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La crue du fleuve Niger plonge les populations dans l’angoisse

Le niveau d’eau observé dans le bassin du fleuve Niger a atteint le seuil d’alerte rouge depuis le samedi 3 septembre 2016. Au même moment, les prévisions météorologiques dans la région méridionale provoquent des frissons. Les prochaines pluies pourraient exposer le Bénin aux inondations tragiques.

Les risques d’inondations dans de nombreuses communes sont quasi manifestes. Du nord au sud, les jours à venir feront courir les populations si les précipitations continuaient de s’observer. En effet, dans la partie septentrionale du Bénin, l’alerte rouge a été déjà donnée avec la crue du fleuve Niger. En sa qualité de président de la Plate-forme nationale de réduction des risques de catastrophes et d’adaptation aux changements climatiques, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, Sacca Lafia, lors d’un point de presse lundi 5 septembre 2016, a donné l’alerte rouge en invitant les populations à prendre les mesures appropriées afin d’éviter tout drame. A en croire le directeur général de l’Eau, Adamou Worou Waba, la tendance est montante, depuis le samedi 3 septembre où la cellule interinstitutionnelle de prévision et d’alerte a enregistré 861 cm comme hauteur. La hauteur enregistrée à la date du dimanche 11 septembre 2016 est 887 cm, soit une semaine après l’observation de l’alerte rouge dont le niveau minimal est 850 cm. Ce qui indique l’imminence de la crue au niveau de la partie béninoise du fleuve Niger. Les populations cibles les plus concernées pour le moment sont celles des communes de Malanville et de Karimama. Pour le Contrôleur général de police, César Agbossaga, directeur  de l’Agence nationale de la protection civile (Anpc) dont le rôle est de sensibiliser la population, les eaux vont s’étendre dans les champs. Les  cultures seront probablement détruites. La  population, notamment, les enfants, ne pourra plus traverser les rivières qu’elle parvenait à traverser. Les bonnes dames qui faisaient des trafics, de part et d’autre du fleuve, ne pourront plus les faire sans prendre certaines précautions. « L’essentiel est de libérer les berges, sécuriser les animaux et si possible les cultures », recommande-t-il. Egalement, a rassuré Adamou Worou Waba, « chaque commune a un plan de contingence qui permet de définir toutes les stratégies en cas de risques et catastrophes pouvant permettre d’empêcher que les dégâts ne nous conduisent dans l’impasse ». Selon les prévisions saisonnières 2016 de l’Agence nationale de la météorologie, il est prévu les cumuls pluviométriques excédentaires anormaux dans la plupart des localités du Nord du pays ; lesquelles sont situées entre les latitudes de Karimama et de Parakou, mais également pour la  partie méridionale du pays. « L’année dernière a été caractérisée par une sorte de sécheresse, mais cette année, l’eau sera débordante, et il faut prendre des mesures idoines », prévient quant à lui le chef service prévision de l’Agence nationale de météorologie Météo-Bénin, Boris Anato.

Les eaux en route pour le sud

Le climatologue Placide Clédjo, sur la base des réalités climatiques du Bénin, décrit comment le sud constitue un réceptacle des eaux provenant du septentrion. Les coïncidences de saisons entre le nord et le sud en sont pour beaucoup. Les eaux émanant principalement du fleuve Ouémé provoquent un surplus insupportable pour la partie méridionale. « Au nord, on a que deux saisons. Les pluies commencent vraiment à partir de mai-juin-juillet jusqu’au mois d’août et après on a la saison sèche à telle enseigne que la grande saison que nous avons au nord, lorsque les pluies commencent là-bas (juin, juillet, août), les eaux mettent deux mois pour descendre vers le sud et ces eaux viennent coïncider avec la petite saison des pluies au sud, notamment entre septembre, octobre et novembre. Les eaux du nord viennent s’ajouter à celles du sud à travers les rivières et les fleuves. C’est tout ça qui inonde la partie méridionale constituée par le bassin de l’Ouémé », poursuit le climatologue qui déplore l’inexistence de barrages pouvant canaliser l’eau à travers des digues pour des cultures de contre saison. Le chef service prévision de l’Agence Météo-Bénin, Boris Anato, mentionne qu’avec la saison des pluies qui s’annonce, le bassin versant de l’Ouémé sera bientôt en activité. A la question de savoir si le phénomène d’inondation de 2010 peut encore survenir, le prévisionniste Martial Dossou du Projet Système d’alerte précoce (Sap-Bénin) déclare : « Je ne saurai dire avec précision qu’on pourrait assister, à nouveau, à ce que nous avons vécu en 2010. Mais, s’il pleut, par exemple à Cotonou 3 à 5 jours sans arrêt, ça sera inévitable, car le sol ne pourra plus emmagasiner l’eau d’autant plus que les couloirs de l’eau sont occupés par l’homme. »

