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bollore-dangoteLe chef de l’Etat a présenté au Parlement l’habituel discours sur l’Etat de la Nation, mardi 30 décembre 2014. Cet avant-dernier discours de Yayi Boni, avant son départ du Pouvoir en 2016, qui regorge de chiffres et de statistiques, est un peu en déphasage avec ce que vivent les Béninois. Ceci, parce que, coutumier du fait, l’actuel président de la République, voit souvent la vie en rose. C’est pour cela que, malgré les soubresauts et remous sociopolitiques, qui agitent le landerneau béninois, son discours est, du reste, une platitude conventionnelle complètement effarant. Mieux, faisant fi de tout, et des échecs patents de sa politique qui n’a guère changé la vie des Béninois, Yayi Boni se projette « toujours » vers l’avant. Une question s’impose alors : ce que l’on n’a pas pu réaliser en huit années d’exercice du pouvoir d’Etat, peut-on le faire en quatorze mois ? D’aucuns parleraient de fuite en avant, de politique de l’autruche, ou d’excès de démagogie. Dans l’un ou l’autre cas, il serait difficile aujourd’hui au chantre de la Refondation, économiste de son Etat, de convaincre le citoyen béninois de sa capacité à l’amener vers la terre promise, à cor et à cri, en 2006 : « la prospérité partagée ». En effet, plus on s’approche de la fatidique date 6 avril 2016, plus la perspective d’une prospérité partagée pour les Béninois devient une illusion et un véritable mirage. Sinon, il aurait fallu que le régime Yayi trouve une issue au drame économique le plus violent de ces dix dernières années : le scandale Icc et consorts. Il aurait aussi fallu que le nombre de chômeurs et de diplômés sans emploi soit drastiquement réduit. Il aurait, également, fallu, qu’il y ait moins de scandales du genre Sbee, siège du Parlement. Il aurait, surtout, fallu qu’il n’y ait pas des « miens » et les autres. Il aurait, pour finir, fallu que les élections se tiennent à bonne date et dans un climat apaisé.

L’ hypothétique croissance économique de 6%

Mardi 30 décembre 2014 au Parlement,   comme une antienne, et un disque complètement rayé, le chef de l’Etat a, à nouveau, fait miroiter une « hypothétique » croissance économique de 6%. Pour l’année 2015, prédit Yayi Boni, « mon Gouvernement prévoit une croissance économique de 6,0% contre 5,7% en 2014 qui découlerait notamment de l’augmentation des investissements publics avec la poursuite de la politique des grands travaux, particulièrement dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures ; de l’amélioration du climat des affaires dans le but d’attirer les investissements privés vers les pôles de croissance et de densifier le tissu industriel et des travaux de construction du réseau ferroviaire Cotonou-Parakou-Dosso-Niamey ». Mais, il n’a guère dit comment en arriver là. Comme une profession de foi, et une incantation, cette prévision de croissance est lancée. Certes, on est loin de la croissance à deux chiffres tant scandée, qui a finit par devenir un slogan. Tout au plus, le chef de l’Etat compte, non pas sur les Béninois, mais sur des investisseurs étrangers pour réaliser cette croissance. Et c’est là que le bât blesse. Le magnat nigérian, Aliko Dangoté est sensé aidé le Bénin à résorber son déficit énergétique, et le Français Bolloré, attendu pour les infrastructures ferroviaires. Or, tes turbines à gaz de Maria Glétta à Abomey-Calavi dont la construction a englouti des milliards de francs du contribuable béninois n’ont jamais vu le jour. Enième éléphant blanc sous Yayi ? Comme un saut dans l’inconnu, le sort énergétique du pays est confié à un privé, étranger de surcroit. De même, au Niger où il réalise des chemins de fer, l’opérateur français Bolloré, ne fait pas l’unanimité. Les rails posés, comme l’ont dénoncé les cheminots béninois, ne répondent pas aux normes modernes. Malgré cet état de fait, le gouvernement et son chef , semblent préférer l’archaïsme de Bolloré, au projet novateur de Samuel Dossou.

La chasse aux opérateurs privés

Face à la souffrance des Béninois, surtout due à une inflation non maîtrisée, le gouvernement, visiblement, manque de stratégie. En réalité, on ne peut pas construire une économie avec des incantations et, en se tournant perpétuellement vers l’extérieur. Mais, il ne peut en être autrement dans un pays où le Chef de l’Etat, premier magistrat, a maille à partir avec ses compatriotes opérateurs privés. Sous l’ère « Bénin émergeant », si les opérateurs privés ne sont pas harcelés sur le plan fiscal, ils sont carrément pourchassés ou forcés à l’exil. La psychose politique, les menaces et atteintes à la vie privée, la remise en cause des contrats dûment signés, ne sont pas de nature à rassurer les opérateurs privés. Que le chef de l’Etat compte sur les investisseurs privés, et les engagements de la Table ronde de Paris pour sortir le Bénin des mauvais résultats économiques, est un vœu pieu.

Wilfrid Noubadan