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courLa nébuleuse de la drogue a retrouvé le sourire après la décision de la Cour d’appel de Cotonou qui  blanchit l’Indo-pakistanais et consorts dans l’affaire de 54 kg de cocaïne dissimilée dans des sacs de sucre. Comme une trainée de poudre, la surprenante nouvelle de la fameuse sentence a fait le tour du pays et traversé les frontières nationales. Émoi et consternation dans les milieux épris de paix, de la morale et d’éthique. Un coup de poignard dans le dos des défenseurs des valeurs.
La  Cour d’Appel a donné un bol d’air  aux hors-la-loi  en prenant le contre-pied  du juge du tribunal de première instance. Elle a simplement et purement ordonné  la relaxe de tous les prévenus  dans  cette sale  affaire de drogue dans un conteneur appartenant à un Indo-pakistanais. Refroidie par  la sanction  du juge du deuxième cabinet, le syndicat de la cocaïne a désormais du souffle  avec  la décision de la Cour  qui brise la pudeur. Son  mode opératoire semble efficace et il n’a surtout pas à craindre le glaive de la justice.  Devant la grande hérésie judiciaire, le bon sens pousse à s’interroger sur  cette pierre  jetée  sur les certitudes alors que la communauté internationale a sans  cesse  mis  le Bénin en garde  contre  la flambée des narcotrafiquants et « un petit marché intérieur  en plein essor  dans le pays ». En prenant l’option de ramer à contre courant, la justice  soulève  deux  questions majeures : qui protège le gang de la cocaïne ? A-t-on finalement besoin de la justice internationale pour traquer les chefs  de la drogue ? Une intervention américaine dans  la jungle  des  têtes de pont  du trafic de la cocaïne ne devrait plus  ulcérer la nation  maintenant  que  la  Cour d’Appel  a donné blanc-seing au Cartel obscur. Il est à craindre  des représailles des  « gendarmes du monde » en réponse aux absurdités  de la justice béninoise.
 
Bénin, porte d’entrée de la drogue
 
Pourtant le secret de polichinelle est établi. Le Bénin traine toujours la mauvaise réputation  d’être la plaque  tournante de la drogue en Afrique de l’Ouest. Et la décision de la Cour d’Appel, une sorte de parapluie au trafic illicite,  n’est pas de nature à gommer le déshonneur. L’image  du pays  en prend un sérieux coup. Selon l’agence  Ecofin qui rapportait  une information du Département d’Etat, le Bénin fait partie des pays placés sous surveillance particulière de Narcotics control bureau. Les dernières saisies au Port ont  apporté  du grain à moudre  aux  statistiques  et  confirmé la tendance. Accusé d’être un pays de transit pour la cocaïne (Amérique du Sud), l’héroïne (Asie du Sud-Est), la méthamphétamine (Nigeria),  le  Bénin  reçoit en plein visage une décision de justice  qui donne le coup de pouce au trafic international de stupéfiants. Alors que la Présidente Suisse Doris Leuthard, en visite officielle au Bénin, a déploré la  situation,  la décision de la Cour apparait comme un cheveu  sur la soupe  et un  déni de la réalité. L’urgence est à une lutte implacable  contre  les narcotrafiquants et non à ces raccourcis ténébreux où se développent  de dangereuses complicités. Malheureusement, pour une nouvelle fois, la justice rame à contre courant des attentes  légitimes  du peuple. Déjà en Octobre 2016, l’affaire « 18 kg de cocaïne » avait été expressément évacuée sans que la paternité de la drogue n’ait été déterminée. La  curieuse libération de l’Indo-pakistanais reste une  des  pièces  du   puzzle  du trafic de la cocaïne. Le pays ne fait qu’attiser la méfiance de la communauté internationale et des investisseurs étrangers. La justice  n’a pas décanté la situation. Elle a, au contraire, vicié le climat.
 
Giresse Houenougnon
(Coll)