Lecture du système d’alerte

En matière d’alerte de crue sur les différents bassins du Bénin, on note, d’une part, les institutions comme la Direction générale de l’eau avec le projet Sap-Bénin et l’Agence nationale de météorologie (Météo-Bénin) qui émettent l’alerte. D’autre part, il y a des institutions dont l’Agence nationale de protection civile (Anpc) qui diffusent cette alerte. A en croire Adamou Worou Waba, directeur général de l’eau, le système installé pour surveiller les mouvements du bassin du fleuve Niger au Bénin est caractérisé par quatre niveaux que sont l’alerte verte qui indique une situation normale, l’alerte jaune qui permet de dire que l’eau n’est plus stable. L’orange suppose une veille permanente et le rouge indique le danger. Le niveau requis à cette dernière étape et qui permet de tirer la sonnette d’alarme est 850 cm. « Lorsqu’il y a le rouge, toute la machine se met en branle. Les populations et les autorités politico-administratives sont mises au courant des éventuels risques qui pourraient survenir. D’où l’adresse du ministre de l’intérieur le 5 septembre dernier », a expliqué Adamou Worou Waba. Plusieurs équipements installés au niveau des différents bassins du Bénin permettent d’avoir des données fiables sur les cours d’eaux. Boris Anato, Météorologue et Chef service de la prévision à l’Agence Nationale de la météorologie renseigne que ce sont les stations hydrométriques qui mesurent les hauteurs d’eau avec l’appui du laboratoire d’hydrologie appliqué de l’Université d’Abomey-Calavi. « Il y a les échelles limnimétriques graduées installées au niveau des cours d’eau qui permettent de lire les hauteurs. Nous avons des stations automatiques qui envoient au fur et à mesure les chiffres des hauteurs dans la base des données à travers un système de télétransmission grâce à nos observateurs sur-place », indique le météorologue. Selon Martial Dossou, Hydro-chimiste et prévisionniste au Projet Sap-Bénin, la cellule interinstitutionnelle de prévision et d’alerte dudit projet (composée de deux hydrologues, deux météorologues et de deux océanologues) traite les données qui lui parviennent des différentes stations hydrologiques dans le but de donner l’alerte pour une prise de décision visant à anticiper sur d’éventuelles catastrophes naturelles telles que les inondations.« On peut faire des prévisions pour savoir comment ça va se passer, mais les experts qui font ce travail sont des hommes. C’est la nature qui décide de tout. Le climat peut changer… Personne ne peut maîtriser à cent pour cent le climat… Mais, ce n’est pas pour autant qu’il faut croiser les bras. Nous faisons tout pour avoir des données fiables afin de sortir des prévisions sans failles », explique l’hydro-chimiste Martial Dossou.

L’influence du climat sur les inondations

Le Bénin est caractérisé par deux types de climats. Au sud, il est question d’un climat équatorial avec quatre saisons dont deux sèches et deux pluvieuses. Par  contre au nord, on parle de deux saisons dont une grande saison des pluies et une grande sèche. Selon le climatologue Placide Clédjo, cette réalité de saison est toujours évidente seulement qu’il y a eu quelques perturbations avec le réchauffement climatique. Enseignant de climatologie à l’Université d’Abomey-Calavi, il explique qu’au sud, entre mi-mars et mi-juillet (14 mars au 14 juillet), c’est la grande saison de pluie avec pour caractéristique des pluies qui s’étalent sur une grande superficie du territoire national.  S’ensuit la petite saison sèche qui s’étend de mi-juillet à août. Une période qualifiée de récession pluviométrique avec de fines gouttelettes par endroits. De fin août à novembre, c’est la période de la petite saison des pluies. L’influence de l’harmattan démarre à partir de novembre et annonce la grande saison sèche qui prend fin en mars.

Marcus Koudjènoumè

 Souvenirs douloureux

En 2010, de graves inondations  résultantes de pluies torrentielles interminables ont occasionné la mort de 46 personnes au Bénin avec environ 680 000 sinistrées. Plus de 55 communes sur les 77 dont dispose le pays ont été  affectées par cette catastrophe. Ce drame était la conséquence de la crue presque simultanée des bassins des fleuves Ouémé et Niger. Ce dernier est le troisième du continent africain, de par sa longueur, après le Nil et le Congo. Il prend sa source en Sierra-Leone et se jette  dans l’Océan Atlantique, au Nigéria. Son cours traverse la Sierra-Léone, la Guinée, le Mali, le Niger, le Bénin et le Nigéria.

MK