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ernest-tindoDu 21 au 23 juin 2017, la Commission économique des Nations-unies pour l’Afrique (Cea) a initié un dialogue des politiques sur la gouvernance des ressources et les activités maritimes pour le développement durable de l’Afrique. A cette rencontre qui s’est tenue à Abidjan, le Béninois Ernest Tindo y était en qualité de président du Bureau exécutif continental de l’Organisation panafricaine de la jeunesse pour l’Economie bleue. Il fait ici le point de son séjour en Côte d’ivoire.
Le Matinal : De quoi avez-vous parlé à Abidjan ?
 Ernest Tindo : Les discussions ont tourné autour de plusieurs thématiques ayant trait à toutes les facettes de l’économie bleue africaine, notamment les ressources vivantes et les ressources non vivantes au niveau des mers et océans, les frontières maritimes, les enjeux géopolitiques au niveau de la Haute mer…  Le thème central du dialogue a été : « La gouvernance des ressources et activités maritimes pour le développement durable de l’Afrique ». Ce thème a été décomposé en un certain nombre de thématiques débattues au sein des panels. Nous avons parlé de la gouvernance des transports maritimes et des activités portuaires pour un développement durable en Afrique, la gouvernance des ressources halieutiques et le développement durable des activités de pêche en Afrique, la gouvernance des ressources minérales et le développement durable des industries extractives off shore et des nouvelles énergies marines en Afrique,  la gouvernance des espaces et de la navigation maritime pour assurer la sécurité et la sûreté sur les côtes africaine. Enfin, nous avons abordé les politiques des Institutions maritimes au service de la Gouvernance des mers et des océans en Afrique.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a des populations côtières qui vivent essentiellement de la pêche artisanale alors que des multinationales viennent pêcher ces mêmes stocks de poissons avec des méthodes industrielles sur la base de certains accords qui ne profitent pas forcément aux Etats africains ni aux populations côtières. Parfois, ces multinationales pêchent les quantités qu’elles veulent parce que les pays africains n’ont aucun moyen pour les contrôler. C’est carrément un scandale. Nous avons dénoncé cette pêche illicite, non déclarée et non règlementée (Pêche Inn). A Abidjan, nous avons recommandé qu’il faille développer des moyens pour évaluer les stocks des ressources halieutiques et développer des stratégies et technologies pour lutter contre la pêche Inn.
 Qu’entend-on par Economie bleue ?
 L’Economie bleue peut être définie comme ‘’ le développement économique durable axé sur l’utilisation des mers, des océans, des cours d’eau, des lacs, des nappes souterraines et des eaux humides à des fins économiques pour le bien-être social. On peut citer les secteurs de la pêche, l’aquaculture, la biotechnologie marine, le tourisme maritime et côtier, l’industrie maritime (conception, construction, immatriculation des navires, le transport maritime, la gestion portuaire etc.)… qui relèvent de l’économie bleue. 
 Il y a eu certainement des recommandations ?
 Les recommandations doivent être centralisées par le Secrétariat de la commission économique des Nations-unies pour l’Afrique qui a organisé ce dialogue. Pour le compte de notre organisation, nous avons porté la voix de la jeunesse africaine. Il s’agit du renforcement des capacités des jeunes et des femmes, de la sensibilisation des gouvernants sur les enjeux que représentent aujourd’hui l’Economie bleue pour le continent et surtout, la sensibilisation des dirigeants sur le fait que le modèle économique de la plupart des pays africains est caduc face aux défis démographiques et aux problèmes de la jeunesse. Il faut que les dirigeants africains changent de paradigme pour adopter un modèle économique nouveau, porteur d’espoir et d’espérance pour la jeunesse africaine. L’Economie bleue doit avoir une place prépondérante pour la jeunesse africaine dans ce modèle économique nouveau. Nous avons donc plaidé pour que les jeunes puissent être impliqués dans la conception de ces nouveaux modèles économiques ; car un adage dit : « tout ce qui est fait pour vous, sans vous est contre vous ».
 Peut-on mieux connaître l’organisation que vous présidez ?
 L’Organisation panafricaine de la jeunesse pour l’Economie bleue est basée à Lomé. Elle est dirigée par un bureau continental qui compte 11 membres représentatifs des sous-régions de l’Afrique et prône une Economie bleue africaine durable, mais inclusive qui prend en compte les préoccupations des jeunes africains. L’Opjeb joue le rôle d’une société civile et d’une jeunesse africaine qui sensibilise, incite à la prise de conscience, pousse à l’action et s’assure de la prise en compte de ses préoccupations. Selon des statistiques, plus de 200 millions de la population africaine sont des jeunes de moins de 25 ans et qui sont confrontés à des problèmes de chômage. Ils se livrent à l’immigration clandestine et d’autres actes répréhensibles. Vous constatez actuellement le désastre au niveau des côtes libyennes. Notre organisation fait un travail de diplomatie bleue auprès des Gouvernements des pays membres de l’Union africaine et de certaines Institutions pour l’émergence de l’économie bleue africaine au service de l’épanouissement de la jeunesse africaine.
 Votre mot de la fin ?
 La jeunesse africaine doit savoir qu’il ne faut pas croiser les bras et attendre une solution qui va tomber toute rôti du ciel. Il faut qu’elle-même cherche les moyens pour contribuer à la mise en place des solutions qui règlent ses propres problèmes.
Je voudrais exhorter les gouvernants africains à se rendre compte de ce que les modèles économiques dont nos Etats ont hérité de la période coloniale ou des ajustements structurels présentent ses limites et qu’il nous faut en concevoir de nouveaux qui s’adaptent aux besoins des populations et qui répondent aux défis démographiques actuels de l’Afrique. Merci à la Cea de nous avoir convié à ce dialogue des politiques.
 Propos recueillis par Félicien Fangnon