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barreaux
Ils ont battu le macadam hier

Le fait frise l’inédit, mais c’est sans doute l’expression d’une colère évidente. Les avocats du Bénin ont marché hier mercredi 10 juin 2015. La pomme de discorde, c’est la création d’un barreau de l’Ohada téléguidé par la France.

Ils étaient à leurs côtés pour marcher ce mercredi. Me Robert Dossou, Hélène Aholou Kèkè et bien d’autres anciens avocats ont arboré leur toge pour braver l’asphalte ce mercredi. Partis de la Cour d’appel, les avocats ont fait le tour du rond point place des martyrs et regagné encore l’enceinte de la Cour. Pas de bruit, juste des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire : « Non au barreau de l’Ohada ». Mais qu’est-ce qui a pu bien faire marcher le Barreau? Pour le Bâtonnier Cyrille Djikui, tout est parti du courrier de Me Jacques Bouyssou, Avocat au Barreau de Paris, adressé au Bâtonnier Cyrille Djikui. La note contenait une plainte du Président de la Ccja Marcel Serekoisse-Samba constatant une difficulté de connexion entre son institution et les usagers de la Cour que sont les avocats de l’espace Ohada. Il a souhaité avoir un interlocuteur valable pour regrouper toutes les questions touchant aux relations entre l’institution et les avocats. Pour ce faire, il a émis l’idée d’élaborer un projet portant création d’un barreau dénommé ‘’Barreau de l’Ohada’’ qui aura d’ailleurs pour rôle d’assurer cette intermédiation souhaitée par le Président. Les choses ont d’ailleurs évolué puisque selon les dires du bâtonnier, il est prévu pour ce jour, l’adoption du projet de création de ce barreau au Conseil des ministres de l’Ohada. Au cours de la sortie d’hier, le bâtonnier a exprimé l’indignation du barreau du Bénin face à cette action solitaire du Président de la Ccja. « Si le Président de la Ccja a une difficulté avec les barreaux de l’Ohada, c’est à Paris qu’il ira se confier ? Il va s’ouvrir à un avocat français pour mettre en place une structure qui jouera le rôle des barreaux africains. C’est inadmissible. Sans consulter personne, ils ont déjà élaboré un projet qui a été présenté aux conseils des ministres de l’Ohada et sera adopté demain par les ministres, », a-t-il déclaré. La conséquence directe de cet état de chose, affirme-t-il, c’est la restriction imposée aux avocats de l’espace. « Avec la création du barreau de l’Ohada, on ne peut pas librement exercer sans être inscrit à ce barreau. C’est une restriction. Seront désormais membres de ce barreau non seulement les barreaux de l’espace, mais aussi les barreaux français. A cela s’ajoutent les organisations internationales et d’autres structures qui n’ont rien à voir avec la profession. Aussi et surtout, le justiciable ne peut plus avec ce barreau, voir son avocat naturel l’accompagner dans son combat devant la Ccja. On sera désormais les porteurs de sacs. C’est une manière de dévoyer notre corporation. Nous lutterons jusqu’au bout », a-t-il déclaré.

 H.A.