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boniface vignonBoniface Vignon, Ambassadeur du Bénin près la République fédérative du Brésil a fait le point des retombées de la coopération entre le Bénin et la République fédéral du Brésil. Il estime que le Bénin peut beaucoup gagner de sa relation avec le Brésil en développant son secteur touristique.

Quelle est la composition de l’équipe de la Représentation diplomatique du Bénin au Brésil ? Cette équipe vous permet-elle de déployer dans cet Etat-continent qu’est le Brésil la diplomatie de développement prônée par le Bénin ?

 – Trois diplomates et moi-même formons le moteur d’une petite équipe à laquelle il faut adjoindre l’Attaché financier et le Chef de chancellerie. L’Ambassade dispose par ailleurs d’un personnel d’appui constitué d’une Secrétaire-standardise, d’un Chargé de l’informatique et d’un Chauffeur.Comme vous l’aurez constaté vous-mêmes, nous ne sommes pas nombreux. Mais la mission est exaltante et chacun apporte le meilleur de lui-même. Nous essayons d’être performants avec les moyens de bord, en dépit du fait que le Brésil soit l’un des pays les plus vastes de la planète. Le Brésil, c’est 240 millions d’habitants. A titre de comparaison, c’est vingt fois la population du Bénin ! Le Brésil, c’est aussi 27 Etats, avec à la tête de chacun d’entre eux un Gouverneur et un Gouvernement autonomes. Toute cette architecture fonctionne en symbiose avec un exécutif fédéral, autrement dit une Présidence et un Gouvernement Fédéral, à Brasilia, la capitale.

Avec un Pib passé de 497 milliards de dollars en 2003 à plus de 1954 milliards de dollars en 2017, quelles leçons pensez-vous que le Bénin puisse tirer de l’expérience brésilienne ? Vers quels secteurs le Bénin doit-il, à votre sens, concentrer sa coopération avec le Brésil ?

 – Tous ces bons chiffres que vous citez ne sont pas tombés du ciel. Ils illustrent, si besoin était, la performance de l’économie brésilienne. Mais pour parvenir à ces bons résultats, il a fallu que les Brésiliens travaillent dur. Et il fallait bien commencer un jour. Il y a une trentaine d’années, vous en conviendrez, le Brésil n’était pas classé comme pays émergent. Mais aujourd’hui, c’est le cas. C’est uniquement par le travail qu’un pays peut espérer émerger. Mais le Brésil a également eu un visionnaire qui a tracé la voie et qui a compris très tôt  qu’il fallait investir dans la recherche, l’éducation et la formation. Aujourd’hui les résultats sont visibles. Car en dehors d’être autosuffisant sur le plan alimentaire, le pays est devenu l’un des plus gros exportateurs mondiaux de viande, de volaille, de produits agricoles (soja, sucre, etc). Le Brésil est également l’un des pays en pointe dans le high-tech et le tourisme digital. Et en matière d’assainissement des villes, il rivalise avec les leaders mondiaux. Il est classé au premier rang dans le domaine de la santé, surtout pour la chirurgieréparatrice et esthétique. Voyez-vous, il n’y a rien sans vision et sans travail. Le Brésil en estla parfaite illustration. Résultat : on se bouscule au portillon. De plus en plus d’étudiants béninois veulent venir faire leurs études supérieures au Brésil. Les universités brésiliennes leur sont ouvertes, et nous nous en félicitons. Pour un cours dispensé à 20 étudiants, l’université brésilienne qui rémunère déjà ses enseignants et met ses locaux à leur disposition, n’aura pas de charges supplémentaires en accueillant par exemple, trois étudiants béninois en plus. C’est appréciable. Et c’est ainsi que le Brésil contribue, par des bourses d’études, à la formation de nos jeunes. Mais attention ! Bourse d’études n’est pas synonyme de gratuité ! Tous les frais liés à la vie de l’étudiant (logement, restauration, transport, assurances…) sont à la charge de ses parents ou de l’Etat béninois. Cela vous surprend peut-être ! Car d’aucuns parlent de bourse brésilienne d’études attribuée aux étudiants béninois en faisant des amalgames. Mais la réalité est celle-là. La bourse brésilienne d’études donne accès aux cours. C’est un partage du savoir. Nous comprenons cette option de nos amis brésiliens. Car enfin, pourquoi ceserait avec les deniers du contribuable brésilien qu’on financerait l’hébergement, la restauration, le transport des étudiants étrangers qui, une fois formés, rentrent chez eux pour être au service de leur pays ?

