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talon-13-2016
Patrice Talon face aux réalités du pouvoir

Au-delà de la volonté manifeste d’aller vite dont ils font montre, Patrice Talon et ses hommes peinent à enclencher une véritable dynamique socio-économique. Sans compter les faux pas, dont la suspension des activités des groupements étudiants. C’est la cause des nombreuses provocations et attaques dont le gouvernement fait l’objet.

Les pas et actes du régime Talon sont scrutés et analysés sous tous les angles sans ménagement. Comme lui-même devait si attendre, ses adversaires politiques,  jusque-là tapis dans l’ombre, ne ratent aucune occasion pour le flécher, dénoncer  et mettre en exergue ses insuffisances. Sur les réseaux sociaux, beaucoup n’hésitent d’ailleurs pas à faire la  comparaison  et le parallèle avec son prédécesseur, dont pourtant l’échec est patent après dix années de gestion  douteuse. En clair, si les nombreuses critiques adressées à son encontre ne manquent pas toutes de pertinence, il faut reconnaître qu’il y a beaucoup d’impatience en l’air. A cela, s’ajoute la frustration de ceux qui, sous le régime d’alors, étaient des privilégiés, et qui, logiquement, à l’avènement de la Rupture, ont été purement et simplement rangés au placard. Chaque régime a ses éminences grises, et la réalité politique d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Il va falloir faire avec.  S’il veut convaincre ses adversaires résolus et déterminés, Patrice Talon et son équipe savent qu’ils doivent convaincre par des résultats. Tant qu’il n’y aura pas de changement tangible dans la vie quotidienne,  et dans le panier de la ménagère, les critiques ne vont pas cesser d’accroitre. Pour beaucoup d’impatients, la politique mise en œuvre par le régime Talon est  illisible, sinon inexistante. Ceci est dû en partie à la complexité de la tâche, mais surtout à une communication non maîtrisée, carrément au vu des derniers développements de l’actualité nationale. C’est sur ce plan qu’il faut mettre la décision surprenante et saugrenue de suspension  des activités des associations estudiantines. Sur le fond, on peut être tenté de donner raison au gouvernement. Sur la forme, avec cette méthode cavalière, le gouvernement a tout faux.  Car, tout compte fait, il serait vain et illusoire de jeter de l’huile sur le feu, et de créer des tensions sociales inutiles. Le campus n’est pas un lieu pour enfants de chœur. Peut-être d’ailleurs,  sont-ils devenus trop  violents les leaders étudiants. On peut en convenir. Mais interdire toute forme d’activité  est une erreur  grave de jugement. Tout spécialiste en communication politique aurait  conseillé  au gouvernement de ne pas aller dans ce sens. Dans le contexte actuel, il faut privilégier les vertus de la discussion et de la négociation. Histoire de faire asseoir l’autorité et l’influence du gouvernement et le capital  sympathie   nécessaire dans l’opinion.

Stature l’homme d’Etat

Malgré sa maîtrise apparente du sujet, le chef de l’Etat n’avait pas encore l’étoffe d’un véritable « commanditer in chef ».  Point  positif de ce début de mandat, au fil des actes posés  et les quelques  voyages, le chef de l’Etat qui donnait l’impression d’être dans un habit trop grand pour lui, commence par prendre de l’assurance. Cette image d’un leader hésitant a été gommée après les visites effectuées au Rwanda, en Chine, au Nigéria, et aux Nations-Unies. Avoir l’opportunité d’échanger avec les grands de ce monde est une opportunité certaine. Ces rencontres permettent de goûter en vrai au « pouvoir ». C’est en cela que la  pose avec la Première  dame  aux côtes du couple Obama, n’est pas anodine, ni fortune. Elle donne et confère, une fois pour toutes, au chef de l’Etat une nouvelle stature d’homme d’Etat. Car, au-delà des retombées économiques qu’on est en droit d’attendre de ces sorties, c’est l’image restaurée d’une autorité au sommet l’Etat qui réjouit. Le fait qu’il peut se sentir sur le même pied d’égalité que ses pairs, est un privilège. Sur le plan psychologique, cela est un point très important.  Il va falloir maintenant transformer l’essai, et conclure des marchés pour  sortir le pays de l’indigence. L’urgence, rappellent souvent les observateurs, c’est de reconstruire un pays  détruit par la navigation à vue qui a caractérisé la décennie 2006-2016.  Malgré la levée de boucliers que suscite la plupart de ses propositions,  il est donc  attendu du chef de l’Etat de tenir bon. Il a été élu pour les réformes qu’il a préconisées. Il serait donc contreproductif et contrenature de reculer.  A moins qu’il ait renoncé tacitement à son mandat unique, on ne voit pas ce qu’il peut redouter à engager des réformes vigoureuses. N’ayant pas d’enjeu de réélection en vue, il peut se permettre donc d’oser, quitte à déplaire aux  vieux politiciens qui occupent l’espace depuis des lustres.

Wilfrid Noubadan