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agbadja
Ces princesses de Gbindo en pleine exhibition du rythme Agbadjassossi

Dans le royaume de Danxomè, presque toutes les danses cérémonielles léguées à la postérité par les rois qui se sont succédé au trône de Houégbadja disparaissent faute d’une mauvaise conservation. Mais grâce au festival Danxomè, quelques-unes ont été époussetées par les gardiens de la tradition. Le rythme « Agbadjassossi » en fait partie pour le repos du roi et accompagner le récital du palais royal.  

Entre-temps rangé aux oubliettes, le rythme « Agbadjassossi » revient de nouveau sur la scène des danses cérémonielles grâce au festival international de Danxomè.  Une initiative  du conseil communal  d’Abomey ayant à sa tête Blaise Ahanhanzo-Glèlè, soutenue par  son altesse royal Dada Dédjalagni Agoli-Agbo, l’actuel occupant du trône royal de Danxomè.  Cette percussion qui tendait à disparaître a été vite récupérée par ce biais  afin que les traces des ancêtres ne soient point un lointain souvenir.  Même si les princes de Gbindo dans l’arrondissement de Djègbé sont les mieux placés pour renseigner sur ce rythme, Désiré Agbidinoukoun-Glèlè, Dah Sodaï Hlili, digne prince de Siwé n’est pas des moindres.  Etant un adulé du patrimoine culturel, il a accepté volontiers de nous conduire dans les méandres de ce rythme impopulaire, ceci,  en dépit de son état de santé fragile. Sans se munir d’un document de référence, Désiré Agbidinoukoun que certains appellent affectueusement « bibliothèque culturelle », conte l’histoire de cette danse. Selon son récit, « Agbadjassosi »  est dérivé  du rythme « Agbadja » inventé par le roi  Tégbéssou  dans le but de marquer son règne d’une empreinte indélébile et d’enrichir le patrimoine culturel. Au fil des ans, son fils Kpengla  y a apporté du sien en vue  de le rendre plus expressive. Ainsi, on distingue  plusieurs types d’Agbadja : le « Agbadja » animé par  les hommes appelé « Agbadja Glégbéton » et celui des femmes connu sous le  nom d’ « Agbadja honminton’’. Guézo, en 1818, a fait également de la promotion de ce rythme l’une de ses priorités  au plan culturel.  En y  imprimant sa touche, le souverain, au regard de sa grande taille, n’arrive pas à danser aisément ce rythme compte tenu de la rapidité de sa cadence. Que faut-il donc faire ? Guézo, reconnu pour la qualité de son timbre vocal et ayant  la maîtrise des notes musicales, a tôt fait de façonner le rythme initial  en retouchant  sa chorégraphie et en atténuant  ses cadences. Il est devenu alors Agbadja Adjogbo.  En l’adaptant ainsi à sa corpulence, le 7ème  roi de Danxomè  l’a exécuté avec aisance et pour la toute première fois dans son palais princier à Agbangnizoun sous les ovations bien nourries de la foule.  «C’est plus lent et plus facile à danser par rapport à l’autre », précise Dah Sodaï Hlihli. Agbadja version Guézo a fait du chemin pendant 40 ans. A l’issue de son intronisation, le roi Glèlè, en s’inscrivant dans la dynamique de la continuité et de la préservation du patrimoine culturel laissé par ses prédécesseurs, a gardé en l’état la danse Agbadja Adjgbo à la seule différence qu’il a confié l’orchestre à Dah Kintin.

 La touche d’Agoli-Agbo

 Le roi Agoli-Agbo, n’a pas voulu que son règne passe inaperçu. En plus de ses nombreuses œuvres au plan culturel, il a insufflé une nouvelle dynamique au rythme Agbadja Adjogbo laissé par son aïeul Guézo. D’après les informations reçues de sa Majesté Dah Sodaï Hlili Agbidinoukoun, le dernier roi occupant du trône de Danxomè n’a fondamentalement pas changé grand-chose à cette danse. En maintenant les autres aspects, il a introduit dans la chorégraphie la queue du cheval que manipulent les danseurs dans une harmonie de mouvements et de gestes coordonnés.  L’apport de cet élément nouveau (queue de cheval) a changé la dénomination du rythme devenu « Agbadjassossi ».  Il a été inventé par le souverain, dans le but de donner  un  récital, de  conter les histoires,  de révéler les merveilles  et  les victoires des rois. Agoli-Agbo a également créé ce rythme pour  vénérer son père Glèlè. En fredonnant quelques extraits de cette danse pour se remémorer, sa Majesté Dah Sodaï Hlili Agbidinoukoun a rappelé que la nouvelle création d’Agoli-Agbo ressemble à l’ancien rythme de Tégbessou. Un rythme qui a été recensé lors du festival international des cultures de Danxomè. Il  poursuit en ajoutant qu’Agbadjassossi permet  aux femmes de faire un récital sur un sujet précis. Il est sollicité lors des rituels au niveau de la collectivité, des cérémonies dites « Ganmèvo » et  les libations aux ancêtres. A cette occasion, les chansons sont sélectionnées en fonction de la nature des  rituels. Elles véhiculent des messages pleins d’enseignements et sont souvent chantées par des femmes pétries d’expériences. Selon les confidences de notre interlocuteur, ce rythme  peut aussi animer d’autres cérémonies ordinaires sous l’autorisation du roi. C’est ce qui justifie d’ailleurs sa présence  chaque année à la cérémonie d’ouverture  officielle  de la fête internationale des cultures  de Danxomè. Ce n’est donc pas un rythme populaire. Pour le jouer, il faut avoir deux  types de tam-tams (Un moyen et un petit).  Il faut également  une paire de gongs majeurs  communément appelé  » Gankpanvi » en langue nationale fon, un petit gong de rythme dit « Gankokoé » et une paire de castagnettes (assan). Les instrumentalistes, au nombre de six,  sont souvent des hommes ayant la maitrise du rythme. Les femmes en binôme  s’occupent quant à elles du chœur qui,  avec leurs timbres vocaux, produisent  naturellement une mélodie envoutante qui fait même bouger le roi assis sur son  siège. Par respect à la sacralité de cette danse, l’ensemble des animateurs d’Agbadjassossi son astreints à certains interdits. En effet, à 48heures de l’animation de ce rythme, chaque animateur doit s’abstenir d’assouvir son  désir charnel. Egalement, les femmes en menstrues ne doivent pas s’y approcher. Autrement dit, il faut être sain avant de jouer Agbadjassossi. Sur les traces de ses aînés dans la royauté, le roi de Danxomè, sa Majesté Dédjalagni Agoli-Agbo, a apporté du sang neuf à Agbadjassossi en dotant le club des moyens lui permettant de régénérer. Autrefois mis sous boisseau, cette percussion qui renaît de ses cendres fait la fierté du peuple de Danxomè.

Arsène Djèha & Didier Hlannon