Cette coopération au niveau de l’enseignement supérieur, nous sommes en train de mieux la structurer pour l’amplifier. Quant aux autres secteurs, nous tirerons un meilleur profit de la coopération avec le Brésilen mettant, d’abord, un peu d’ordre chez nous afin de rendre notre pays attractif pour les entreprises brésiliennes. Notre objectif, c’est que le Brésil et le Bénin trouvent chacun leur compte dans cette coopération. Nous y tenons. Car il n’est pas question pour nous, espérer avoir quoi que ce soit de nos partenaires brésiliens sans contrepartie. D’ailleurs, la Constitution brésilienne est assez claire. Le pays n’accorde pas de subvention et ne fait des dons à quelque Etat que ce soit. Ce précepte a le mérite de la clarté. Le Bénin a mis en place un Programme d’action du gouvernement (Pag). C’est la vision de notre pays pour les prochaines années. Il y a de quoi attirer les entreprises brésiliennes ayant une expertise avérée. Aujourd’hui, nous avons déjà bouclé un financement pour la route Kétou-Idigni- Igbodja-Savè avec une des meilleures entreprises du secteur. Et nous travaillons à faire venir au Bénin des entreprises pour l’assainissement de nos villes, pour développer la production du cajou, du soja et intensifier la pisciculture. Mais notre défi majeur reste le tourisme mémoriel. Nous voulons faire du Bénin une destination pour les Brésiliens. Nous partageons une histoire commune avec ce grand payset notre ambition est que tous les Brésiliens foulent un jour le sol béninois.

De par leur histoire commune, Béninois et Brésiliens ont un destin lié. Comment valoriser ce patrimoine culturel commun ?

– Au Brésil, nous travaillons à montrer le Bénin dans toute sa diversité par des expositions d’œuvres de nos peintres et artistes. Nous souhaitons également, avec des défilés de mode, faire connaître notre patrimoine vestimentaire, notre art culinaire. Le Brésil organise souvent des vitrines culturelles. Ce serait aussi l’occasion pour nous, de  démontrer nos danses et nos musiciens. Mais notre ambition, c’est que les Brésiliens aillent découvrir le Bénin. Cet échange Brésil-Bénin devrait commencer dès 2019. C’est ce à quoi travaille l’Agence nationale pour la promotion des patrimoines et du développement du tourisme, l’Anpt, qui aujourd’hui, concentre ses efforts sur la réhabilitation des sites traditionnels et la création de nouveaux sites. Mais il ne faut pas se voiler la face, aucun touriste ne viendra chez nous si nos infrastructures d’accueil ne sont pas aux normes, si nous ne disposons pas d’eau en quantité et en qualité, si l’électricité continue de nous faire défaut, si nos communications (internet,téléphone) ne sont pas fiables, si nos hôpitaux ne disposent pas d’un plateau médical correct et si nos routes sont peu sûres… Mais surtout nous devons former les Béninois à savoir accueillir ces touristes, comme le font avec beaucoup de réussite d’autres peuples d’Afrique.

Le ministre brésilien des relations extérieures s’est récemment rendu au Bénin. Quel a été l’impact de cette visite pour notre pays ?

