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CRASH1
Les épaves de l’hélicoptère

Le Dahomey devenu Bénin demeurera une terre de mystères. Ce n’est pas de l’obscurantisme, ni un refus de la civilisation ou un attachement trop fort à la tradition. Lionel Zinsou vient d’en faire les frais. Et qu’il se le tienne pour dit, une fois pour toutes.

L’incident de samedi à Djougou est tout sauf banal. Il mérite d’être interprété dans tous les sens. Car,  malgré l’évolution de la science moderne, les « dieux »  continuent toujours de parler dans nos murs. Même s’il n’a subi aucune blessure, le choc a été violent. L’hélicoptère aurait plusieurs fois tourné à 4 ou 5 mètres du sol avant de s’écraser. En plus du Premier ministre, il y avait six autres personnes à bord : le commandant et son copilote, deux garde-corps, un aide de camp et un mécanicien. Leurs ceintures de sécurité étaient bouclées et le réservoir de carburant n’a pas explosé.  Même si on tenait compte du fait que l’erreur est humaine, il restera dans l’esprit de bon nombre de nos compatriotes que l’incident est un signe. Un signal a double sens qu’on envoie au Premier ministre : il n’est peut-être pas prêt pour le « boulot » ; ou  le poste est destiné à quelqu’un d’autre, et qu’il ferait mieux, avec toute la pression de la mouvance, d’y renoncer. Car, même s’il s’entourait des pilotes les plus réputés, ce qui devrait arriver arrivera. La première leçon à tirer, c’est qu’il faut éviter de fausser la compétition politique. Utiliser  les moyens de l’Etat pour battre campagne, c’est une façon de tirer avantage de sa position. C’est pourquoi la délégation a dû rejoindre Cotonou en voiture. Il vaut mieux vivre les réalités du peuple au quotidien, ce qui permet d’en appréhender les besoins.  Et Lionel Zinsou, venant de très loin, a amplement besoin de s’attarder sur le quotidien de ses compatriotes. Mais, au-delà de l’usurpation des biens de l’Etat, le candidat Fcbe commet une faute politique que les populations auront du mal à lui pardonner : reprendre avec les excès et dérives du pouvoir « Yayi ». Mettre l’Ortb à profit et les moyens d’Etat pour battre campagne, ce serait une manière de persévérer dans les excès du passé. Bientôt on aura les messes et autres marches de soutien organisées pour soutenir la candidature du Premier ministre. Les effigies au coin des rues et avenues suivront. Et peut-être les scandales financiers, les concours contestés. Les acteurs politiques de l’opposition qui soupçonnent à travers la candidature de Lionel Zinsou n’auront pas tort : à travers cette candidature Yayi Boni veut s’adjuger un troisième mandat.
 Une candidature déjà plombée
 À la date d’aujourd’hui, personne dans les rangs des « Fcbe » ne semble vraiment convaincu de la victoire de Lionel Zinsou. Il ne peut en être autrement. Le candidat « désigné » a tout contre lui. Autant, le Premier  ministre est un brillant économiste dont les talents ne peuvent être contestés, autant il lui serait difficile, sinon impossible,  de se débarrasser du lourd passif de la gouvernance « brouillonne » des années Yayi. Les faits sont là, têtus, et nul ne peut les enlever de l’esprit des électeurs.  C’est d’ailleurs là l’écueil majeur qui se dresse sur son ascension vers la Marina.  Un signal fort de la « raclée » qui attend tout candidat de la mouvance, ce sont les résultats des dernières élections législatives. On retiendra que les appels de pied, les descentes sur le terrain, ainsi que les promesses les unes plus mirifiques que les autres, n’ont pas empêché  les électeurs d’exprimer leur ras-le-bol. La même dynamique risque de briser en plein vol l’aventure Lionel Zinsou. Car au fond, ce ne sont pas les idées qui lui manqueront.  Il en a et de très belles. Seulement, elles seront en porte à faux avec les besoins de ce peuple meurtri par le déni de ses libertés chèrement arrachées. Le peuple béninois manque cruellement d’eau, d’électricité et de pain, mais ce sont ces libertés réduites de façon drastique qui lui tiennent à cœur. Aucun Béninois ne se reconnaît en effet dans les prestations de l’Ortb /télévison, que les jeunes désignent par le vocable « Yayi Tv ». Or, en face du candidat coopté par la mouvance, il y a de politiciens chevronnés qui, pendant une décennie ont été presque refoulés dans l’ombre. Le règne sans partage de Yayi Boni a fait d’eux des radicaux.
AT