine Dayori, dans la foulée de la nomination de celui-ci au sein du dernier gouvernement Kérékou, en qualité de ministre de la culture. Or concernant Idrissou Bako, il est au contraire appelé à siéger dans une institution chargée du contrôle de l’action gouvernementale. Aussi, le ministre Azizou a-t-il en réaction à cette kyrielle d’actes administratifs, sommé le Dg Bako, à travers trois courriers officiels, de surseoir à toutes les passations et prises de service qui en découlent.

Après avoir drainé plus de 54.000 suffrages à l’élection de son collaborateur, le ministre Azizou a reçu de celui-ci le 11 mai 2015, en première récompense, un uppercut direct au visage, une humiliation dixit Marcel de Souza, à savoir la nomination sans son approbation de quatre nouveaux directeurs : celui de l’administration et des ressources humaines ; celui du contrôle des marchés publics ; celui de la promotion des filières agricoles et un dernier directeur, chargé de mission « au suivi rapproché des activités d’égrenage de coton et à la dynamisation du système d’information au niveau des usines d’égrenage ». Tout un programme. A un moment où l’audit des conditions d’égrenage du coton, notamment dans les pays voisins devrait être commandité avant le départ de Yayi Boni.

Si de telles nominations s’avéraient indispensables à la vie et la survie de la Sonapra, pourquoi ne pas en avoir laissé la responsabilité à son successeur non encore désigné, sous l’autorité du ministre de l’agriculture ? Bako est conscient du fait qu’aucun nouveau Dg, fût-il son frère utérin, n’accepterait de se faire dicter des ordres durant les 9 prochains mois qui nous séparent d’avril 2016, par son prédécesseur qui a géré la société pendant plus de 36 mois !

 Pourquoi tout ce remue-ménage pour 9 mois ?

 C’est pourquoi, en plus de ces nominations au sommet, l’Honorable-Dg a procédé à de massifs promotions et recrutements en Cdd et Cdi à des positions opérationnelles et à tous les niveaux, qui rendraient leurs bénéficiaires plus redevables à son endroit qu’à celui d’un Dg « new-comer ». Et tout ceci, avec le silence complice et coupable des syndicats, pourtant souvent prompts à s’inquiéter des charges de fonctionnement qui risquent d’hypothéquer durablement la performance de la Sonapra et leurs emplois salariés.

Toute l’opinion publique béninoise est convaincue, depuis l’éclatement de l’affaire du détournement des 4 millions d’euros du projet eau et assainissement financé par les Pays-Bas, ajouté au discours menaçant de la doyenne d’âge Rosine Soglo le 16 mai 2015 et à l’annonce d’un audit généralisé de toutes les structures d’Etat faite par le gouvernement, qu’aucun refuge ne serait durable pour les fossoyeurs de l’économie nationale. Pour le volcan en ébullition que constitue la Sonapra, son désormais ex-Dg, sauf renonciation de Bako à son siège de député, est conscient que plusieurs épées de Damoclès planent sur sa tête. Aucun successeur ne prendrait le risque de porter toute cette fiente sur son dos, pour finalement être accusé d’en être le responsable pendant qu’un fouteur-de-merde se la coulerait en douce immunité à l’hémicycle.Mais de toutes les façons, le ministre Azizou en répondra davantage puisqu’il aurait géré la dernière campagne avec Bako. Sa ferme volonté de contrôler la Sonapra est légitime car le moment venu, face aux grands déballages, il se verrait goujatement contraint à une honteuse démission comme Barthélémy Kassa, pourtant chouchou attitré et tambourineur de Boni Yayi.

C’est pourquoi la guerre entre le Maep et son titulaire législatif Bako se poursuivra jusqu’à ce que le chef de l’Etat décide par lui-même des conditions de garde sécurisée de ses dossiers d’Etat en ébullition à la Sonapra. La fin du Dg Bako coïncide certes avec la fin de la campagne 2014-2015, mais il semble que certains engagements qu’il a déjà pris pour la prochaine campagne 2015-2016, la dernière du quinquennat, celle qui devra renflouer les caisses de la campagne présidentielle de la mouvance Fcbe, devront être « financièrement suivis ». 10 ans de pagaille, ça suffit ! Et 9 mois, c’est très bientôt. Le nettoyage aura lieu, qu’il commence aujourd’hui ou demain, que les pourris et ripoux le veuillent ou non.

 Abdourhamane Touré