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Guerre froide entre Léhady Soglo et Luc Atrokpo

Après ses résultats mitigés aux élections législatives et communales, la Renaissance du Bénin est en pleine crise.  Le président  Léhady Soglo plus que jamais en conflit avec des ténors du parti essaie de contenir les ardeurs mais n’y arrive pas. Dans cette ambiance délétère, s’est tenue, lundi 14 décembre 2015, la réunion  du bureau politique élargie à certaines personnalités pour débattre des sujets brûlants. Ce qui n’a pas permis de détendre l’atmosphère.
Aujourd’hui où la plupart des partis et alliances de partis sont minés par les dissensions internes et  les prises de position contradictoires, à cause de l’échéance présidentielle, la Renaissance du Bénin ne fait pas exception à la mode. Pour beaucoup, c’est la question de la présidentielle qui divise cette formation politique. Ce n’est pas exactement cela. Bien avant le casse-tête présidentiel, les choses étaient déjà mal en point au sein du parti. C’est un secret de polichinelle que le problème n’est rien d’autre que : la guerre de leadership entre deux ténors. Les militants sont partagés entre Léhady Soglo, président du parti, maire de la ville de Cotonou et Luc Atrokpo, secrétaire exécutif national, maire de Bohicon. L’ascension fulgurante du deuxième dans les fiefs traditionnels des « Houézèhouè » est perçue  sans doute comme une menace par le premier dont les performances électorales à Cotonou lors des élections législatives et communales n’étaient pas à la hauteur des attentes, pour ne pas dire qu’elles     étaient en nette régression par rapport aux scores enregistrés les années passées. Les élections de 2015 à Cotonou ont été certes particulières, parce qu’elles se sont déroulées dans un contexte de crise sociopolitique qui a tourné à l’avantage de Candide Azannaï, un ancien baron de la Rb, farouche opposant au régime Yayi Boni. Il a tiré grand profit de son activisme à combattre ce pouvoir décrié et mal vu dans la capitale économique où il a conduit la liste de l’Union fait la Nation lors des deux scrutins de 2015. Au soir de ces échéances, Léhady Soglo qui n’a pas obtenu son siège de député et contraint à faire alliance pour succéder à son père dans le fauteuil du maire de Cotonou, était devenu un président fragilisé. Lui qui a travaillé à ramener la confiance et surtout à renforcer les racines du parti était personnellement surpris par ses résultats. Son état de santé a d’ailleurs pris un grand coup et l’oblige à s’absenter du pays  un moment pour les soins.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Ces élections de 2015 n’ont pas permis à Léhady Soglo de s’imposer comme un leader respecté de la tête au pied. Car, en plus de ce qu’il n’est pas parvenu à faire mieux que son père malgré le travail remarquable de ses lieutenants dans les 6è, 7è et 13è arrondissements, on lui attribue la responsabilité  des tensions nées des positionnements  des candidats sur les listes Rb dans les 23 et 24ème circonscriptions. Si la guerre de leadership  entre Léhady Soglo et Luc Atrokpo n’avait pas encore connu une ampleur majeure,  l’occasion  des positionnements  controversés sur les listes était propice à cela. Des militants de la Rb ont violemment manifesté pour rejeter les choix opérés dans certaines localités, notamment à Bohicon par Léhady Soglo. A Abomey, ce n’était pas la bonne camaraderie entre le maire sortant et l’ancien ministre Blaise Ahanhanzo Glèlè, qui rêve à nouveau d’un fauteuil qu’il avait déjà occupé. Pour certains, il s’agissait de complots du président du parti pour mettre en difficulté ceux qu’il considère désormais comme des menaces à son leadership. Luc Atrokpo n’a eu aucun mal à se convaincre qu’il était un homme indésirable pour Léhady Soglo. Le maire de Bohicon victime de lynchage sur les réseaux sociaux où il se dit qu’il doit sa réussite  au maire de Cotonou, ne va pas chercher loin celui qui est derrière toutes ces attaques.  De son côté,  Léhady Soglo, associe à la personne de Luc Atropko,  les voix à l’interne qui appellent au changement à la tête  de la Rb, et l’invitant à céder la place au maire de Bohicon. Face à ces critiques fusant de toute part pour dénoncer sa façon de gérer le parti, Léhady Soglo garde ses distances vis-à-vis de certains barons qu’il considère comme étant proches de son  Secrétaire exécutif. Derrière les deux personnalités s’entrecroisent  des  positions en faveur de l’une ou de l’autre, faisant surgir deux clans au sein du  bureau politique et dans le rang des militants. Et cela s’est ressenti lors de la réunion politique  du parti tenue le lundi 14 décembre au siège. Face à la plupart des sujets débattus et qui avaient trait aux agissements de certains barons et militants ayant déclaré leur soutien à des candidats à la présidentielle, les positions sont divergentes quant aux mesures à prendre contre les intéressés. Selon des indiscrétions, le communiqué final présenté aux participants a été rédigé avant la réunion et a évoqué des sujets qui n’ont pas été débattus. Le porte-parole Boniface Yèhouétomè qui devrait y apposer sa signature a émis des réserves. Il a été suivi par d’autres membres du bureau. Un désaveu pour Léhady Soglo, qui déjà avait maladroitement élargi le bureau à des personnalités qui n’ont pas le statut, mais considérées comme ses valets. Dans la foulée, deux comités ont été mis sur pied, l’un pour étudier la question de la présidentielle, et l’autre pour écouter les frustrés. Par ailleurs,  la rédaction du communiqué final doit être reprise en tenant compte des observations soulevées à la réunion. Soulignons que Luc Atrokpo est resté muet lors des débats. Un silence qui en dit long et nous convainc des relations froides  qu’il entretient avec  Léhady Soglo.  S’il est vrai que les sympathies vont plus du côté  du jeune maire de Bohicon, il est une évidence que l’influence du président du parti dépasse Bohicon et Abomey Cotonou, où Luc Atrokpo surfe sur sa popularité.

AT