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L’aéroport de Tourou est un projet mal ficelé

La descente du ministre des Infrastructures et des transports Hervé Hèhomey, sur le chantier de construction de l’aéroport de Tourou a permis de se rendre compte qu’à Parakou, des dizaines de milliards de FCfa sont déjà engloutis dans un projet mal monté. Devant les sages, notables et populations de Tourou, le vendredi 19 août 2016, les techniciens ont démontré au ministre et sa suite que ce qui se passe sur le chantier constitue un danger. 

A la descente du ministre Hervé Hèhomey le vendredi dernier sur le site de construction de cet aéroport, tout était encore en chantier. En tout cas, des engins travaillaient encore sur la piste et des ouvriers déambulaient. Les quelques équipements acquis demeurent dans leurs emballages et sont entreposés dans les locaux. Des montagnes de sable sont encore, de part et d’autre, sur la piste. Pas de clôture à part des arbres et de géantes herbes qui servaient apparemment de palissades. C’est dire donc que les animaux de la brousse ont la possibilité de venir se balader sur la piste à tout moment. Devant un constat aussi désolant, le ministre des Infrastructures et des transports n’a pas pu se contenir, face aux interpellations des sages et notables de Tchaourou : « L’aéroport de Tourou a été lancé sans aucune étude de faisabilité. Quand une partie des travaux est achevée, les experts de l’aviation civile sont venus remarquer qu’il y a plusieurs points de non-conformité. Et dans ce cas, aucune compagnie ne peut venir ici…. Un aéroport obéit à des normes internationales. C’est pour cela que nous n’avions pas pu organiser le départ des pèlerins pour Djeddah depuis ici cette année…. Un comité est déjà mis en place pour lever tous les points de non-conformité… ». Rachidi Gbadamassi, député de la 8ème circonscription électorale, présent sur les lieux, a renchéri les propos du ministre des Transpots : « Nous avons compris, à travers votre déclaration, que vous êtes en train de gérer l’improvisation, la navigation à vue et l’incompétence d’un régime en quête de popularité. Vous êtes en train de gérer l’inefficacité chronique d’un pouvoir qui ne fait pas les études avant de lancer les travaux. C’est le b.a.-ba en architecture. On n’a pas besoin d’être un agrégé pour savoir que pour construire une maison, il faut des normes. L’aéroport international, cela veut dire le respect des normes…On ne veut pas construire l’aéroport de Parakou pour qu’il y ait des crashs ».

Danger de mort : site inapproprié 

Curieux, le ministre Hèhomey a évolué dans sa visite guidée pour aller voir ce qui se passait derrière les montagnes de sable qui cachaient des travaux en cours sur le même site. Surprise ! L’autorité se retrouve en face d’un trou qui s’étend sur 900 mètres dans lequel un pont est en cours d’achèvement. Il questionne les responsables de l’entreprise qui répondent qu’en réalité, les niveaux de sol ne sont pas les mêmes. Les travaux en cours, expliquent-ils, concernent le prolongement de la piste d’atterrissage. Le domaine sur lequel cette piste devra être construite est sur une pente. Il faudra donc un remblai de sable pour atteindre le même niveau que la piste principale. « Qui vous a dit qu’on construit une piste d’atterrissage sur du remblai ? », a interrogé le ministre Les représentants de l’entreprise expliquent que le site qu’on leur a montré présente une forme qui nécessite un remblai d’un millions 900 mille m3 pour atteindre le niveau de la piste principale. Pire, il y a un cours d’eau sur le domaine et il a fallu la construction d’un ouvrage pour éviter des dégâts de l’eau, après, selon les responsables de l’entreprise en charge des travaux. Dépassé, Hervé Hèhomey indique : « Quand on parle d’aéroport international, il y a un minimum de règles à respecter. L’aéroport de Tourou n’est enregistré nulle part. Personne ne connaît cet aéroport. Avec quel argent va-t-on acheter près de deux millions de m3 de sable ? Avant de lancer les travaux, le site n’a pas fait objet d’étude ?»

Selon les explications des responsables de l’Anac, les travaux se sont déroulés sans l’aval des techniciens. « C’est seulement en 2015 que l’Anac a été contactée et nous avons fait des observations. Une étude en cours depuis quelques mois pour voir ce qui est possible », a dit le Dg/Anac qui, visiblement déçu, a fait observer que malgré cela, les travaux sont en cours. Il a été également signalé à l’autorité que plus de 60 milliards de Fcfa ont été déjà débloqués dans le cadre de la construction de cet aéroport. Sur le terrain, aucune possibilité n’a été envisagée pour corriger les dysfonctionnements remarqués. La délégation ministérielle n’a pu rien décider face au trou dans lequel la piste d’atterrissage est en cours de construction. Le remblai seul va coûter des milliards de Fcfa, et c’est un risque de réaliser une piste sur du remblai, selon un technicien, membre de la délégation.

En plus de ces dysfonctionnements, il y a aussi le non-respect des conditions climatiques. Cotonou et Parakou n’ont pas le même niveau de hauteur par rapport à la mer. Et les techniciens ont estimé que les matériels à utiliser et leur installation devrait se passer autrement.

Nécessité de suspendre les travaux

A cette allure, cet aéroport, si rien n’est fait, risque de ne pas être utile. Car, les compagnies sérieuses n’accepteront pas l’utiliser. Faut-il laisser poursuivre les travaux malgré les remarques sérieuses et l’étude en cours ou bien il faut les suspendre, en attendant ? Le ministre n’a pris aucune décision sur-place. Il a promis réunir les cadres pour en débattre et rendre compte au Gouvernement pour des mesures à prendre. Mais visiblement, il n’y a rien à faire d’autre que de suspendre les travaux d’abord, faire un audit de suivi et vérifier également l’utilisation des ressources financières allouées à l’entreprise afin de savoir exactement combien ont été déjà engloutis pour quels résultats et combien il faudra sortir encore pour avoir un ouvrage de qualité, utile. L’autre raison qui justifiera la suspension des travaux est le fait qu’une étude soit en cours de réalisation par les experts de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac). Pour ce qui est des équipements, il importe de procéder à un contrôle technique pour voir ceux qui sont encore utiles.

Une question est restée sans suite à la fin de la visite : quelles sont l’utilité et la rentabilité de cet aéroport en construction à Parakou ?

Avant de prendre congé des populations de Tourou, Hervé Hèhomey a lancé un message d’espoir : «Le gouvernement mettra les moyens pour le fonctionnement de l’aéroport de Tourou».

Félicien Fangnon