 – La visite de travail au Bénin du ministre brésilien des Relations extérieures a été profitable aux deux pays. C’est la première fois depuis la visite du Président Lula en 2006, qu’une haute personnalité brésilienne, en l’occurrence le ministre des Relations extérieures, fait le voyage de Cotonou. Et selon les propres mots du ministre Aloysio Nunes Ferreira Filho, cette visite marque un « nouveau départ » dans les relations entre nos deux pays. Mais cette visite a surtout été l’occasion pour le Président de la République qui a reçu la délégation brésilienne, d’exprimer notre attachement à ce pays avec lequel nous partageons une histoire commune. Les deux ministres des Affaires Etrangères ont ensuite passé en revue tous les sujets d’intérêt commun, notamment la mise en œuvre des accords de coopération existants. Leurs échanges ont également permis d’explorer de nouvelles voies de collaboration. Ainsi, s’inscrivant dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d’actions du gouvernement, ils se sont accordés pour approfondir la coopération dans la santé, le sport, l’agriculture, les infrastructures, le cadre de vie, le développement durable, l’eau, l’énergie, les mines et letourisme. Vaste chantier comme vous le constatez ! Enfin la commission mixte Bénin-Brésil va se réunir à Brasilia au début du mois de février 2018. C’est la preuve que nos deux pays ont réellement pris un nouveau départ dans leurs relations.

Le Brésil apporte son appui au Bénin pour la mise en place d’un laboratoire et la formation d’étudiants pour lutter contre la drépanocytose. Il semble que ce programme ne fonctionne pas bien et que le Brésil envisage de l’arrêter. Qu’en est-il exactement ?

 – Ce programme a effectivement connu quelques difficultés. Et c’est le Bénin qui en porte la responsabilité. La drépanocytose est une question de santé publique. La maladie touche majoritairement les populations à peu noire. Elle se décline sous différentes formes qui peuvent aller jusqu’à la mort. Le Brésil qui a une expertise avérée dans le domaine, continue de faire des recherches pour mieux maîtriser la maladie. A Cotonou, dans notre Cnhu, sous la supervision du Pr Raïmi, un laboratoire-pilote de lutte contre cette maladie, a donc été installé.Je vous passe les détails techniques du projet, mais la partie béninoise n’a pas respecté ses engagements. En dépit de ces difficultés, je peux vous affirmer que le programme ne serapas arrêté. Depuis la visite de travail du ministre brésilien des Affaires étrangères à Cotonou, le Bénin s’est engagé à honorer scrupuleusement tous ses engagements. Le Bénin va donc libérer sa contrepartie. Mieux, dans le programme qui a un second volet, celui-là académique, une année supplémentaire de formation en biologie et en biologiemoléculaire a été octroyée aux étudiants en fin de formation au Brésil.

Propos recueillis par JPM

Nouvel épisode

Le Programme d’actions du gouvernement (Pag) étant un plan ambitieux de croissance etde développement économique du Bénin pour la période 2016-2021, la mobilisation de ressources financières et humaines nécessaires à sa mise en œuvre requiert du Ministère des affaires étrangères et de la coopération de rendre effective sa stratégie de diplomatie économique . Celle-ci vise à attirer les investisseurs étrangers, publics comme privés. L’un des outils majeurs de cette stratégie est la toile que constituent les postes diplomatiques et consulaires de la République du Bénin à l’extérieur. Le Bénin compte à ce jour vingt-neuf (29) Ambassades ou Missions permanentes et huit (08) Consulats généraux répartis sur quatre Continents : Afrique, Amériques, Asie et Europe. A leur tête un Ambassadeur ou un Consul général qui a reçu du Ministre des affaires étrangères et de la coopération, une lettre de mission lui fixant un cap et des objectifs annuels clairs. Cette série d’articles présente quelques initiatives et/ou activités de quelques-unes des représentations diplomatiques du Bénin à l’extérieur, apportant un éclairage sur la diplomatie de développement et ce qu’elle peut apporter au développement économique etsocial du pays.Ce nouvel épisode fait suite à l’épisode 1 qui a porté sur les actions de coopération menées en Norvège par l’ambassade du Bénin près la République du Danemark, à l’épisode 2 relatif à la présence mixte de la représentation diplomatique du Bénin en Suisse, opportunité pour de multiples partenariats ainsi qu’à l’épisode 3 relatif à l’initiative « Viaggio Dolce Africa » qui vise à associer le savoir-faire italien à la construction du Bénin Révélé. Episode 4: La coopération bénino-brésilienne : un modèle pour révéler le Bénin.